LIVRE IV
réussi; ils fuyaient avec leur proie : mais l'Amour veillait sur Galatée. '
Artidore, après avoir pris des habits dans la cabane d'Élicio , revenait avec lui à la fontaine : ils voient de loin les quatre cavaliers , et reconnaissent les bergères. Élicio jette un cri et vole à sa maîtresse. De ses deux mains il arrête les mules : un Portugais lève le bras pour le percer d'un pieu ferré : Artidore était accouru , et , d'un coup de bâton, il casse le bras du barbare. Les deux bergères profitent du moment ; elles glissent à terre, et, reconnaissant les lieux, elles courent chercher du secours à la fontaine. Pendant ce tems Élicio avait ramassé le pieu du blessé ; et se rangeant près d' Artidore, ces deux braves bergers à pied, armés seulement d'un bâton et d'un pieu, font tête aux trois lâches cavaliers qui veulent venp-er leur compagnon.
Ce combat inégal se soutient ; mais le courage allait céder à la force. Élicio , blessé au bras , ne peut plus se défendre , quand Timbrio , l'épée à la main, tombe comme la foudre sur les Portugais. Du premier coup il fait voler la tête de celui qui pressait le plus Élicio. Tircis, Damon, Fabian, arrivent ; et les deux ennemis qui restaient prennent la fuite a toute bride.
La blessure d'Élicio n'était pas dangereuse ;
mais il perdait beaucoup de sang. Galatëe en est alarmée ; elle l'étanche avec sou mouchoir ; elle panse elle-même la plaie ; cet appareil seul devait guérir Elicio. On le ramène au village, le hras en écharpe ; Galatée le soutient dans sa marche , et cette faveur le paie trop du danger qu'il vient de courir.
On arrive chez Mœris : le vieillard, indigné de l'attentat des Portugais, déclare qu'il se croit dégagé de sa parole. Voilà, lui dit Timbrio en lui présentant le blessé, voilà, le libérateur de votre fille : Élicio mérite de posséder celle qu'il a sauvée. Sa pauvreté seule a pu vous faire balancer ; mais je suis riche, et je veux...
Comme il disait ces mots , on entend un grand bruit à la porte de la maison : on regarde ; on voit entrer dans la cour un bélier superbe , orné de rubans , et peint de différentes couleurs. Son énorme sonnette se distinguait parmi celles décent brebis qui le suivaient, chacune avec son agneau. Erastre venait après elles ; deux chiens l'accompagnaient. Il entre, laisse à ses chiens la garde du Ijeau troupeau, et, la houlette à la main, il vient parler au père de Galatée.
Mœris, lui dit-il, j'étais amoureux de ta fille, et je pouvais la disputer au Portugais à qui tu la doiuies. JNlaisje me rends justice ; ni ce Poi'tugais