‹ ŒuvresChapitre 126 sur 128 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

reux Némorin devint l'époux d'Estelle. Rose les conduisit à l'autel ,• Rose pouvait à peine contenir ses transports. Elle arrêtait, elle appelait tous ceux qu'elle trouvait sur son passage , pour leur faire admirer Estelle , pour leur parler de ses veitus , de ses chagrins passés , de son bonheur présent. De douces larmes coulaient sur ses joues ; et , lorsque la tendre Estelle prononça le serment si doux d'aimer toujours Némorin , malgré la sainteté du lieu, Rose ne put contenir un cri de joie, et s'élança au cou de son amie.

Dés ce même jour Rose s'établit dans la maison d'Estelle. Marguerite et Raimond toujouis chéris, toujours respectés de cette aimable famille , coulèrent au milieu d'eux une vieillesse longue et paisible. La paix , l'amitié , l'amour , furent l'héritage qu'ils laissèrent à leurs enfans , dont la postérité subsiste encore dans le beau pays où j'ai pris naissance.

Heuheuse patrie , d'où la fortune m'a exilé , et qui n'en est pas moins chère à mon cœur, je t'aurai du moins célébrée ! je t'aurai consacré les derniers accens de ma flûte champêtre! Oui, j'en jure par ton nom chéri , je dis un éternel adieu à la muse pastorale. Je ne veux point que d'autres airs profanent le chalumeau sur lequel j'ai chanté mon

pays. Eh ! quel sujet pourrait me plaire, à présent que j'ai dépeint ces campagnes si riantes où les beautés de la nature m'ont ému pour la première fois ? Beaux vallons , fortunés rivages où , jeune encore, j'allais cueillir des tleurs ; beaux arbres que mon aïeul planta , et dont la tète touchait les nues , lorsque , courbé sur son bâton , il me les faisait admirer ; ruisseaux limpides qui arrosez les prairies de Florian, et que je franchissais dans mon enfance avec tant de peine et tant de plaisir , je ne vous verrai plus ! Je vieillirai tristement éloigné du lieu de ma naissance , du lieu où reposent mes pères ; et si je parviens à un âge avancé , le beau soleil de mon pays ne ranimera pas ma faiblesse. Ah ! que ne puis-je au moins espérer que ma dépouille mortelle sera portée dans le vallon où , enfant , j'ai vu bondir nos agneaux ! Que ne puisje être certain de reposer sous le grand alizier où les bergères du village se rassemblent pour danser ! Je voudrais que leurs mains pieuses vinssent arroser le gazon qui couvrirait mon tombeau ; que l'amant et la maîtresse le choisissent toujours pour siège ; que les enfans , après leurs jeux , y jetassent leurs bouquets elTeuillés : je voudrais enfin que les bergers de la contrée fussent quelquefois attendris en y lisant cette inscription :

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