‹ ŒuvresChapitre 6 sur 128 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Avant que le soleil ait éclairé nos plaines ,

Je fais relentii" les échos , 'Je fatigue les bois, les prés et les fontaines ' ■■• - ' ■

Du triste réc it de mes maux : > . ~ • ;

Mais les éclios . les bois , les prés et les ruisseaux ,

Ne peuvent soulager mes peines. , , ^ '

Sur les gazons fleuris , à l'ombrage des cîiêrieè , -. . '■' Je né trouve plus le repos ; ' • .

Je gémis ;. le ramier joint ses plaintes aux miennes ; Mes larmes troublent les ruisseaux :

Mais les ruisseaux , les bois et les éclios , ) .

Ne peuvent soulager mes peines ''. ■..:.'. .

Telles étaient les plaintes d'Élicio, berger des rives du Tage. La nature l'avait coml)lé de ses dons ; mais la fortune et Taniour ne l'avaient pas traité comme la nature. Depuis long-temps il aimait Galatée,. sans pouvoir encore se flatter d'en être aimé. Galatée était une simple bergère du même

' Y asi pequeûo alivio al dolor mio * "

Nq hallo en monle, en Jlano, en prado, en lio. . :

village qu'Élicio ; mais elle eût été la reine du monde, si le monde s'était donné à la plus belle et à la plus sage.

C'est de Galatée et d'Élicio que je vais raconter les aventures ; j'y joindrai celles de plusieurs amans que l'Amour voulut éprouver : je décrirai les mœurs du village. Vous, qui n'êtes heureux qu'aux champs ; vous, âmes sensibles, pour qui l'aspect d'une campagne riante, le bruit d'une source d'eau vive, sont des plaisirs presque aussi touchans que celui de faire une bonne action, puissiez-vous trouver quelque douceur à me lire!

De tous les bergers qui aimèrent Galatée, Élicio fut le plus tendre et le moins hardi. Son respect n'était pas la seule raison de sa timidité : Mœris, père de Galatée, était le plus riche laboureur du canton ; Élicio n'avait pour tout bien qu'une cabane et quelques chèvres.

Érastre, son rival, était moins pauvre, sans être plus heureux. Érastre, jusqu'alors le plus insensible des patres , n'avait pu résister aux charmes de Galatée j mais il ne se flattait pas de lui plaire : trop simple pour être aimable, il savait mieux sentir que s'exprimer ; la nature en le formant s'était contentée de lui donner un bon cœur.

Un jour qu'Élicio, dans un vallon solitaire,

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