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LETTRE DE S. S. LÉON XIII

bien nécessaire que les enfants de la lumière, les pasteurs des âmes surtout, sachent mettre une entente et une constance majeures, pour affermir le règne de la justice sur les larges bases de la vérité et de la charité. En vous encourageant, Vénérable Frère, à poursuivre infatigablement par vos paroles et par vos actes ce noble but, Nous vous accordons, pour vous, pour votre Clergé et pour tous vos fidèles, la bénédiction apostolique.

Rome, du ^'atican le 26 mars 1897.

Léo P. P. XIII

Instrucfion pastorale sur la Cité de Dieu et mandement pour le carême de Van de grâce 1898.

Au Clergé et aux Fidèles de notre diocèse, salut, paix et bénédiction en X.-S. J.-C.

Nos Très Chers Frères,

Dans la tristesse que nous inspirent tant de spectacles affligeants et les inquiétudes que nous éprouvons pour l'avenir, il y a un sentiment qui nous unit et une réalité consolante qui nous soutient : le patriotisme. Malgré les luttes intestines qui les mettent aux prises, en dépit du scepticisme dissolvant qui a ruiné, dans un grand nombre d'âmes, les vieilles croyances et les notions traditionnelles du devoir, les Français croient encore à la France. Tous, nous nous obstinons à espérer dans ses destinées ; tous, nous lui demeurons attachés du fond de nos entrailles, et, à certaines heures privilégiées, cet amour, triomphant de toutes nos divisions, passe sur le pays comme un grand souffle qui purifie les âmes en les élevant. C'est que la France n'est pas seulement pour nous une expression géographique qui désigne le plus beau pays de l'Europe; ce n'est pas seulement le sol qui nous a vus naître, le soleil qui nous éclaire, l'horizon que nous avons contemplé, dès notre enfance : c'est la Patrie !

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c'est-à-dire une personne morale, dont nous sommes devenus les obligés en entrant dans la vie ; la Patrie, qui protège la sécurité des foyers et la liberté des personnes; la Patrie, qui nous impose des devoirs, parce qu'elle garantit nos droits et qu'elle nous enveloppe, pour ainsi dire, de ses bienfaits, qui sont ceux de la civilisation elle-même; la Patrie, que son histoire, ses grandeurs passées et ses infortunes récentes rendent mille fois sacrée et chère au cœur de tous ses vrais enfants, qui l'aiment comme une vieille mère malade et blessée à leur service.

Or, nous avons deux patries, parce que nous sommes tout à la fois les fds du temps et ceux de l'éternité. Comme hommes, nous appartenons à la Cité terrestre, qui représente et défend nos intérêts temporels, et comme chrétiens nous sommes inscrits dans la Cité de Dieu, que Jésus-Christ est venu établir sur la terre, et qui, visible par son organisation extérieure, son chef et ses membres, est pourtant spirituelle de sa nature, parce qu'elle a été fondée par Notre-Seigneur, uniquement pour nous rendre participants de sa vie et nous donner les moyens d'aller au ciel, à sa suite.

C'est de cette patrie de nos âmes que Nous venons vous entretenir, pour vous montrer qu'elle a sur vous une autorité plus haute encore que l'autre patrie. Nous vous parlerons donc de l'Eglise, considérée comme la Cité de Dieu sur la terre. Il n'y a pas de sujet plus important que celui-ci, à une épo(jue où, suivant l'expression de l'Evangile, \ homme ennemi sème à pleine main l'ivraie dans le champ du père de famille, en cherchant à décon-

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sidérer les pasteurs, pour affaiblir la confiance des fidèles.

Dans ce nionde, que nous voyons en proie à tant de misères, de crimes et d'ignorance, où retentissent incessamment le cri de la douleur et les imprécations de la haine, y a-t-il une Cité de Dieu? Faibles et pécheurs que nous sommes, y a-t-il un asile où nous puissions nous purifier et trouver un refuge contre nous-mêmes et contre les tentations du dehors ? Existe-t-il quelque part une société organisée, où régnent la vérité, la justice et l'amour, où les âmes altérées d'idéal puissent étancher leur soif et trouver les aliments de la vie supérieure vers laquelle elles aspirent sans en avoir toujours conscience ?

