FIN D ESTELLE
OTES.
Page 177. Je te salue , ô belle Occitanie !
Le Languedoc ou l'Occilaiile , l'une des plus belles et des plus vastes provinces de France, était anciennement habite par des peuples nommés Yolces. Ils furent conquis par lesRomains, sous le consulat de Quintus Fabius Maximus, l'an de Rome 63.4. Ce pays fut alors appelé la Province romaine; et depuis, quand toutes les Gaules eurent été soumises par César, le Languedoc prit le nom de Gaule narbonnaise ou transalpine. Les Romains^ toujours attentifs à s'attacher, par leurs arts, les peuples vaincus par leurs armes , envoyèrent des colonies en Languedoc. Ils y portèrent leur religion, leur langue, leurs moeurs ; ils y bâtirent des villes nouvelles, rétablirent les anciennes, et priient soin de les embellir de cirques, de temples, de chefs-d'œuvre d'architecture, tels que les arènes, la maison carrée de Nîmes, le pont du Gard, et plusieurs autres monumens que l'on admire encore. Attirées par la beauté du climat, les familles des vainqueurs vinrent en foule s'établir dans la Narbonnaise ; et les vaincus , à leur tour , allèrent chercher les honneurs à Rome, où, dès le temps de Cicéron, ils étaient admis en grand nombre dans le sénat.
Tantôt heuieuse, tantôt opprimée, suivant que le trône du monde était occupé par un bon prince ou par un monstre, la Narbonnaise souffrit ou profita des révolutions de l'empire. Elle devint chrétienne sous Commode, veis l'an 180 de notre ère, et presque aussitôt hérétique. Lorsque les successeurs de Théodose, plus occupés de confondre les ariens que de repousser les barbares , eurent laissé démeaiijrer l'empire , la
province, après avoir clé ravagée par IcsYandalcSjles Alains, les Suisses, les Allemands, tomba au pouvoir des Visigoths, qui choisirent Toulouse pour leur capitale vers l'an 418.
Plus florissante sons leur gouvernement que sous celui des cnq^ereurs, la Narbonnaise prit bientôt après le nom de Septimanie,ou d'Espagne citérieure. Malgré les victoires deClovis, malgré des guerres continuelles avec les Français, elle obéit environ trois cents ans aux rois visigoths établis dans l'Espagne ultérieure. Les Arabes maures, a ainqueurs de ces rois et conquérans de l'Espagne, s'emparèrent de la Septimanieversl'an 720, et ne la gardèrent pas long-temps: vaincus à leur tour à la fameuse bataille de Poitiers, ils repassèrent les Pyrénées; et le fils de Charles IMartel, Pépin le Bref, qui occupa le trône de France, se rendit maître de la Septimanie vers l'an 759, non par droit de conquête, mais par un traité.
Sous les faibles successeiu'S de Charlemagne,la malheiu'euse Septimanie, ravagée tour à tour par les Sarrasins, par les Normands, par les Hongrois, eut des ducs et des marquis moins occupés de soulager ses maux que de se rendre indépeudans des rois de France. Alors, vers l'an 850, commencèrent les Raimond, comtes de Toulouse, qui, de simples gouverneurs sous les premiers rois de la seconde race, parvinrent à posséder toute la province à titre de souveraineté. Plusieurs de ces Raimond furent dignes de leur fortune : mais le plus illustre fut Raimond de Saint-Gilles, quatrième du nom , qui , après avoir rendu de grands services à Alj)bonse I\' , roi de Castille, dans ses guerres contre les Maures, en obtint pour récompense sa fille Elvire, et partit pour la Terre-Sainte en 1096, à la tête de cent mille hommes. Tous les historiens orientaux parlent plus de ce Raimond de Saint-Gilles que de Godefroi et d'aucun autre. Après la prise de Jérusalem , les chrétiens offrirent la couronne à Raimond, qui la refusa. Godefroi fut élu, et se brouilla bientôt avec Raimond. Cebii-ci ne l'en aida pas moins à gagner la fameuse bataille d'Ascalon , et seul, avec (piatre cents de ses chevaliers , alla soumettre plusieurs
villes dont il se fit une principauté. Il bâtit une forteresse nommée le Mont-Pèlerin, où il établit sa demeure. C'est là qu'il mourut en 1105, après dix ans environ de combats et de victoires dans la Palestine.
