IIO HÉRO ET LÉANDRE
( Avec iaquiétude. )
Mais l'amour égare mes sens. Léandre ne vient point ; je n'aperçois rien sur les flots. Peut-être n'est-il pas aussi lard que je l'imagine ; je me suis trompée moi-même , j'ai cru qu'il arriverait plus vite en allumant plus tôt le flambeau.
( Elle letoutnc vers la mer , regarde , et écoute aftentîvenaent. )
Cepentlant il me semble qu'il n'a jamais tardé si loug- temps. J'ai déjà calculé cent fois l'instant de son départ , la durée de son trajet ; il devrait être ici. . . . Encore si la mer était agitée, je pourrais croire que la frayeur l'a retenu. . . Peut-être n'est-il point parti. . . peut-être de nouvelles amours.... Ah!
Lcandre , pardonne , pardonne ; j'ose douter de ton cœur : muis que le moindre vent trouble les eaux , et je n'accuserai plus que Pïeplune.
( Avec colère. )
Pourquoi faut -il que nous, qui n'avons qu'une ame , nous ayons deux patries? de qnoi nous sert d'être si près l'un de l'autre , si nous soœaaes toujours sépares ? Oui j'ai-
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xnerais mieux que Tunivers entier fût entre nous deux.
( L'bocixon coinmence h se couvrir de nuages, et la lune s'obscurcit, y
Mais le ciel devient plus sombre , la lune semble rouloir cacher sa tremblante lumière , mon cœur se serre. ... Et si la tempête. . . . Eloignons de funestes ide'es ... Je me trompe sans doute; la frayeur me fait voir des nuages qui n'existent point : j'ai si souvent éprouve que loin de mon amant le ciel ne m'a jamais paru beau !
( La tempête commence , et Ta toujours en augmentant. ^
Qu'entends-je ! non, ce n'est point une illusion ; un bruit sourd semble sortir de l'abjme , il s'avance avec les téuèbies , il devient éclatant , la mer s'agite , les vents commenceiit à mugir ; ds vont se dtchamer sur les vagues déjà blanchies.
( Avec l'ac-eat de la douleur et de l'e^xci. )
Dieux toul-puissans ! .... les forces m'abandonnent ; chaque éclair , chaque coup de tonnerre, porle la mort dans mou cœur. . .. Malheureuse ! .... il sera parti .... il sei pirti.. ..
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(Elle tomLe épuisée «nr un rocher, et se relèrc avec iiup iiosiu'. J
Cher T.éandre., refourne , il en est temps encore.... retourne vers ton riv ge , ne songe qu'à sauver tes jours : je t'irai voir, J'aoK ur !»<? donnera des forces : je suis sûre de faire le trajet quand je t'aurai pour but de mou vojage. Je ne suis pas certaine du retour; tn-^is je t'aurai vu, je t'aurai sauvé, je mourrai satiifaiîe.
( La tempête est dans sa plus grande force.)
O dieux ! quels ëclats ! quelle tempête ! les flots en fureur s'élancent contre les éclairs : le tonnerre e précipite sur les flots; les vagues et les airs ne sont plus qu'un chaos sillonné de traits de feu. Tons les ëléniens sont confon;lus , et mon amant combat peut-être seul contre toute la nature.
( Elle tombe à genoux, c( s'éciie avec transport : )
O Neptune , ô Borée , appaisez -vous , épargnez - la ! il ne v(yus offensa jamais ; un jonr n'a jamais fini sans q l'il vous ait adressé des vœux. Vous connaissez l'amour ; souvent z - vous de Philly e , so ;venez - vous d'Or^'tbie; prenez pitié des maux que vous
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avez soufferts vous-mêmes. Que vous faut-il? que voulez-vous? je n'ai poinl de victime; mais, si le sang est néoessai'-e pour vous appaiser , dites un mot , un seul mot , et ce po gnard va percer mon cœur. Parlez ; I.éandre est en danger , Léandre succombe peutêtre : par pitié , hâtez-vous de parler.
(La tempe e s'appaue.)
Ils m'ont entendue.... Les venis s'appaisfut , la mer se calme , les flots retombent à leur place , le ciel redevient serein , et je n'enfend< plus que le murmure des ondes qui gémissent encore de la fureur des aquilons.
