‹ ŒuvresChapitre 7 sur 128 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

songeait à ce qu'il aimait, il vit venir Érastre, précédé de son troupeau, dont il laissait la conduite à ses chiens. Ces bons animaux semblaient deviner que leur maître était trop amoureux pour s'occuper de ses brebis ; ils tournaient autour d'elles , pressaient les paresseuses , ramenaient celles qui s'écartaient , et faisaient à la fois leur devoir et celui du berger.

Dès qu'Érastre fut près d'Élicio : J'espère, lui dit-il, que vous n'êtes pas fâché de ce que j'aime Galatée ; vous savez qu'il est impossible de ne pas l'aimer : oui, je consens que mes agneaux, au moment où je les sèvrerai, ne trouvent dans les prairies que des herbes vénéneuses, s'il n'est pas vrai que mille fois j'ai tenté d'oublier mon amour. J'ai consulté tous les médecins du pays ; aucun n'a pu me guérir, et je viens vous demander la permission de mourir avec mon mal. Vous ne risquez rien en me l'accordant. Puisque vous, qui êtes le plus aimable des bergers , vous ne pouvez attendrir Galatée, que craignez-vous d'un pâtre comme moi ? , '

Élicio sourit à ce discours : Mon ami, lui dit-il, je n'ai pas le droitd être jaloux ; tes chagrins sont les miens : ils doivent nous rendre chers l'un à l'autre. Dés ce moment ne nous quittons plus ; nous parlerons de Galatée, et l'amitié soulagera

sans doute les peines que nous cause Tamour.

Les deux rivaux, devenus amis, allaient accorder leurs musettes, quand Galatëe avec son troupeau parut sur la colline. Un simple corset, un jupon d'étoffe commune , composaient toute sa parure ; sa taille seule rendait cet habit charmant : ses longs cheveux blonds flottaient sur ses épaules : un chapeau de paille garantissait son visage de l'ardeur du soleil. Simple comme la fleur des champs, elle était belle, et ne le savait pas.

Élicio s'avance pour lui parler, mais les chiens de Galatée, qui ne laissaient approcher personne du troupeau, courent en grondant sur le berger. A peine l'ont-ils reconnu, que, honteux de leur méprise , ils baissent le cou , le flattent de leurs queues, et vont cacher levu^s tètes sous ses mains caressantes. Le bélier conducteur, qu'Élicio avait souvent nourri de son pain, l'aperçoit et vient à lui, la tête haute , en agitant sa sonnette : toutes les brebis le suivent. Élicio leur ouvre sa panetière ; il distribue aux chiens et au troupeau tout ce quelle contenait : des larmes de joie coulent de ses yeux ; et la bergère, embarrassée de voir ses moutons reconnaître si bien son amant , se hâte d'arriver au bélier, le fra])pe de sa houlette , en rougissant, et le force de s'éloigner d'Elicio.

Le berger lui reprocha ce mouvement de coléi*e :

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