Ses deux fils, Alphonse et Bertrand, qui lui succédèrent l'un après l'autre, suivirent les traces de leur père , et abandonnèrent leurs états d'Europe pour aller combattre et mourir en Asie. Ces braves croisés étaient loin de prévoir sans doute que, trente ans après, le pape Innocent III publierait une croisade contre leur petit-fils Raimond \ I ; que le barbare Simon de Montfort, chef de cette croisade, égorgerait, pillerait, brûlerait les malheureux Languedociens, sous ce même étendard de la croix planté jadis par Raimond lY sur la tour de David ; que l'infortuné Raimond VI , pour n'avoir pas voulu exterminer ses sujets, serait excommunié, poursuivi, battu publiquement de verges par un légat, foi'cé de se croiser avec ses ennemis pour les aider à dévaster ses domaines, chassé de sa capitale avec son fils, et dépouillé de ses possessions pour les voir passer au bourreau de ses sujets. Mais, au milieu de tant d'adversités, Raimond YI fit voir un courage, une patience, une sagesse à toute épreuve. Cédant à l'orage quand il était sans ressource, reprenant les armes dès ({u'il trouvait des soldats, soumis à l'église, fier avec les brigands qui abusaient d'un nom sacré, il reprit Toulouse, recouvra presque tous ses domaines, et mourut chargé d'ans, de malheurs et de gloire.
Son fils, Raimond YII, avait aidé son père à recouvrer ses états. Il sut les défendre contre Amauri de Montfort et contre Louis YIII, roi de France, à qui Montfort avait vendu ce qu'il ne pouvait plus conserver. L'inquisition, établie dans la province dès l'an 1204, y fut fixée qar le concile de Toulouse en 1229. Elle devint une source de nouvelles calamités. Les inquisiteurs abusèrent tellement de leur pouvoir, que Grégoire IX fut obligé de les suspendre de leurs fonctions. Bientôt après, ayant été rétablis, les bûchers se rallumèrent, et les inquisiteurs furent massacrés. Leur mort valut à Raimond de non-
veaux CTinrmis. Tl sut conjnivr l'orage; et, réooiicilié avec le pape, avee le roi sainl Louis, il mouiut pleuré de ses peuples, qu'il aurait rendus plus îieureux sans ses guerres continuelles, et surtout sans l'inquisition.
Kaimond VII ne laissa qu'une fille , nommée Jeanne , (pii avait épousé Alphonse, comte de Poitiers, frère de saint Louis. A la mort de son père, Jeanne, son unique héritière, porta sa souveraineté dans la maison de France. Alphonse et Jeanne étant morts sans enfans, à trois jours l'un de l'autre, le roi Pliilippe-îe-Hardi , neveu d'Alphonse , vint à Toulouse, en 1271, prendre possession de cette belle province, qui depuis a toujouis été inviolablemcnt attachée à la couronne de France.
Tel est le précis très-abrégé de l'histoire politique du Languedoc. Quant à ses productions, elles sont partout abondantes et variées. Le ];aul Languedoc est couvert des plus belles mois- .sons de blé ; le bas, moins fertile en grains, produit les excellens vins de Frontignan, de Lunel, de Saint-Perny, de Saint- Gilles, de Cornas, etc. On y cultive les oliviers avec autant de succès qu'en Provence. Les troupeaux qui paissent sur les Cévennes, et la quantité prodigieuse de mûriers, sont les principales richesses du pays. L'Arriége, la Cèze, le Gardon, le Tarn, roulent des paillettes d'or ; ce qui prouve que les montagnes renferment des mines de ce métal. Dans plusieurs cantons on trouve des mines de fer, de plomb, d'étain, de cuivre, de jais, de vitriol, de bitume, d'antimoine, de soufre, de charbon de terre. Les carrières de marbre y sont communes; celles de Gosnes, au diocèse deJNarbonne, fournissent en abondance ce beau marbre veiné qui porte le nom de la province. Près de Castres et dans d'autres endroits, on trouve des turquoises (jui ne le cèdent point à celles d'Orient. Les eaux minérales y sont très-communes. Les plus célèbres sont celles de Vais, de LodèAC, d'Alais, de Servan, de Halaruc, de Vendres, et une infinité d'autres. Les plantes médirinales y abondent : dans les seuls environs de Montpellier, on en com])te j)lus de trois
mille espèces ; et les montagnes de Cévennes en olfrcnl bien davantage.
