‹ ŒuvresChapitre 49 sur 128 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

venir tout tremblant et poursuivi par un chien. Bientôt après un homme a paru. J'avoue qu'à cet aspect je n'ai pas été maître de ma fureur : je me suis élancé sur lui avec le projet de FétoufTer, tant j'étais indigné qu'un homme vînt me ravir les seuls amis qui me restaient. Vous avez été les témoins de mon combat et de son heureuse fin. C'est aujourd'hui le plus beau jour de ma vie : j'ai retrouvé ma Téolinde , je sens revenir ma raison. Je vais passer ma vie avec celle que j'ai toujours adorée, et ma chèvre et mon chevreau ne me quitteront pas. En disant ces mots, il les caressait dune main, et tendait l'autre à Téolinde.

Le récit d' Artidore avait attendri tout le monde ; on le remercia les larmes aux veux. 11 pria tout bas Élicio de lui donner les moyens de couper sa longue barbe, et de prendre un autre habit. Venez avec moi , lui dit le berger ; j'ai dans ma cabane tout ce qui vous est nécessaire. Allez, ajouta Timbrio, nous vous attendrons ici ; et, pendant votre absence, je préparerai ce que je dois dire au père de... Il s'arrêta; Galatée rougit. Artidore partit avec Elicio : Téolinde lui recommanda de n'être pas long-temps ; et la chèvre et le chevreau le suivirent.

Galatée avait entendu que Timbrio voulait se

consulter pour aller parler à son père : elle comprit que sa présence le gênerait ; et feignant d'être obligée de retourner à sa maison, elle prit congé de Blanche , de Nisida, de Téolinde , et gagna le villapje, seule avec sa chère Florise.

Elles en étaient peu éloignées, lorsque quatre hommes, sortis de derrière une haie, saisissent les deux bergères, les empêchent avec des mouchoirs de jeter des cris, et les forcent de monter sur deux mules qu'ils tenaient là toutes prêtes. Galatée et Florise obéissent en tremblant : les quatre ravisseurs montent à cheval , placent au milieu d'eux les mules, et fuient au grand galop vers la frontière de Castille.

Ces ravisseurs étaient les quatre Portugais arrivés dans la maison de Mœris depuis deux jours. Ils s'étaient aperçus du froid accueil de tout le viîlag e : la manière dont Élicio les avait regardés pendant le souper, et les coups d'œil qu'il jetait sur Galatée, leur avaient fait soupçonner la vérité. Le retard demandé par Mœris pour aller à la vallée des tombeaux, le refus des habitans de les laisser venir à cette vallée , leur avaient semblé un prétexte et ime insulte. Ils craip-nirent de retourner sans Galatée, et se décidèrent à un enlèvement qui devait leur être pardonné quand la lille de Mœris aurait épousé leur maître« Tout leur avait

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