LIVRE I
à qiii^IlLi (donnas la naissance ; Rome chérit la m6moif^ cks pontifes qu'elle reçut de toi; la France ^e glorifie de tes capitaines, de tes magistrats; la poésie enchanteresse te dut son premier asile. 0 terre féconde en héros, en talens , en fruits , en jl^jésors , je te salue !
Et vous , hergères de mon pays, qui cachez sous un chapeau de paille des attraits dont tant d'autres seraient vaines ; vous dont le cœur a conservé cet amour sacré des devoirs qui mêle un charme secret aux sacrifices qu'il ordonne, cette pudeur aimable et sévère, seule parure de la jeunesse, cette simplicité touchante, unique reste de l'âge d'or; prêtez, l'oreille à mes récits. Estelle vous ressemblait j; Estelle avait vos yeux noirs et brillans, et vos longs cheveux d'ébéne , et votre visage si doux, où la candeur s'unit à la grâce, à cette grâce naïve qui fuit la beauté qui la cherche , et ne quitte poipit celle qui Tignore. Estelle avait vos vertus : elle fut pourtant malheureuse. Puissiez-vous ne l'être jamais ! Puissent vos beaux yeux ne répandre des larmes que pour plaindre mon héroïne ! Sur les bords du Gardon , au pied des hautes montagnes des Cévennes, entre la ville d'Anduze et le village de Massanne, est un vallon où la nature semble avoir rassemblé tous ses trésors. Là, dans jde longues prairies où serpentent les eaux du
fleuve, on se promène sous des berceaux de figuiers et d'acacias. L'iris, le genêt fleuri, le narcisse, émaillent la terre : le grenadier, l'aubépine, exhalent dans l'air des parfums : un cercle de collines parsemées d'arbres touffus ferme de tous cotés la vallée, et des rochers couverts de neige bornent au loin l'horizon.
Prés de cette retraite charmante, nommée à juste titre Beau-rii>age (1 ) , vivaient, sous le régne de Louis XII , des bergers et des bergères dignes d habiter ces lieux enchantés. Des villages de Massanne, de Marueje, d'Arnassan, ils venaient se rassembler dans la vallée de Beau-rwage ; leurs troupeaux, tantôt réunis, tantôt dispersés, allaient chercher le serpolet sur les collines; des chiens terribles faisaient la garde du côté des montagnes; et les pasteurs avec les bergères , assis ensemble près du fleuve, jouissaient des doux plaisirs que donnent un beau ciel , un bon roi , l'innocence et l'égalité.
De toutes ces bergères, l'honneur, l'ornement de leur pays, Estelle fut la plus belle, la plus tendre, la plus vertueuse. Fille de Raymond et de Marguerite, elle aimait, respectait ses parens presque à l'égal de l'Etre suprême. Instruite de bonne heure d(^ ses devoirs , sans cesse occupée de les sui\Te, elle n'avait jamais imaginé qu'il pouvait