Cette province fut la patrie de plusieurs grands hommes, parmi lesquels , sans compter les Antonin , originaires de Nîmes, les Raimond, dont on a parlé, on peut citer Jaccpies l'"", roi d'Aragon, qui naquit à Montpellier le 1'"' février 1208. 11 était fils de Marie de Montpellier, héritière de cette seigneurie , et de ce brave Pierre II, roi d'Aragon, tué à la bataille de Muret en défendant son allié, son beau-frère, Raimond YI, contre l'usurpateur Simon de Montfort. Jacques fut digne de son père. Soixante ans de victoires contre les Maures lui valurent le surnom de Conquérant, titre véritablement glol'ieux pour lui, puisqu'il ne l'acquit qu'en délivrant sa patrie des usurpateurs qui l'avaient opprimée. En triomphant de ses ennemis, il sut rendre ses sujets heureux. Il cultiva les arts, les lettres, et nous a laissé des mémoires précieux de sa vie.
Gui Fulcodi, pape sous le nom de Clément IV, était de Saint-Gilles, fils d'un jurisconsulte estimé. Gui suivit d'abord le parti des armes, épousa une jeune demoiselle qu'il aimait, et en eut plusieurs enfans. Il étudia le droit, et s'acquit en peu de temps une grande célébrité. Raimond VII, son souverain, Alphonse, comte de Poitiers et de Toulouse, saint Louis, roi de France, et le roi d'Aragon, l'employèrent dans les affaires les plus délicates. Il perdit sa femme, et se fit ecclésiastique. Il fut bientôt évêque de Puy, archevêque de Narbonne, cardinal, et pape.
Sa nouvelle dignité ne lui donna point d'orgueil. \ oici une lettre qu'il écrivait à Pierre de Saint-Gilles, son neveu, après son exaltation :
« L'honneur passager dont je suis revêtu, bien loin d'enor- <( gueillir mes parens ou moi, doit nous rendre plus modestes. « Ne cherchez pas, à cause de moi, une alliance plus considé- « rable pour votre sœur. Qu'elle épouse le fils d'un simple « chevalier : dans ce cas, je vous promets pour elle trois cents « livres tournois de dot. Si elle aspire à quelque parti plus
« élevé, je ne donnei'ai rien du tout. Dites à mes chères filles <i Mabilie et Cécilie que mon intention est qu'elles aient les « mêmes époux qu'elles auraient eus si j'étais resté simple « clerc. Elles sont filles de Gui Fulcodi, non du pape : tout « mon cœur est à elles ; mais ma dignité ne leur est rien, etc. »
Clément conserva une tendre affection pour le Languedoc, sa patrie , et pour ses anciens amis. 11 aima les lettres ; il a laissé quelques écrits et la mémoire d'un pontif irréprochable.
Le fameux Gaston de Foix, qui gagna la bataille de Ravenne, et mourut à vingt-trois ans avec la réputation du plus grand capitaine de son siècle, était né à Mazères, dans le diocèse de Mirepoix, le 10 décembre 1489, de Jean Y, comte de Foix, et de Madeleine de France, sœur de Louis XIT. Gaston était vicomte de Narbonne, et prenait le titre de roi de Navarre. Ses victoires, sa jeunesse, ses talens extraordinaires, et surtout ses qualités aimables, le rendirent l'idole des peuples et des soldats. Louis XII disait de lui : « Gaston est mon « ouvrage ; c'est moi qui l'ai élevé , et qui l'ai formé aux « vertus que nous admirons tous en lui. » Ce héros mourut sur ses lauriers, àRavenne, et cette mort entraîna la perte de l'Italie.
