LIVRE I
Je lus deux fois, sans pleurer, ces tristes adieux : je voulus les relire encore; mais les larmes m'en empêchèrent; et si ces larmes n'étaient venues, je serais morte sur-le-champ. La douleur m'ôta dès ce moment le peu de raison que l'amour m'avait laissé. Je résolus de tout abandonner pour courir après Artidore. Je voulais partir sur-le-champ; mais je ne pouvais quitter ce peuplier où mon arrêt était tracé. J'essaie inutilement d'enlever cette écorce ; je la baise mille fois, je la baigne de mes pleurs, et je prends la fuite à travers la campagne, en répétant les derniers mots que j'avais lus.
J'arrive sur ces bords ; ils ne sont pas éloignés de la patrie de mon amant. Jusqu'à présent personne n'a pu me donner de ses nouvelles. Je veux le chercher encore quelques jours ; mais si ma recherche est vaine, si mon Artidore n'est plus, mon parti est pris, je le suivrai : oui, s'écria-t-elle en fondant en larmes, je le suivrai ; c'est ma dernière espérance.
Tel fut le récit de Téolinde. Galatée et Florise s'efforcèrent de la consoler : Restez ici , lui dit Galatée, nous vous aiderons à retrouver Aitidore ; et
Y en caso tao desdichado , { , Tendre por dulce partido , Si fui vivo aborrecido , Ser muerto, y por tillorado.
70 GALATEE.
jusqu'à ce moment nous le pleurerons avec vous. TcoUnde, touchée de ces offres, embrassa Galatëe, et lui promit de ne pas la quitter de quelques jours.
Le soleil s'était couché, et les trois bergères rassemblèrent le troupeau pour le ramener au village. Elles n'étaient pas encore à la moitié du chemin, quand Galatée s'aperçut qu'elle avait oublié sa houlette : elle pria Florise et l'étrangère de veiller à ses brebis, et retourna seule pour la chercher. Elle découvrit bientôt à travers les arbres un vieux berger, nommé Lénio, assis à la place qu'elle avait occupée : il tenait dans ses mains la houlette qu'elle venait repreiijdre.
Dans le même instant, Élicio, qui retournait à sa cabane avec son petit troupeau de chèvres, vint à passer ; et reconnaissant la houlette de Galatée, il s'arrête en regardant Lénio d'un air étonné. Galatée, attentive au mouvement d'Élicio, se cache derrière un buisson pour écouter ce qu'il allait dire.
De qui tiens-tu cette boulette.^ demande Élicio d'une voix animée. Je viens de la trouver ici, lui répond le vieux berger, et je la destine à Bélise, qui ne refusera pas un si beau présent. — Je souhaite que tu puisses attendrir Bélise par le don de cette houlette ; mais la mienne est encore plus belle : regarde comme l'écorce adroitement enlevée semble