‹ ŒuvresChapitre 118 sur 128 · LIVRE YI · texte numérisé non relu

LIVRE YI

Fidèle à l'amant qu'elle adore, Sa fille tombe à ses genoux :

Ah I que plutôt votre colère Termine des jours de douleur !

Ma vie appartient à mon père, A Lautrec appartient mon cœur.

Le vieillard, pour qui la vengeance A plus de charmes que l'amour.

Fait charger de chaînes Clémence, Et l'enferme dans une tour :

Lautrec que menaçait sa rage, ^ient gémir au pied du donjon, Comme l'oiseau près de la cage Où sa compagne est en px'ison.

Une nuit, la tendre Clémence Entend la voix de son amant ; A ses barreaux elle s'élance, Et lui dit ces mots en pleurant :

Mon ami, cédons à l'orage ; Va trouver le loi des Français :

Emporte mon bouquet pour gage Des sermens que mon cœur t'a faits.

L'églantine est la fleur que j'aime.

La violette est ma couleur ; Dans le souci tu vois l'emblème Des chagrins de mon triste cœur.

Ces trois fleurs que ma bouche presse Seront humides de mes pleurs ; Qu'elles te rappellent sans cesse Et nos amours et nos douleurs.

Elle dit, et parla fenêtre Jette les fleurs à son amante

Alphonse qui vient à paraître, Le force de fuir tout tremblant.

Lautrec part : la guerre commence, Et s'allume de toutes parts ; Vers Toulouse l'Anglais s'avance, Et brûle déjà ses remparts.

Sur ses pas Lautrec revient vite :

A peine est-il sur le glacis, Qu'il voit des Toulousains l'élite Fuyant devant les ennemis.

Un seul vieillard résiste encore , Lautrec court lui servir d'appui ; C'était le vieux père d'Isaure :

Lauti'ec est blessé près de lui.

Hélas ! sa blessure est mortelle ; Il sauve Alphonse et va périr.

Le vieillard fuit ; Lautrec l'appelle, Et lui dit avant de mourir :

Cruel père de mon amie, Tu ne m'as pas voulu pour fils ; Je me venge en sauvant ta vie.

Le trépas m'est doux à ce prix.

Exauce du moins ma prière :

Rends les jours de Clémence heureux ; Dis-lui qu'à mon heure dernière •Te t'ai chargé de mes adieux, llcporte-lui ces llcurs sanglantes, De mon cœur le plus cher trésor, Et laisse mes lèvres mourantes Les baiser une fois encore.

Eu disant ces mots il expire.

Alphonse, accablé de douleur,

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