On croit pouvoir placer avec les héros qu'a produits la province, Constance Cézelli, femme de Barri , gouverneur de Leucate, petite ville du bas Languedoc. Pendant la guerre de la Ligue, Barri fut pris par les ligueurs. Constance était alors à Montpellier , sa patrie. Instruite du malheur arrivé à son époux, elle court s'embarquer à Maguelonne, se rend à Leucate , ranime le courage de la garnison , et prépare la plus vigoureuse défense. Les ligueurs et les Espagnols l'attaquent; Constance rend tous leurs efforts inutiles. Les lâches assiégeans , irrités d'une résistance qu'ils devaient admirer , font dresser un gibet, et menacent l'héroïne d'y attacher son époux, si elle ne rend pas sa ville. Constance , dans cette horrible alternative , offrit tous ses biens et sa personne même pour la
rançon de son mari. « Ma fortune , ma vie , sont à moi , dit- « elle ; je les donne volontiers pour mon époux : mais ma « ville est au roi, et mon honneur à Dieu ; je dois les conser- « ver jusqu'au dernier soupir. » Les assiégeans eurent l'atrocité de faire pendre son mari, et lui envoyèrent son corps. La garnison de Leucate pria sa généreuse commandante de lui livrer un prisonnier de distinction que le duc de Montmorenci avait envoyé , pour en faire de justes représailles. Constance leur refusa ce prisoimier , et se vengea plus noblement des ennemis en les forçant de lever le siège. Henri lY , par reconnaissance, fit Constance gouverneur de Leucate jusqu'à la majorité de son fils Hercule. Celte action horrible et sublime se passa en 1590.
Jean du Caylar de Saint-Bonnet de Toiras, né en Languedoc en 1585, maréchal de France sous Louis XIII, fut regardé comme un des meilleurs capitaines de son temps. Après avoir rendu de grands services , il mourut dans la disgrâce , parce qu'il avait déplu au cardinal de Richelieu.
Le chevalier d'Assas , le Décius français, était des environs du Vigan , petite ville des Cévennes. Tout le monde connaît son dévouement héroïque, lorsqu'à Closter-kamp , en 1760, posté près d'un bois pendant la nuit avec un détachement du brave régiment d'Auvergne, il entra seul dans ce bois pour le fouiller , et se vit tout à coup environné d'une troupe d'ennemis. Ceux-ci , lui appuyant leur baïonnette sur la poitrine , le menacent de la mort s'il dit un mot. De ce mot dépendait la surprise de son poste , et vraisemblablement de l'armée. D'Assas n'hésite pas , il crie : A moi , Auvergne! ce sont les ennemis ! et il tombe percé de coups.
Le roi Louis XVI a consacré la mémoire de cette sublime action en créant une pension héréditaire dans la maison d'Assas jusqu'à l'extinction des mâles.
On aurait à consigner ici une foule de noms de la province, si on voulait faire la liste de tous les bons officiers qu'elle a produits , et qui servent encore avec honneur dans ces vieux
léginiens plus connus des ennemis que des citoyens de la capitale.
Indépendamment de ces guerriers , le Languedoc a produit heaucoup de magistrats célèbres , qu'il serait trop long de nommer ici. Le fameux Nogaret , qui servit Philippe-le-Bel avec tant de zèle dans les démêlés de ce roi avec le pape Boniface YIII , était né à Saint-Félix de Caraman , dans le diocèse de Toulouse. Il s'appliqu a , dès sa jeunesse , à l'étude de la jurisprudence , et devint successivement professeur ès-lois à l'université de Montpellier , juge-mage de la sénéchaussée de Beaucaire et de Nîmes , chevalier , chancelier , et garde des sceaux de France. Il ne dut son élévation qu'à ses talens.