N'en doutez pas, N. T. C. F. A notre génération inquiète, déçue, tourmentée d'un mal mystérieux, au sein de la civilisation matérielle la plus brillante, le Sauveur se montre comme autrefois à la Samaritaine, et il dit : Si tu connaissais le don de Dieu ; si tu A^oulais, Je te donnerais Veau, qui rejaillit jusqu à la vie éternelle. Celui qui parle ainsi, c'est le Fils de Dieu fait homme ; c'est, au jugement même du prince des sceptiques de nos jours, l'auteur « de l'événement capital de (( l'histoire du monde, c'est-à-dire de la révolution, par (( laquelle les plus nobles portions de l'humanité ont « passé du paganisme à une religion fondée sur l'unité « divine, la Trinité et l'Incarnation ». Cette révolution

bienfaisante et unique a changé toutes nos destinées ; car, c'est une rédemption, c'est une renaissance, c'est une vie nouvelle olferte à tout homme de bonne volonté.

Le Verbe par lequel tout a été fait^ est venu visiter ses créatures déchues, et II frappe à la porte de tous les cœurs. Beaucoup de ceux qu'il appelle ne répondent pas, beaucoup le repoussent ; mais à tous ceux qui le reçoivent, Il donne le pouvoir de devenir enfants de Dieu et d'entrer dans son royaume. Le Verbe s^est fait chair et II a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire du premier-né du Père, plein de grâce et de vérité. Il est venu, pour se faire une famille, qu'il a achetée au prix de son sang, et qui grandira jusqu'à la fin des temps.

Que donne-t-il à ceux qu'il adopte ainsi? Sa vie ellemême, la vie surnaturelle, qu'il puise au sein de son Père, et qui, dépassant la capacité et les ambitions de toute nature créée, nous introduit dans l'intimité des personnes divines pour faire de nous ses frères et ses sœurs, comme lui enfants du Père, temples de V Esprit- Saint, héritiers du ciel, et recevant par grâce tout ce qu'il possède par nature.

A qui sont destinés ces bienfaits incomparables? ^4 tous ceux qui croiront en son nom, qui renaîtront en lui par le baptême et par la pénitence ; à tous ceux qui voudront immoler pour lui l'homme ancien, l homme de péché, que nous avons tous hérité d'Adam, pour marcher à sa suite dans les voies qu'il nous a tracées, c'est-àdire dans la lumière et la charité.

Incapables par nous-mêmes d'opérer cette régénéra-

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tion et de monter vers les hauteurs où Jésus nous appelle, nous trouvons le salut dans notre union intime avec lui, dans la grâce qui, comme un fleuve immense, coule de son cœur sacré ; dans le sang qu'il a versé pour nous, et dans les sacrements qu'il a établis pour nous communiquer la vertu de ce sang-. Car, Il est venu pour souffrir et pour mourir ; notre rédemption lui a coûté la vie, et c'est sur le Calvaire qu'il a fondé la Cité de Dieu. Nouvel Adam, c'est de son côté ouvert par la lance du centurion qu'est sortie la nouvelle Eve, l'Église, qu'il a parée d'une jeunesse immortelle, qui lui enfantera des fils jusqu'à la fin du monde, et qui éprise à son tour de son divin Epoux, ne cessera point de chanter en son honneur le cantique de l'amour, et de lui rendre témoignage en enseignant, en gouvernant, en sanctifiant les hommes en son nom.

Voilà, en peu de mots, N. T. G. F., l'économie de notre salut et toute la raison d être de l'Eglise, qu'on pourrait ainsi définir : l'œuvre de Jésus-Christ, continuée à travers les siècles par des hommes qui Le représentent dans une société que son esprit dirige invisible ment et qui forme la patrie surnaturelle de nos âmes. Vous avez droit de cité avec les Saints, dit saint Paul ; vous êtes de la famille de Dieu, vous avez été fondés sur les Apôtres et sur les Prophètes avec Jésus-Christ, la pierre souveraine et angulaire qui porte tout V édifice et en unit toutes les parties.

