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1()2 ŒUVRES PASTORALES DU CARDI^AL MATHlEi:
résumé de toute la loi chrétienne ; c'est la vertu qui subsistera jusque clans l'autre monde, lorsque la foi s'étant évanouie dans la vision béatifîque et l'espérance ayant fait place à la réalité infinie, l'amour seul leur survivra pour chanter le cantique de l'extase éternelle. Nous sommes, avant tout et par-dessus tout, les ministres de la charité. Si nous ne l'enseignons pas, si nous semons des paroles de division et de haine, nous manquons à notre devoir essentiel. Si nous ne la pratiquons pas, notre action perd toute son efficacité et nous ressemblons, comme dit saint Paul, à un airain creux ou à une cymbale retentissante '. Jésus-Christ est venu mettre le feusur la terre, et en remontant vers son Père, il a confié le flambeau sacré aux mains de ses apôtres et de ses successeurs, pour qu'à leur tour ils embrasent les âmes de cette ardeur surnaturelle qui, consumant les désirs terrestres et les appétits inférieiu^s, les unit intimement à Dieu, les rend chères les unes aux autres, et devient en elles le principe d'une vie nouvelle et supérieure, pleine de joies saintes, de sacrifices courageux et de mérites dignes d'être réconqDcnsés au ciel. Faire des chrétiens, c'est-à-dire des hommes qui espèrent en sa bonté par les mérites de Jésus-Christ, et qui s'attachent à Lui comme un bien suprême en vue duquel ils dirigent toute leur vie, telle est donc, N. T. C. F., l'œuvre essentielle du ministère pastoral. Pour l'accomplir, nous disposons de deux grands moyens: la parole et les sacrements. Nous enseignons la doctrine, nous
1. Facfus sitni velut ses sonans aut cymbalum tinnieris (I Cor., XIII. 1).
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disjjensons la <^ràce ; c'est par cette double action que l'Eglise a été fondée, qu'elle dure et qu'elle s'étend. Des évêques, un Évèque suprême, qui leur est chef indéfectible et infaillible, la gouvernent; ils communiquent leur autorité aux prêtres, et les fidèles qu'ils dirigent marchent dans les voies du salut sous l'autorité d'hommes sujets, sans doute, aux faiblesses de l'humanité, mais auxquels il faut obéir néanmoins, parce (ju'ils ne commandent pas d'eux-mêmes et qu'ils sont accrédités par le Roi immortel et invisible des siècles, par le Pasteur suprême qui les assiste de son Esprit et qui mène son immense troupeau par des voies sûres au bercail du ciel. C'est là le royaume fondé par Jésus-Christ, ({ui est ressuscité pour devenir le maître des vivants et (les morts, et dont l'empire universel a été annoncé par les prophètes. Ecoutez la magnifique prédiction de Daniel : « Au milieu des royaumes, Dieu en suscitera un qui ne sera jamais renversé, qui ne passera point à un autre peuple, qui consumera tous les autres et qui restera debout éternellement '. >< Toute l'histoire travaille à la réalisation de cette prophétie. 11 existe sous nos yeux cet empire extraordinaire, à la fois spirituel et temporel, qui dépasse et enveloppe les frontières de tous les Etats connus, qui a sa constitution, ses lois propres, ses alliés, ses tributaires, ses amis et ses ennemis, ses forteresses, et dont les limites avancent ou reculent selon les vicis-
i. In dielnis autein rpgnorum illorum suscHhIjH Drus cvt// refjnuni fjuod in selernuni non dissipabitiir, et regnum cjus uUeri populo non (r.ideliir: comminwt niili'm, et conxunipl nnirrrs.i régna fuec ; cl ipsuni slahil in xlcrnuni (Dan., ii, 44),
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situdes de la guerre incessante qu il soutient contre toutes les puissances de ce monde. Son chef, en effet, c'est ce conquérant infatig-able dont le roi David dans ses Psaumes et saint Jean dans son Apocalypse ont chanté la puissance et les triomphes. « De mon cœur va jaillir une bonne parole... Tu es le plus beau des enfants des hommes; la g-râce est répandue sur tes lèvres : cest pourquoi Dieu ta béni éternellement... Marche, prospère et règne!... Tes flèches sont aiguës, les peuples tomberont sous tes coups et les cœurs des ennemis du roi en seront percés ' .
« Je vis un cheval blanc, et celui qui le montait a^-ait un arc; une couronne lui fut donnée, et il partit pour vaincre -. > Suivez, si vous le pouvez, les pas de ce vainqueur mystérieux ; considérez les contrées quïl a soumises les unes après les autres ; cet empire romain lentement conquis par les apôtres et les martyrs ; ces barbares domptés par les évêques, qui sont devenus les peuples modernes; la condition des hommes améliorée, les progrès de toute sorte introduits dans la législation; cette civilisation contemporaine si brillante par quelques endroits et encore si pénétrée de christianisme à son insu ; cette société religieuse si fortement organisée qui a survécu aux schismes, aux hérésies, à la corruption de ses
1. Eructavil cor menin verbuni honuin... speciosus forma prse fillis hoininum, diffusa est rjralia in labiis luis : proplerea henedixil te Deus in œterniun... Inlende, prospère procède, el reçjna... Sagiltx tuse acutse, popiili siiJj te cadent, in corda ininiicoruni régis (Ps. xliv).