Jean Bertrandi , garde des sceaux en 1530 , était de Toulouse. Simple avocat , et député par les états de la province pour porter au roi le cahier des doléances , il fut nommé l'année suivante conseiller au parlement de Paris. Devenu ensuite premier président du parlement de Toulouse , il obtint l'office de gardes des sceaux , qui fut créé pour lui en 1551 , par le roi Henri II , parce que le chancelier Olivier s'était retiré de la cour. Bertrandi fut garde des sceaux jusqu'à \a nunt de Henri; alors il ])rit l'état ecclésiastique, devint évéque de Comminges, archevè(pie de Sens , et cardinal.
Le parlement de T(mlouse, institué par Philippe-le-IIardi, et qui tenait ses séances dès l'an 1280, réuni plusieurs fois à celui de Paris , ensuite séparé et fixé entièrement en Languedoc par Charles Yll , en 1445 , a presque toujours été présidé j>:ir des magistrats d'un grand mérite. Parmi eux le célèbre Duranli tient \\\\ Aca premiers rangs ; sa fin mérite d'être racontée.
Lorsque la mort tragique du duc de Guise et du cardinal .son frère , à Blois , eut rempli l'état de troubles , la ville de Toulouse se signala par son attachement à la Ligue et par .ses fureurs contre Henri III. Les Toulousains députèrent im capiloul aux Parisiens pour jurer avec eux l'union. Ils remirent l'autorité à dix-huit des plus factieux d'entre eux , comme à
Paris on en avait choisi seize , et envoyèrent par tonte la province pour l'exciter à la rébellion.
Duranti , premier président du parlement de Toulouse , et d'Affis , avocat général , restèrent fidèles à leur devoir et au roi. Ils devinrent tous deux l'objet de la haine des dix-huit. Ceux-ci , maîtres de la ville , forcèrent le premier président d'assembler extraordinairement les chambres pour décider si, Henri de ^ alois étant excommunié , le peuple de Toulouse n'était pas délié envers lui du serment de fidélité.
Les aVïs furent partagés, comme Duranti l'avait prévu ; et ce magistrat rompit l'assemblée sans vouloir rien arrêter. Mais le palais était environné de gens armés. Le premier président, remOTttté dains son carrosse , fut assailli de coups d'épée et de lance , dont aucun ne l'atteignit , par le soin qu'il eut de se baisser au milieu de sa voiture. Son cocher poussait les chevaux à tonte bride pour regagner la maison de son maîtie ; malheureusement il accrocha contre un puits, et la voiture fut renversée. Duranti, obligé de descendre , se réfugie à l'hôtelde-ville. Le peu qu'il avait d'amis prend aussitôt la fuite ; les boutiques se ferment, on tend les chaînes, et l'on fait des barricades.
Le parlement , assemblé de nouveau, ordonna que Duranti fiit transféré ftu couvent dos Jacobins. Il s'v rendit, escorté de deux évéques ligueurs et de satellites. On mit un corps-degarde à sa porte, avec ordre de ne permettre a personne de le voir , pas même à sa fille unique. Rose Caulet sa fenune, et deux domestiques, eurent permission d'eiitrer avec lui, à condition de ne plus sortir. On fouilla sa maison, ses papiers ; ou ne trouva rien qui pût servir de prétexte au moindre reproche.
Cependant on voulait sa mort. Les factieux armés se rendent aux Jacobins, et tentent d'enfoncer la porte. Ils ne peuvent y réussir; ils la brûlent, entrent dans le couvent, sans que les gardes, qui étaient de concert avec eux, fassent la moindre résistance. Chapelier , l'un des chefs de ces assassins , aborde le premier président , et lui ordonne de venir répondre au
peuple. Durant! se met à genoux , fait sa prière , embrasse sa femme, lui dit adieu, et marche à la mort.
