‹ Œuvres facétieuses, rev. sur les éditions originales et accompagnées d'une introd., de notes et d'un index philologique, historique et anecdotiqueChapitre 52 sur 211 · Forme italienne : la plus grande dame du monde · texte numérisé non relu

Forme italienne : la plus grande dame du monde

3. Matois ou plutôt roué qui se rapproche mieux de l'étymologie probable de frété, fractus, rompu. Les mots passent, mais les mêmes raisons en créent d'analogues au moyen de racines équivalentes.

ET FACECIEUX. ~, '$

Anglois, où je feis un merveilleux gain, et principalement de la garce [a] que je prins à Huleu, affermant qu'elle estoit ma fille, et lors j*avois plus de Muguets après la queue, plus de Maquerelles; et elle qui savoit très bien son badinage, contrefaisant la pucelle, neantmoins qu'elle eust couru tous les bordeaux de France, [et qu'on eust plus fondu dans sa matrice qu'il n'y a de lettres au vieux Digeste | ; leur accordoit, moyennant une bonne somme qu'ilzavançoient; et tandis qu'estois aux Eglises avec mon asne, elle pratiquoit de son costé, faisant semblant toutesfois devant moy que jamais n'y avoit touché, pour donner meilleure couleur à la farce. Par ce moyen, elle estoit tellement poursuyvie, que je fuz contraint la donner à un gros Chanoine, qui la me paya ce que je vouluz. Puis, voulant partir, je la luy desrobay, et la vendis, par ce mesme moyen, à plus de quinze, qui tous eurent la vérole. Somme, je îe dis, mon ancien voisin, mon amy, que j'estois gasté si j'eusse suivy ma première vie. A tant s'en partit le galant, et oncquespuisnel'ay

a. Var. : En une jeune garse. L'orthographe du mot garce est un exemple de cette diversité que je signale dans l'Introduction de ce livre. Presque partout l'orthographe de l'édition de Lyon (1549) se rapproche davantage des formes modernes ; ici elle donne garse. L'édition de 1732 écrit de la même façon. M. Guichard qui l'a reproduite en ne conservant que la forme oit pour ait, et en modernisant tous les autres mots, en a fait autant. Mais l'édition de Paris 1 $48) donne garce et j'ai cru devoir rétablir le c, grâce à cette autorité. Voir, du reste, ce que je dis dans V Introduction des règles suivies par moi dans cette réimpression.

76 Propos rustiques

vu. le n'eusse pas pensé disl lois Lubin) que ce tust esté un tel client; car à le voir (au moins tandis qu'il demeurait en ce pais) on eust dist qu'il n'cust su dcslierune mouche. Mais la cause pouiquoy s'en alla hors du pais il y a dix sept ans ou environ ? A quoy respondit Anselme qu'il ne s. i voit, fors de despit, parce qu'il avoit tout son bien. Ce ne fut la principale (dis l'autre) {a) ce fut pource qu'il avoit donné un coup de tribard ' au travers du bas de (/>) je ne si.iv qui de Vindelles, au moyen de quoy s'en estoit allé. Vous dites vray, dist Pasquicr; il y a je ne sçay combien qu'il/, eurent un grant débat, ceux de Flameaux et ceux de Vindelles; mais ma foy il ne m'en souvient plus. Maistre Huguet demanda lors a la compagnie, s'ils trouveroient bon qu'il parlast de (c) la périlleuse bataille d'entre eux, auquel fut respondu de tous que ouy, et qu'il y avoit eu grand chappliz2, mesmes entre les femmes. Ce que feit maistre Huguet, commençant à la source de la querele, sans en mentir d'un seul mot.

u. Var. : (Dist maistre Huguet).

b. Var. : à.

c. Var. : De l'énorme et périlleuse.

i. Gros bâton court qui servait aux crocheteurs pour s'appuyer.

2. Chapelis, chaplis, chappli, du verbe chapler ou chapployer, donner des estocades.

De lur espiez bien y fièrent et caplent.

Chanson de Roland.

Voir du Cange : capulare.

ET FACECIEUX. 77

De la grande bataille des habitans de Flameaux et (a) de Vindelles, où les femmes se trouvèrent.

Au moys de May, que les esbats amoureux commencent à se remettre aux champs, ceux de Flameaux feirent une Archerie ', où toutes les festes s'exerçoient fort [b), tellement qu'on ne parloit que d'eux par tout le pais, et à leur grand avantage. Mais cecy guère ne leur dura, que ceux de Vindelles (comme savez) prochains voysins, meuz d'une envie, conspirèrent une hayne couverte, oyant le los 2 et bon bruit qu'on leur donnoit, et qu'on ne parloit d'eux, attendu mesmement qu'ilz estoient autant gentilz gal- Ians, et hauts à la main, que voysins qu'ilz eussent. Ceste hayne dissimulèrent, et feignirent, sans en monstrer semblant, neantmoins que souvent se trouvassent aux Landes et Champagnes, à garder leurs avoirs, ou bien à bêcher, ou besogner en quelque autre mestier, et là eussent belle envie de quereler. Toutesfois ne purent longuement couvrir celle envie, et fallut qu'ilz se déchirassent, comme le feu couvert par longtemps

a. Var. : Et ceux.

b. Var. : [A tirer de l'arc].

1 . Tir à l'arc ou à l'arbalète ; jeu fort usité dans les campagnes et qui était l'occasion de fêtes comme aujourd'hui encore le tir à la carabine en Suisse. Par extension on appelait archerie le gibier tué à la chasse.

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