Vous avez droit de cité avec les Saints. Vous tenez avec raison à vos droits politiques et civils, et vous savez les revendiquer avec énergie quand ils sont menacés. Permettriez-vous qu'on touchât, soit à votre propriété, soit à la part de souveraineté que vous exercez par votre vote sur les affaires publiques ? Autrefois, dans la servitude du monde romain courbé sous un seul maître, le titre de citoijen représentait tout ce qui restait aux sujets d'indépendance et de dignité virile. Saint Paul en connaissait la valeur, puisqu'il s'en servit pour protéger sa vie ; mais il 1 élève à une hauteur qui le transfigure en nous déclarant membres de la Cité de Dieu avec les Saints. Ou "est-ce, en effet, que tous les droits politiques et civils; qu'est-ce que toutes les dignités et toute la noblesse de la terre à côté du titre et des privilèges qui nous sont conférés par le baptême ?

Parents chrétiens, cet enfant qui vous est rapporté, au son joyeux des cloches, du temple où il a été purifié par l'eau sainte, c'est un jeune roi, c'est un jeune Dieu en fleur, c'est l'héritier présomptif du ciel, et les Anges chantent sur son berceau en le saluant comme un frère. Qu'importe que vous ne puissiez lui donner ni la richesse, ni la gloire humaine, puisqu'il est de race divine et que tous les trésors de son Père céleste lui appartiennent ? Il grandit, et tous les germes sacrés déposés dans son âme par le sacrement, lèvent et s'épanouissent au soleil de la grâce qui la sollicite dès le premier éveil de ses facultés. Un esprit lui parle pendant que sa mère, joignant ses petites mains, lui apprend à balbutier les noms de Jésus et de Marie, et pendant que le

prêtre lui enseigne les premiers éléments du catéchisme. C'est l'Esprit d'intelligence qui incline sa raison naissante à accueillir les vérités de la foi ; c'est l'Esprit de piété qui échaufîe son cœur de l'amour du bon Dieu ; c'est l'Esprit de crainte qui lui inspire l'horreur instinctive du péché. S'il a le malheur de le commettre, le prêtre est là, qui l'appelle au tribunal de la pénitence pour lui rendre sa robe d'innocence et le purifier dans le sang de l'Agneau. L'enfant arrive à l'âge de discrétion ; le voilà invité à la Table sainte où le Seigneur devient sa nourriture et son convive. Bientôt, l'évêque se présente pour lui administrer la confirmation, qui l'arme chevalier de Dieu et le rend capable d'affronter tous les combats de la vie. Il veut fonder une famille ; il retrouve le prêtre pour recevoir ses serments et bénir son union. La mort arrive qui va dépouiller ce chrétien de tout ce qu'il possédait dans la cité terrestre ; mais sa qualité d'enfant de Dieu le protège jusqu'à la fin de sa carrière et le suit au delà. Le prêtre revient; une dernière fois il pardonne, au nom du Père céleste, à la pauvre àme qui tremble de paraître devant Lui. Par le Viatique et l'Extrême-Onction, il la fortilie pour le voyage dont elle ne reviendra pas. et elle passe ainsi de la cité provisoire, où elle adorait Dieu caché sous les mystères, avec une espérance inquiète et un amour plein de mélancolie, à la Cité éternelle, où, tous les voiles étant tombés, elle contemplera la Beauté infinie, face à face, sans craindre de la perdre, et mêlera sa voix au concert des élus dans une extase qui ne finira point.

Vous voyez, N. T. C. F., que pendant toute sa vie le

chrétien est vraiment traité en enfant de Dieu, que son droit de cité n'est pas illusoire et que, concitoyen des Saints, il est assuré, s'il le veut, d'acquérir et de conserver la sanctification par les moyens voulus de Dieu et par les fonctionnaires sacrés qu'il a établis pour la dispenser.

Fonctionnaires de Dieu, ses plénipotentiaires autorisés, ses porte-paroles ! Est-ce que cela existe? Est-ce que des hommes semblables aux autres, et, comme eux, infirmes et pécheurs par nature, peuvent revendiquer ces titres augustes et s'en faire un droit au respect de leurs frères? Très certainement, N. T. C. F., et saint Paul affirme que la Cité de Dieu repose sur les Apôtres.

