Quid me cœdis (Joann., xxviii
Ces nécessités pratiques sont tellement évidentes, que partout où règne la liberté politique, c'est-à-dire dans presque tout le monde civilisé, les catholiques ont été amenés à s'en servir dans l'intérêt de leur foi, c'està-dire à former un parti organisé, à introduire leurs candidats dans les Parlements, à conclure des alliances, à traiter avec le pouvoir en faisant leurs conditions, et même à diriger les affaires, en tant que parti. Presque partout, le clergé se mêle des élections plus directement et plus activement qu'en France. Grâce à Dieu, cette action publique des catholiques n'est pas toujours restée stérile, et l'histoire du siècle présent ne justifie pas toutes les élég-ies découragées que nous entendons. L'Irlande, la pauvre Irlande, maltraitée, affamée, persécutée depuis deux cents ans par l'aristocratie la plus dure et la plus insolente du monde, ne s'est-elle pas levée, comme un seul homme, à la voix d'O'Connell ? N'at-elle pas réussi à forcer les portes du Parlement anglais et à y ramener le catholicisme, qui en était exclu depuis 1679, tandis qu'à l'autre extrémité de l'Europe, la Pologne voyait ses plaintes toujours étouffées par le pouvoir absolu? Nos voisins catholiques du Nord n'ont-ils pas réussi à conquérir le pouvoir et à s'y maintenir, à force de sagesse ? Nos voisins catholiques de l'Est ne sont-ils pas arrivés, par leur activité, leur union et leur longue patience, à rompre le fdet de lois iniques jeté sur l'Eglise d'Allemagne, par la main
redoutable d'un Bismarck? Et enlin, en France même, avons-nous toujours été battus? N'avons-nous pas compté, au moins, un éclatant succès ? Nous avons obtenu, en 1850, une loi de liberté, qui a exercé une influence sérieuse sur l'éducation publique, amélioré les dispositions religieuses de la bourgeoisie, permis la création de milliers d'écoles et de collèges chrétiens, et formé plusieurs générations de croyants. Grâces en soient rendues, après la Providence, aux catholiques éminents tels que Montalembert et Veuillot, Parisis et Dupanloup, qui, séparés d'opinion sur bien des points, se sont unis, pour livrer cette grande bataille et l'ont gagnée, après plus de dix années d'efforts î
Que Dieu nous rende de pareils hommes et qu'il daigne apaiser le vent de discorde qui souffle en ce moment sur les catholiques français ! Quel lamentable spectacle 1 Nos ennemis s'unissent contre nous et nous nous divisons contre eux. Nous dépensons une partie de nos forces à tirer les uns sur les autres, en nous accusant mutuellement de notre impuissance commune. Contre qui sont dirigés par des catholiques ces insinuations blessantes, ces épigrammes, ces outrages et, souvent, ces calomnies? Contre des catholiques, laïques ou prêtres, quelquefois contre les plus élevés par le rang (|u'ils occupent dans l'Eglise et les plus illustres par les services qu'ils lui ont rendus. Heureux, quand le Souverain Pontife lui-même est épargné et n'est point représenté comme le complice inconscient de nos persécuteurs! Car le Pape, les Cardinaux et les Evêques sont devenus une cible sur Uufuelle on s'exerce, pour satis-
faire de mesquines rancunes ou simplement pour s'amuser.
Les questions les plus épineuses et les plus complexes, queux seuls peuvent résoudre, parce que seuls ils ont la responsaiiilité des décisions à prendre, sont tranchées chaque matin par des docteurs improvisés, avec une assurance qui n'admet pas la possibilité d'un doute ou d'une opinion ditîérente de la leur. Citons un exemple entre plusieurs autres. L'Eglise de France est régie par un acte dont nous vous avons déjà parlé, le concordat, qui, depuis bientôt un siècle, a consacré le libre exercice du culte catholique et permis, à peu près, au clergé de vivre. On peut trouver que ce traité n'est point parfait. Est-ce une raison pour le supprimer, comme le demandent beaucoup d'imprudents, d'accord avec nos pires adversaires? La sagesse, au contraire, ne conseillerait-elle pas de l'améliorer, en le débarrassant des suppléments, qu'une des parties contractantes y a ajoutés malgré l'autre, et en augmentant notablement le traitement du clergé des campagnes, qui rend tant de services et supporte si noblement sa misère ?
Le débiteur, dites-vous, est devenu dhvimeur difficile et il abuse de sa force. C'est un motif pour tâcher de l'amener à de meilleurs sentiments, mais non point pour le tenir quitte de sa dette. En déchirant votre créance, vous ferez peut-être un geste noble, mais certainement une action déraisonnable ; car l'Eglise, qui souffre déjà de sa pauvreté, ne se trouvera pas mieux, quand elle sera dépouillée de tout. Quelques millions en moins et pas une liberté en plus, tel serait le résultat de la
mesure que préconisent ces sauveteurs sans garantie. Impuissance et déconsidération, tel sera le résultat auquel arriveront les catholiques, s'ils ne se décident pas à serrer leurs rangs et à oublier ce qui les sépare, pour sauver ce qui ne doit pas périr. On ne remporte pas la victoire en semant l'indiscipline dans l'armée, en déconsidérant les chefs et en refusant d'exécuter le plan du généralissime.