2. Et ecce equus alLus et qui sedeLal super illuni hahebal arcuni, et data est ei corona, et exivit vincens ut vinceret (Apoc, vi, 2).
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membres, et qui, en dépit des lois de Thistoire, chante toujours le Te Deiim au moment où ses ennemis entonnent le De profundis de ses funérailles ; ce grand vieillard, son chef visible, souverain dépouillé et désarmé, plus puissant dans sa solitude que ceux qui commandent à des millions de soldats, dont la parole et l'action retentissent jusqu'aux extrémités de la terre ; cette hiérarchie d'évêques et de prêtres qui lui sont lilialement soumis et qui combattent le l:)on combat sous ses ordres ; cette armée d'âmes d'élite qui se sont données sans réserve à Jésus-Christ et qui, pour lui plaire, réalisent des merveilles d'abnégation dans les cloîtres, dans les écoles et les hôpitaux ! Réfléchissez à ce spectacle extraordinaire, N. T. C. F., et vous vous attacherez avec plus de confiance que jamais à cette immortelle Eglise, autour de laquelle tout change sans qu'elle change elle-même, qui a survécu déjà à tant de dynasties et de gouvernements qvd croyaient en finir avec elle, et qui, sûre de l'amour et de la protection de son divin Époux, ne craint rien du temps parce qu'elle compte sur l'éternité.
On dit pourtant qu elle est devenue une institution caduque ; que ses dogmes ne soutiennent plus le regard de la science ; que si, autrefois, elle a pu produire l'union des esprits et des cœurs, ce vieux ciment est maintenant dissous ; que ses cathédrales, aujourd'hui remplies de silence', ne représentent que le symbole
1, Paul Desjardins, Discours au Concours général.
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d'une unité irrévocablement détruite, et qu'enfin il n'y a plus rien à faire pour les évèques et pour les prêtres dans la société moderne définitivement émancipée de leur joug. Voilà, N. T. C. F., des idées que vous entendez exprimer tous les jours ; et. pour quelques esprits élevés qui déplorent notre prétendue impuissance, la plupart de ceux qui dirigent l'opinion y applaudissent et s'appliquent à ruiner ce qui nous reste d'autorité. L'hostilité contre l'Eg-lise s'étale sous nos yeux avec une audace sans gloire comme sans péril, qui peut même, vous le savez sans doute, conduire à la popularité et à l'influence. Faut-il vous étonner de ce fait? En aucune façon, car il a été prédit par Notre-Seigneur: (( Ils m'ont haï, ils vous haïront! Ils vous chasseront et vous poursuivront devant les "princes, et vous deviendrez à tous un sujet d'horreur à cause de mon nom '. » 11 ne saurait en être autrement. Des dogmes qui ne se laissent point contester et qui imposent un acte d'humilité à une raison naturellement téméraire et orgueilleuse ; des préceptes qui heurtent de front tous nos mauvais instincts; des hommes ({iii prêchent la perfection et dont on peut toujours opposer les faiblesses à l'enseignement parce qu'ils sont hommes ; un pouvoir qui, ne disposant d'aucune force matérielle et en appelant uniquement à la persuasion, se réclame de son origine divine pour revendiquer son indépendance absolue, pour condamner les doctrines, diriger les consciences et citer à sa barre les pécheurs couronnés aussi bien que les petits enfants, en
1. Tradent enim vos... anle prœsides... (Marc, xiii, 9). El rriti^t (xliu omnibus propter nonien ineum... [M., xm, 13).
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faut-il davantajj^e pour expliquer ropposition et les clameurs incessantes qui nous poursuivent ? Ne vous en effrayez pas, N. T. G. F,, et rassurez-vous par la parole de Celui qui a vaincu le monde: Confidite, ego vici mundum^ ! Ne prenez pas l'attitude mélancolique de tant de catholiques effarés, qui croient que tout est perdu et que le temple va crouler parce que tous les contreforts auxquels il s'appuyait ont été emportés par la Révolution. Que votre foi ne se laisse pas ébranler par des sophismes répétés avec assurance, et qu'elle soit assez solide pour tenir contre les tristesses du présent et contre les menaces de l'avenir, en s'appuyant sur les promesses de (]elui qui s'est toujours plu à choisir la faiblesse pour confondre la force ! Ne vous en laissez pas imposer par cette prétendue incompatibilité entre la science et la révélation, entre la raison et la foi. Gomment se contrediraient-elles, puisqu'elles viennent de la même source de lumière? Il ne peut y avoir entre elles que des malentendus apparents et passagers, produits soit par une interprétation inexacte et sans autorité de la vérité révélée, soit par une affirmation téméraire de ceux qui prétendent représenter la vérité scientifique. Aucun des faits certainement acquis à la science, aucune de ses conquêtes définitives ne se trouve en désaccord avec un article de notre Credo. Le savant chrétien se meut tout aussi ;i l'aise qu'un autre dans son domaine propre ; il applique sans aucune gêne toutes ses méthodes ; et puisqu'un Pascal, un Leibnitz, un Pasteur