En quittant ce monde, Notre-Seig-neur, qui les avait choisis, renouvela le miracle du prophète Elie et laissa tomber son manteau sur leurs épaules, comme un présent magnifique, qui leur communiquait la vertu de continuer son œuvre et d'en étendre les bienfaits à tous les siècles. Ecoutez ces grandes paroles : Comme mon Père m'a envoyé. Je vous envoie. « Par sa mort, dit saint « Ghrysostome, le Christ avait remporté une éclatante « victoire sur le péché et conquis toutes les nations. « Aucun obstacle ne pouvant plus entraver sa puissance, Il « la déploie tout entière pour élever le cœur de ses dis- « ciples, les accréditer auprès des hommes et les rendre « dignes de toute leur confiance. » Il ne s'adresse pas à tous, mais seulement à ceux qu'il avait appelés,

à ceux c{ui l'avaient suivi pendant sa vie mortelle pour être instruits et formés par ses leçons. Il est venu enseigner la vérité, qu'il contemplait de toute éternité dans le sein de son Père, et il faut croire en Lui, pour avoir la vie éternelle. Les Apôtres enseigneront comme Lui et transmettront fidèlement la doctrine qu'ils ont recueillie de ses lèvres divines. Tout pouvoir lui a été donné au ciel et sur la terre : ils hériteront de ce pouvoir dans toute la mesure qui sera nécessaire pour gouverner les âmes ; ils exerceront le redoutable pouvoir de remettre ou de retenir les péchés. Les écouter, ce sera L'écouter Lui-même ,' les mépriser, ce sera Le mépriser, et la désobéissance à leur égard sera punie comme une offense contre Dieu. Jésus s'est offert comme une victime pour le salut de tous. En entrant dans ce monde, Il a dit à son Père: les holocaustes vous ont déplu. Mais vous m'avez donné un corps que je puis immoler : me voici prêt à faire votre volonté. Et il est allé au calvaire, se livrant pour l'Église c/u' il aimait, afin de la rendre sainte et glorieuse. Les Apàives, prêtres par délégation, perpétueront le sacrifice du Seigneur en l'offrant pour les fidèles et en reproduisant en eux-mêmes les dispositions de la victime. Chacun deux aussi, en entrant dans le corps des pasteurs, doit dire : Me voici, Seigneur, prêt à faire votre volonté et à porter ma croix derrière vous. Un évêque, un prêtre qui n'envisagerait pas la perspective du martyre, et ne s'y résignerait pas à l'avance, ne serait pas digne de sa fonction. Jésus-CJirist n'a pas cherché sa propre gloire., mais uniquement celle de son Père; Il s'est oublié et anéanti Lui-même, et on l'a vu agenouillé.

comme le dernier des serviteurs, pour laver les pieds de ceux dont il était le Souverain et le Dieu. Nous aussi, ses ministres, nous nous devons entièrement à vous, car nous ne sommes élevés au-dessus de vous que pour vous servir plus efficacement. Ce n est pas ?ious-mêmes que nous prêchons, cestJcsus-Christ Notre-Seigneur , etil faut que nos personnes s'absorbent et disparaissent dans la grandeur de l'œuvre à laquelle nous travaillons. Le Sauveur est mort poiu" procurer la g-loire de Dieu en lui donnant des sujets qui l'aimeront et lui obéiront jusqu'à la fin des temps ; c'est jusqu'à la fin des temps que durera l'apostolat chrétien qui est chargé de recruter ses élus. Quand leur nombre sera complet, le Seigneur descendra du ciel dans toute sa majesté pour proclamer leurs mérites et leur en donner la récompense. En attendant, il demeure invisiblement avec ses Apôtres pour les assister par son Esprit : Ecce ego vohiscum sum usque ad consummationem sseculi.

Ces ministres, qu'il a investis d'une mission si évidemment surnaturelle et divine, forment-ils une oligarchie de chefs égaux entre eux par le titre et lautorité, sans lien hiérarchique qui les subordonne les uns aux autres ?

