‹ ŒuvresChapitre 14 sur 128 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

linde, m'a-t-il dit, ne reconnaissez-vous pas celui qui vous aime plus que lui-même? J'ai bien vu, ma sœur, que j'étais prise pour vous ; mais comme votre réputation m'est chère, et qu'un berger aussi hardi pourrait lui faire grand tort^ j'ai voulu vous débarrasser pour jamais de cet importun. Je me suis gardée de lui dire qu il se trompait ; et, prenant le ton que Téolinde aurait dû toujours avoir, j'ai répondu à ses discours avec une fierté, avec un dédain qui l'ont fort étonné ; ce qui ne vous justifie pnstrop, ma sœur.Mais^ heureusement pour vous, mes paroles lui ont fait impression ; il m'a quittée en me nommant perfide , ingrate ; et je crois pouvoir vous répondre que vous ne le re verrez plus.

Vous comprenez , aimables bergères , combien je souffrais pendant ce récit. J'aurais donné la moitié de ma vie pour être au lendemain , pour aller à l'instant même détromper mon malheureux amant. Ah ! que la nuit me parut longue! Les étoiles brillaient encore, que j'étais déjà dans les champs. Jamais mes pauvres brebis n'avaient marché si vite. J'arrive à Tendroit où j'avais coutume de trouver Artidore; je le cherche, je l'appelle, je parcours le rivage, le bois, la campagne; je ne trouve point Artidore. Reviens, m'écriai-je; reviens, mon bien aimé : voici la véritable Téolinde, celle qui ne vit que pour t' aimer. L'écho répète

mes paroles , et Artidore ne vient point. Enfin, lassée de tant de recherches, je vais m'asseoir au pied d'un saule, et j'attends que le jour soit plus grand, pour parcourir de nouveau tous les lieux que j'avais parcourus.

A peine l'aube du matin laissait distinguer les objets , que j "aperçois des caractères tracés sur l'écorce d'un peuplier blanc. Je regarde, je reconnais la main d'Artidore, et je ne sais comment je pus lire sans mourir les vers que voici :

O vous dont l'inconslance égale la beauté I

\ ous qui comptez pour rien vos scrnieiis et ma vie !

Yous ordonnez cpi'ellc me soit ravie ;

Elle est à vous , comme ma liberté.

J'obéirai, cruelle, à votre ordre terrible ; \'ous ne verrez plus : mais à mon dernier jour,

Je veux parler de mon amour; Oui, je veux répéter à votre ame insensible Le serment que je fis, bêlas î pour mon malheur :

En l'écrivant sur l'écorce flexible , 11 restera gravé mieux que dans votre cœur. Adieu ; juscpi'au tom])cau la mieiuie vous a chérie : Pour ne plus \()usle dire il a iallii mourir ;

Si nu)n trépas aous airac he un soupir,

Mu mort sera plus douce que ma vie '.

' Las Ictras que fijaré En osla nspera corte/.a Crcccraii ron mas lirmc/a Qup no ha crccido tu lé :

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