‹ ŒuvresChapitre 119 sur 128 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Prend le bouquet et s'en va dire A sa fille l'afifreux malheur.

En peu de jours la triste amante, Dans les pleurs terminant son sort, Prit soin d'une main défaillante, D'écrire un testament de mort.

Elle ordonna que chaque année, En mémoire de ses amours, Chacune des fleurs fût donnée Aux plus habiles troubadours.

Tout son bien fut laissé par elle.

Pour que ces trois fleurs fussent d'or : ' Sa patrie, à son vœu fidèle,

Observe cet usage encor.

Némorin achevait sa romance lorsqu'ils arrivèrent au camp du héros. Les deux pasteurs s'arrêtent à cette vue. Ces faisceaux de lances brillantes, ces pavillons dont les banderoles flottaient dans les airs, ces drapeaux , ces étendards , tout cet appareil guerrier les remplissait d'admiration. Le prince s'en aperçut :

Bergers , leur dit-il , voilà nos cabanes ; elles sont moins paisibles que les vôtres , mais l'amour les habite aussi. Au milieu du tumulte des armes, nous soupirons ici comme vous , et comme vous nous sommes fidèles.

Comme il parlait il voit venir au-devant de lui les principaux chefs de l'armée , le brave Narbonne, le jeune Bernis, le prudent Crussol ,

l'aimable Duroure. Ces vaillans guerriers dont les nobles aïeux furent l'honneur de TOccitanie, amènent à leur général un soldat de la garnison de Nîmes, blessé et haletant de fatigues. Ce soldat remet à Gaston une lettre de Talleyrand , le gouverneur de la ville , et raconte que , poursuivi par les Espagnols dont il a traversé le camp , il a reçu deux coups d'arbalète qui n'ont pas arrêté sa course. Le prince comble de ses dons le soldat, et commande à Némorin de prendre soin de ses blessures.

Le berger n'avait pas besoin de cet ordre; il a reconnu ce jeune envoyé : c'est Hilaric , c'est l'aimable enfant qui conduisit Estelle au beau vallon. Némorin l'embrasse mille fois. Dès que ses blessures sont pansées, il lui demande quels événemens l'ont fait sortir de sa patrie , depuis quel temps il a cpiitté Massanne : il n'ose prononcer le beau nom d'Estelle, mais il multiplie ses questions sur tout ce qui a rapport à cette bergère.

Tu ignores donc nos malheurs , lui répondit Hilaric. Un détachement de l'armée espagnole a pénétré dans nos retraites, ravagé nos biens, brûlé nos maisons...

Que dis-tu i s'écria Némorin : et tu ne parles pas d'Estelle ?

Elle a fui , répondit Hilaric , avec la plupart de nos habitans. Estelle, Méril , Marguerite , le

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