Ne le pense/, pas, N. T. C. F. Il y a d'abord une distinction aussi ancienne que 1 Eglise elle-même entre les évêques qui possèdent seuls la plénitude du sacerdoce, et les prêtres qui représentent les soixante-douze disciples, que Notre-Seigneur adjoignit aux Apôtres, mais sans en faire leurs égaux. Et ensuite, les évêques même ont un chef. Pierre a été sacré monarque de toute la Cité

sainte par des paroles célèbres qui lui ont conféré, avec la primauté d'honneur et de juridiction sur tous les autres Apôtres, la puissance plénière pour gouverner tout le troupeau, et le privilège incomparable de conlîrmer ses frères dans la foi et de rendre des oracles infaillibles. « Tu es Pierre, et sur cette pierre Je bâtirai « mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront « point contre elle. Confirme tes frères... Pais, mes « agneaux, pais mes brebis... J'ai prié pour c/ue fa foi « ne défaille point. » L'Eglise étant destinée à vivre jusqu'à la fin des temps, les Apôtres se perpétueront dans leurs successeurs, qui reconnaîtront toujours celui de Pierre pour leur chef indéfectible et infaillible. Nous n'avons pas à vous apprendre que Pierre s'appelle aujourd'hui Léon XIII, un nom que tout le monde civilisé vénère, et que le siècle qui finit léguera aux suivants comme un des plus grands de l'histoire.

Voilà, N. T. G. F., une idée sommaire de la constitution de l'Église. Elle consiste essentiellement dans un corps de pasteurs, qui gouvernent au nom de Jésus- Christ et de fidèles qui, en leur obéissant, obéissent à Jésus-Christ, pasteurs et fidèles professant la même foi, soumis aux mêmes obligations morales et dirigés par le même Esprit qui les unit tous à Dieu, et entre eux, par la grande loi de l'amour.

Cette société se distingue de toutes les autres par des caractères particuliers, et toute la construction porte la marque de son divin architecte.

D'abord, elle est une. Votre paroisse forme une partie du grand troupeau qui ne reconnaît qu'un berger. Cette lettre pastorale vous est lue par un jjrêtre approuvé, qui a reçu mission pour diriger vos âmes et qui représente auprès de vous lEglise enseignante. La doctrine qu'il prêche dans ses catéchismes et dans ses sermons n'est ni la sienne, ni la nôtre, ni celle d'un homme quelconque. Elle vous arrive en droite ligne de Jésus-Christ luimême, et personne n'y a jamais rien changé. C'est identiquement la même qui est annoncée dans toutes les chaires de la catholicité et devant tous les auditoires les plus variés, depuis la cathédrale de Paris, où les successeurs de Lacordairela défendent devant une assemblée éclairée de toutes les lumières et frémissante de tous les souffles du siècle, jusqu'à la hutte de bambous, où un missionnaire l'expose à de pauvres nègres, étrangers à toute civilisation. Le Credo que vous allez chanter retentira en même temps dans des milliers déglises et de chapelles, tel, en substance, que le récitaient les chrétiens des catacombes, tel que les martyrs le confessaient devant les bourreaux, tel que les grands docteurs du iv*^ siècle l'expliquaient dans leurs homélies. La messe, qui va se continuer et que le prêtre célèbre aujourd'hui pour vous, c'est le sacrifice qui a succédé à tous ceux de l'ancienne loi. C'est la même victime qui est offerte partout, c'est le même Jésus, c'est la même chair qui va être immolée mystiquement pour vous, c'est le même sang qui va couler sur tous les autels. Il n'y a pour nous qu'un seul Dieu, une seule foi, un seul haptênie.

