‹ Œuvres facétieuses, rev. sur les éditions originales et accompagnées d'une introd., de notes et d'un index philologique, historique et anecdotiqueChapitre 26 sur 211 · Chantant · texte numérisé non relu

Chantant

3. Encore une restitution d'après l'édition de 1549. Les suivantes disent : la corde de Richard. Le mot archail était employé dès le xne siècle. Par corruption on a dit fil d'aréchal, d'arichal, de richar. C'est cette dernière forme employée du temps de Vaugelas qui a sans doute poussé l'éditeur de 1732 à mettre une capitale à Richard et à en faire un nom propre, en supprimant le mot fil qui se trouve dans l'édition de 1548. Archal vient d'aurichalcum, cuivre d'or ou jaune, dit Genin; airain de montagne d'après l'étymologie grecque, dit Littré.

52 Propos ru stiq.uk s

Le Geay se retirant plus tost que accoustumé, sent l'hyver oui approche. Les Grues volans haut, sentent le beau temps etserain. Le Pivert infailliblement chante devant la pluye. La Chouette chantant durant la pluye, signifie le temps beau et clair. Quand les Poules ne se retirent souz le couvert par la pluye, d'asseurance ellecontinuera. Les Oyeset Cannes seplongeans continuellement en l'eau, sentent la pluye prochaine; autant en signifie la Grenoille chantant plus que accoustumé, ou quand ces vieilles murailles rendent de l'eaue. La sérénité d'Automne prédit vents en hyver. Tonnerre du matin signifie vent, celuy de midy, pluye. Les Brebis cà et là courans, sentent l'hyver approcher '. Àutresfois (pour laisser ce propos, que trop mieux entendez) ayans le vouge2 sur l'espaule, et

»i. Les pronostics ainsi énumérés sont encore la base de la météorologie agricole. Ils sont le fruit de l'expérience des siècles et la météorologie officielle ne pourra que les confirmer par des observations plus larges, plus générales mais non plus concluantes. L'homme voit d'abord les effets et ne remonte aux causes génératrices que plus tard. 2. Mot mal expliqué; quelquefois hallebarde. Vouges, sallades, mentonnières dit Coquillart dans le Blason des armes. Je veulx estre tué d'ung vouge dit le Cuysinier dans le Sermon joyeux de bien boyre (Ancien théâtre françois, t. II, p. n). C'est donc une arme.

D'autre part dans la Farce des femmes, même recueil où il est question de refondre les hommes pour les rajeunir, nous lisons :

Estes-vous fourny de charbon Et de vouge à l'avantaige;

et plus loin :

ET FACECIEUX. 33

la serpe bravement passée à la ceinture, vous pourmenez à l'entour de vos champs, voir si les Chevaux, Vaches, ou Porcz y ont point entré, pour avec des espines reclorre soudain le nouveau passage, et là cueillez des Pommes 'a), ou Poires à vostre ayse, tastans de l'une, puys de l'autre : et celles que ne daignez menger, portez aux villes vendre ■ et de l'argent, en avez quelque beau bonnet rouge {b), ou une jaquette noire doublée de verd. Autresfois au matin regardans d'où vient le vent, allez voir à vos pièges, que avez tenduz au soir pour les Renardz, qui vous desrobent ou Poules, ou Oyes, aucunesfois (la meschante beste) les tendres aigneletz, peu vous soucians de l'intempérie de l'air, fièvres d'Automne, ou jours Caniculaires, ains en ces temps, aux autres périlleux, avez la teste nue aux champs, billans (possible) iine

a. Var. : Pompes.

b. Var. : Intercalation de 1J49 : ou un couteau de bonne façon.

Affin qu'ils soyent plus fort rouges Il vous faudrait mener les vouges Et souffler à toute puissance.

Ici vouge voudrait donc dire soufflet.

Au féminin, dans la farce du gaudisseur :

11 y engrossa une vouge

Qui avoit nom dame Bietrix.

troisième signification.

M. Guichard traduit par espèce d'arme, serpe, faucille. Ce n'est point serpe, puisque du Fail nous représente l'homme ayant la serpe bravement passée à la ceinture, mais plutôt une longue gaule portant un fer analogue au croissant des élagueurs. V. Littré au mot vouge.

1 . Ne croirait-on pas entendre le refrain de la Chanson populaire :

C'est bien bon pour les Paris;::

J4 Propos rustiques

gerbe de bled, ou raccoustrans un fossé; par ce moyen estes forts, robustes, allaigres, plus la moitié que gens de ville, n'aymans que mignarderie, souz l'ombre, nesentans leur homme, fors en la brayette1. Au moyen dequoy un bon Capitaine ayme un Soudartnourry en ses jeunes ans aux champs, ce que j'ay veu lorsqu'il estoit question d'aller à Pharingues2. Que si vous tombez en quelque maladie (comme c'est une chose naturelle) vous ne cherchez clisteres, purgations, saignées, et telles badauderies : car vous avez le remède présent en vostre Jardin, de bonnes herbes, desquelles la vertu vous demeure quasi hereditalement de père en filz. Qu'est ce doneques, mes enfants, que je vous diray davantage? Je pense qu'il ne reste rien à vostre totale félicité, fors l'amour du grand Berger 5, laquelle, comme je pense, vous incite à acquérir par vertueux faitz, provenans des bons et fructueux enseignements que nostre Curé, de sa grâce, vous expose, aussi qu'en conscience il y soit obligé. Pourquoy je le prierai, celuy grand conservateur de nos troupeaux, qu'il nous doint 4 grâces de ne forvoyer du chemin baillé à nous autres pauvres viateurs*, me recommandant à voz bonnes grâces, vous

i . Fors et non fort. La première rédaction est : en rien ne sentans leur homme. C'est la réflexion qui a fait ajouter à l'auteur : excepté par le point caractéristique du sexe.

2. Rabelais parle aussi de cette ville de Pharinges (pharynx) qui estait située dans la bouche de Pantagruel.

}. Ici le grand berger est pris dans le même sens que le grand architecte par les francs-maçons.

Page 1