( Avec 1 c-mo'ion la plus tendre )
Ah ! Léundre , mon cher Léandre , as-tu souffert cette tempête ? Les dieux t'auront protégé; ils viennetil de calmer la mer ; c'est la marque sûre de leur faveur. Léandre , tu vas venir , je vais le voir : ah ! comme je le presserai contre mon sein ! combien tes périls vont ajouter de charmes à cotre léuniou !
(Avec inqi'iétuile et douleur.)
Mais l'obscurité se dissipe , l'on voit d^jk ^ori^nt se leindre d'iîue couleur vermeille , l'dinanle de Céphale chasse devant elle les
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ténèbres , et Léandre n'arrive point. Le calme est revenu sur les flots , il ne l'est pas dans mon cœur.
( L'on voit le lever de l'aurore et la naissance du jour, y Brillante Aurore , daigne me pardonner, si jamais je t'adressai des vœux. Lëandre m« quittait toujours à l'instant où tu paraissais j pouvais- je désirer de te voir? Deviens aujourd'hui ma bienfaitrice , montre - moi mon amant ; et que ce jour , que tu précèdes, soit beau pour moi comme il va l'être pour toute la nature.
( Elle va regarder sur un rocher. )
Oui , je le vois ; c'est lui. . . . Dieux immortels ! que ne vous dois-je pas ! Ah ! je sens bien que toutes mes peines n'ont pas assez payé ce doux moment.
( On voit dans le lointain Léandre qui fait des efToïts pour se soutenir sur les eaux.)
Mais que vois-je ! il s'éloigne. ... Il s'approche. . . Il semble lutter contre les flots. . . Mon sang se glace. ... Je le distingue; ses forces sont épuisées , ses bras lassés ne peuvent plus le soulciiir. . . . Léaadre.. . . Léandre,. . ,
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entends ma voit , qu'elle prolonge les forces ; encore un moment de courage , et tu seras dans les bras de ton ëpouse. . . Léandre , tu ne m'entends pas. ... tu ne peux plus résister. . . . Léandre. . . . encore un effort. Il me semble me tendre les mains , il semble implorer mon secours. . . Oui, je vais m'élancer kers toi. . . oui. . . je vais mourir ou le sau- Ter ... Je vais . . .
Ç Léjmdre «'enfonce dans les flots. ^ Ciel ! il a disparu ; mes yeux le cherchent en vain. . . Léandre. . . mon cher Léandre. . . Il n'est plus. . . il n'est plus ; les flots l'ont cnglouli ?
(Elle reste long -temps immobile , et repcend avec lenteur.)
Il n'eit plus : je ne le verrai plus : je ne le verrai jamais ; il est mort pour moi. C'est moi , c'est moi qui l'assassine !
(Après u«e grande pause, avec fureur et désespoir.)
Dieux barbares qui vous jouiez de mes douleurs , qui sembliez écouter mes vœux pour rendre plus aigu le trait dont vous me déchirez ; deux de sang , dieux de malheur, puisse le destin , plus fort que vous , vous readre tous les maux que je souffre ! puisse
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Totre immortalité ne servir qu'à les prolonger ! Et toi , mer affreuse , mer perfide , tu n'.is jamais causé que des maux , tu n'as jamais respecté que le crime : le guerrier farouche, l'avide marchand, sont en si'irelo sur tes flofs ; et tu fais; péir l'amant fidMe qui ne te demandait que de le porter près de moi , qui t'invoquait ton*? 'es jours , qui t'appelait sa bienfaitrice f Va , puisse fa fureur se tourner contre toi-niAme ! puisse l'univers se dissoudre et retomber dans ton sein! puisse la terre corrbler ton lit, et le chaos te détruire et te remplacer !
( Elle relouine sur le rocher. )
Je ne le ve ai plus ! je ne le verrai jamais ? Léai.idre , mon cher Léandre ! et as-tu pensé que je pourrais te survivre? as-tu pensé que jp pourrais jamai» reg?.rder cette mer odieuse? Non, je t'irii chercher jusque dans ses abyroes ; j'iiai me rejoindre à la plus chère moitié d(? nioi-raême. Qui sait oinier sait mourir; et cette mort est un doux moment , puisqu'elle lue réunit à Léandre.
( Elle *e fr.Tppe et se Jette à la mer.)
LE BAISER