Quand il est arrivé sur la porte lirùlée , Chapelier l'entraînant avec violence, crie à haute voix : f^oici l'homme. '< Oui.» ajoute Duranti qui était en robe , et dont le visage serein portait l'empreinte de l'innocence , « oui , me voici. Quel crime <i ai-je commis pour vous inspirer cette haine implacable ? » Ce peu de mots prononcés avec noblesse , un reste d'autorité répandu sur le front de ce vénérable vieillard , le respect involontaire que la vertu inspire au crime , en imposèrent aux factieux. Ils gardèrent tous le silence : ils allaient peut-être tomber aux pieds du magistrat , quand un coup de mousquet parti de kiin vint l'atteindre au milieu de la poitrine. Duranti tombe, cl ses derniers mots sont une piière au ciel pour ses meurtriers.
Le peuple l'eprend aussitôt sa fureur , traîne dans les rues le corps de Duranti , et court ensuite à la Conciergerie massacrer l'avocat général d'Alfis.
Ainsi périrent, victimes de leur zèle et de leur fidélité, deux magistrats vertueux , éclairés , dont la province doit se glorifier , et qui ont les mêmes droits à l'admiration et au respect de tout bon Français que les Brisson, les Larcher, les Tardif.
Le Langviedoc doit être regardé comme le berceau de la poésie dite prui'encalc , qui fut cultivée à Toulouse dès le règne des premiers comtes. Raimond V , son fils , son petitfils, plusieurs chevaliers de la province, étaient troubadours, cl .sa\aienl chanter leurs dames presque aussi bien qu'ils se ballaient pour elles. En 1523 , sous le règne de Charles-le- Bel, sept principaux citoyens de Toulouse, sous le litre de la Gaie Société des sept Troubadours de Tolose , écrivirent une lettre circulaire à tous les poètes de la Languedoc , poiu- les inviter à venir lire leurs ouvrages à Toulouse , le premier de mai suivant , avec promesse de donner une l'iolelie d or à celui qui aurait composé en romain la pièce jugée la meilleure.
Le jour marqué, plusieurs troubadours arrivèrent et se rendirent au jardin des sept juges. On fit la lecture des ouvrages devant les capitouls , les notables de la ville et une grande foule de monde. Le prix fut accordé à un cirventès composé en l'honneur de la Vierge , par Arnaud \idal de Castelnaudari, qui fut créé sur-le-champ docteur en la gaie science.
Les sept associés continuèrent leurs assemblées , choisiient un d'entre eux pour chancelier , et donnèrent à lui autre le titre de bedeau ou secrétaire. Ils publièrent des statuts auxquels ils donnèrent le nom de lois d'amour. Ils ajoutèrent deux autres fleurs à la violette , une églantine et un souci. Enfin \e\\r société devint si célèbre, qu'en 1388, Jean , roi d'Aragon , envoya des ambassadeurs au roi Charles VI pour lui demander des poètes de la province de JVarbonne, afin de faire dans ses états un établissement de la Gaie Société.
Telle fut la première origine de l'Académie des Jeux floraux , qui reçut un nouveau lustre vers la fin du quatorzième siècle, ou le commencement du quinzième , par la libéralité d'une dame toulousaine nommée Clémence Isaure. Cette dame, dont on ne sait presque rien, fonda par son testament de quoi fournir aux frais des fleurs que l'académie de Toulouse donne encore tous les ans. Les capitouls et les habitans de cette ville, par reconnaissance pour Clémence < lui ont érigé , vers le milieu du seizième siècle , une statue de marbre blanc , qu'ils ont placée dans une des salles de l'hôtel-de-ville , où elle se voit encore , et où elle est couronnée de fleurs tous les ans , le 3 mai, jour de la disti'ibution des prix. Louis XIV , en 1694 , a autorisé par des lettres-patentes cette académie , que je crois la plus ancienne de toutes.
On ne sait rien de plus positif sur Clémence Isaure. Je me suis cru permis , dans un roman , de la faire seule institutrice des jeux floraux , et de donner un motif au choix des trois fleurs que l'on adjuge pour prix .
Page 180 Nommée ajuste litre Beau-rivage.
Cotte description n'est que la peinture très-fidèle et Irèsressemblante d'un vallon charmant , situé entre Cardet et Massanne , qui s'appelle Beau-rivage , et que la nature a rendu un séjour enchanteur.