‹ Œuvres facétieuses, rev. sur les éditions originales et accompagnées d'une introd., de notes et d'un index philologique, historique et anecdotiqueChapitre 46 sur 211 · Étable · texte numérisé non relu

Étable

ET FACECIEUX. 6}

sainte que louable, escrivit sur sa porte, d'un charbon de saulx :

Suyve qui voudra des seigneurs

Les honneurs, Pompes et banquets de ville :

Ne sont en moy telz labeurs,

Et ailleurs Passe le temps plus tranquile.

Mes jours se passent Scfns bruit,

Au déduit De cette vie ombrageuse :

Dont un doux fruit est produit,

Et réduit A ma vie si heureuse.

La mort me sera joyeuse,

Glorieuse Mais à cil qu'est de tout congneu,

Odieuse

Et fascheuse, Estant à luy-mesme incongneu.

En [a) cest exercice passa son temps le bon Thenot, et vesquit jusques à la mort en despit des médecins, et mourut l'an et jour qu'il trespassa'. A la grande joie de Tailleboudin son filz, héritier principal, et noble, qui peu de temps après sa mort mit tout par escuelles, fut un terrible potagier, et mit un ordre non veu à ses affaires (b). Sçavez vous bien (dist lors Anselme) de quel mestier il est à ceste heure et quel trein il mené? Non (respondit Pasquier) mais bien ay jeouy dire qu'on ne sçait où il est,

a. Var. : Et en.

b. Var. : Et fust un terrible mesnager et qui mettoit une ordre non vue à ses affaires.

i . Drôlerie souvent rééditée.

64 Propos rustiqjjes

et estime l'on qu'il soit pendu. Tant s'en fault (dist Anselme) qu'ainsi soit (a), qu'il fait plus grand chère que homme qui soit en la compagnie ; et si voulez ouyr la méthode, je la vous diray à deux motz. Lors prié par toute la compagnie, et ne refusant ceste charge, commença à dire (b) :

De Taillcboudin , filz de Thenot du Coin, qui devint bon et savant gueux.

Comme a dit le compère Pasquier (dist Anselme) Tailleboudin desamassa ' en peu de jours ce que le bon homme Jamet2 avoit acquis en toute sa vie; car quand se veit toucher argent contant, il en départit à plusieurs dont (c) il avoit le plus souvent affaire : mais pour bien entretenir cest estât, vendit tout pour estre riche; car, disoit il, pensez vous que je me vueille damner pour les biens dece monde? Après qu'il eut bien gaudi et fait chère de toutes heures 3, il se veit de reste, de tout son bien, le livre des Roys [qui est un jeu de cartes], trois Dets, une Raquette, et une boette pleine d'onguens pour guérir

a. Var. : Qu'il soit pendu, encores moins estranglè.

b. Var. : Ce qui s'ensuit.

c. Var. : Desquelz.

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