Louis Vcuillol
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peuple et ils considéraient le christianisme comme une sorte de gendarme chargé de veiller à la sécurité de leurs plaisirs. Cette conception égoïste et orgueilleuse n'est plus de saison. Si vous voulez que le malheureux croie h l'autre monde pour se résigner à celui-ci, montrez-lui que vous y croyez vous-mêmes et persuadez-le par vos exemples comme [)ar vos bienfaits. Chrétiennes pieuses, ne restez point enfermées dans votre bonheur domestique. Apprenez à monter l'escalier de la mansarde, où une mère de famille souffre dans ses enfants malades ou affamés. Jeunes gens riches, que faites-vous de vos vingt ans, de votre argent, de votre cœur? Pourquoi n'êtesvous pas tous enrôlés dans la Société de Saint-Vincentde Paul, où vous en trouveriez l'emploi, où vous verriez de près le pauvre, où vous lui apprendriez à vous pardonner votre fortune ?
Prêtres et laïques préoccupés du problème social, qui allez aux ouvriers et aux indigents pour tâcher de les ramener vers Dieu, ah ! votre évêque bénit vos efforts et voudrait voir se multiplier votre valeureuse phalange. Catholiques, ne permettons à personne d'aimer le peuple plus que nous et d'étudier avec plus de soin que nous les moyens d'alléger son fardeau ; mais en même temps, défîons-nous quelque peu des entraînements de notre générosité même. Ne flattons pas ceux que nous voulons sauver, n'excitons pas chez eux des espérances que personne ne réalisera jamais et ne jetons pas l'huile sur une flamme déjà si ardente. En nous joignant aux déclamateurs qui irritent la foule et la poussent au désordre, nous renouvellerions la faute de nos pères qui ont payé
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si cher leur enthousiasme naïf de 1789. Ne pouvant suivre les agitateurs jusqu'au bout, nous deviendrions leurs victimes, et nous serions, malgré nos intentions excellentes, les (rirondins de la révolution nouvelle que nous aurions contribué à déchaîner. Qu'une autre révolution, toute bienfaisante et pacifique, s'opère dans le monde, au nom de Jésus-Christ, hors duquel il n'y a pas de salut, par l'effusion de cette foi et de cette charité ardentes qui ont converti les barbares et formé la chrétienté ! Que l'esprit de Jésus souffle et qu'une fois encore la face de la terre soit renouvelée !
Lettre pastorale et mandement à l'occasion des processions de la Fête-Dieu.
Nos Très Chers Frères,
Parmi les fêtes qui soutiennent et charment la piété des fidèles, il en est une que notre ville épiscopale a toujours célébrée avec un éclat tout particulier. C'est celle qu'ailleurs on appelle la Fête-Dieu et que de temps immémorial vous nommez le Sacre. Ce n'est pas à des chrétiens instruits comme vous qu'il faut rappeler le caractère auguste de cette solennité qui, avec ses deux processions et son octaA^e, honore, par huit jours de gloire, Jésus anéanti dans l'Eucharistie, et répare les outrages que Ihérésie ou 1 infidélité prodigue à sa majesté cachée sous les voiles du sacrement. Vous avez appris de vos pères cet esprit de justice et de générosité saintes, qui s'efforce de dédommager Notre-Seigneur de la grande ingratitude des hommes, des négations haineuses de quelques-uns, de l'indifférence d'un grand nombre, de la tiédeur même de beaucoup de croyants et de l'imperfection de leur amour. S'il faut en croire des témoignages fort anciens, la ville d'Angers aurait devancé la chrétienté tout entière dans l'institution d'une fête eucharistique, pour opposer le démenti de sa foi à l'hérésie de
DES PROCESSIONS DE LA FETE-DÎEU io
son archidiacre Bérenger, qui niait la présence réelle. C'est dans la chaire élevée sur le tertre de Saint-Laurent que, selon toute vraisemblance, retentit la première attaque contre la sainte Eucharistie'. C'est au tertre Saint-Laurent que, chaque année, la cité tout entière conduit Jésus en triomphe et s'ag-enouille devant lui pour recevoir sa bénédiction.
Il y a sept ou huit siècles qu'il en est ainsi et que la procession du Sacre déroule à travers vos rues, ornées des décorations les plus brillantes, ses splendeurs autrefois célèbres dans toute l'Europe et long-uement décrites par vos historiens'^. « La ville d'Angers, écrit un géographe « du XVII'' siècle, est renommée par son Université et « par la Fête-Dieu : c'est ce qui a fait dire que, pour (i voir de belles cérémonies, il fallait voir la Fête-Dieu « d'Angers, les Rogations de Poitiers et la Mairie de <' La Rochelle (c'est-à-dire l'installation du maire) » Nous ne savons ce qui est advenu des Rogations de Poitiers et de la Mairie de La Rochelle, mais a^ous avez toujours le droit, N. T. C. F., de vous montrer fiers de votre Université et de votre Fête-Dieu. Aux chrétiens timides qui craindraient de paraître à la procession ou de s'y fatiguer, je rappellerai que Charles VIII et François I"' se sont fait un devoir de la suivre, quoiqu'elle durât alors presque toute la journée. Charles VIII, au retour, assista même aux vêpres et aux compiles, vêtu d'une belle chape de drap d'or, en sa qualité de chanoine
1. Mgr Freppel, allocution pour l'érection diin luouuuionL au Tertre Sainl-Laurciit.