L'Eglise est sainte. Regardez autour cK^ vous : (|ue

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VOUS disent ces fonts baptismaux, ce confessionnal, cette chaire, cette table de communion, sinon de fuir le péché à tout prix et de sauver vos âmes, en aimant Dieu et en pratiquant sa loi ? Est-ce que ces exhortations ne portent pas leur fruit ? Pouvez-vous ignorer que l'Eglise a fondé dans le monde une grande école de piété, de pureté et de sacrifice ? Ne connaissez-vous pas de bons chrétiens, de bons prêtres, et n'avez-vous jamais rencontré une sœur de charité? N'avez-vous pas vu briller la sainteté sur un front qui vous était cher, le jour où vous avez embrassé votre enfant qui venait de recevoir, pour la première fois, le pain du ciel? Et en vous-mêmes, n'avezvous pas à quelques jours privilégiés, à une clôture de mission, par exemple, senti la présence de Dieu et la paix qu'il apporte à la conscience purifiée ? Sans doute, tout chrétien peut faillir et mourir à la vie surnaturelle ; mais l'Eglise est une armée en marche qui n'abandonne pas ses morts et qui les emporte avec elle parce qu'elle espère toujours leur résurrection. Son époux invisible et tout-puissant marche avec elle. A certaines heures marquées par sa miséricorde, il se présente auprès des sépulcres, où dorment les pauvres âmes que le péché mortel y a couchées. Il dit un mot, et les filles de Jaïre, les fils de la veuve de Naïm, les Lazares déjà décomposés se réveillent et se lèvent encore tout pâles, encore affaiblis par la tombe, et ils parlent, ils marchent, ils prient, ils chantent leur cantique au libérateur qui les a ranimés. Chers morts qui nous écoutez, il ne tient qu'à vous de revivre ! Nous espérons que tous, d'ici à Pâques, vous attesterez, par votre résurrection, la bonté et la

puissance du Sauveur qui ne demande qu'à rendre à vos âmes la parure de la grâce sanctifiante.

L'Eglise est catholique. Elle n'est la propriété ni dune nation, ni d'une caste, ni d'une époque. La Cité de Dieu, suivant l'expression de l'Evangile, est bâtie sur une montagne^ afin quelle ne puisse être cachée. Elle est éclairée par un soleil à la chaleur duquel personne ne peut se dérober. Tous les peuples entendent la voix du Seigneur, qui descend de cette montagne pour promulguer la loi, telle qu'elle est enseignée à Jérusalem. Jérusalem a changé de nom. Aujourd'hui c'est Rome, cette ville extraordinaire où Pierre a fixé le siège de son autorité, et qui, après avoir conquis par les armes tout le monde civilisé, règne aujourd'hui par la persuasion sur un empire bien plus vaste. Depuis bientôt dix-neuf siècles, tous les conquérants, tous les explorateurs ont travaillé pour elle. Sous tous les climats, depuis les glaces du pôle jusqu'à la zone torride, elle compte des millions de sujets parlant toutes les langues, représentant toutes les races et toutes les civilisations, et obéissant avec le même respect au Vicaire de Celui auquel foules les nations ont été données en héritaffe. « La lumière du soleil et la voix de l'Eglise, a dit Lacordaire, font toutes les deux, chaque jour, le tour du monde. »

L'Eglise doit être apostolique : il le faut bien, puisque ce sont les Apôtres qui ont reçu mission pour l'établir, et que c'est à eux qu'il a été dit: Allez et enseignez toutes les nations. L'arbre qu'ils ont planté a grandi et couvre la terre de son feuillage; mais pour qu'il vive, il faut que la sève monte des racines et du tronc jus-

qu'aux extrémités desbranches. Il faut que chaque église particulière remonte, par une succession légitime, jusqu'aux Apôtres, par les Apôtres à Jésus-Christ qui les a envoyés, et par Jésus-Christ à Dieu, qui a envoyé son Fils unique sur la terre pour nous sauver. Cette garantie, vous la possédez sans contestation possible, chers Fidèles de Toulouse. Il est facile, en effet, de suivre, à travers les siècles, la série des pasteurs qui ont passé sur le grand siège que nous occupons, malgré notre indignité, et de voir que la chaîne d'or vous rattache directement au siège de Pierre, par le premier et le plus illustre de nos prédécesseurs, celui qui a rougi de son sang les degrés de notre Capitule, et dont la basilique insigne de Saint-Sernin perpétue le nom et la gloire.

L'Église est fondée sur les Prophètes comme sur les Apôtres. Les Prophètes, en effet, l'ont annoncée à 1 avance. Ils ont chanté les grands desseins de Dieu, afin qu'en les voyant réalisés, le monde crût à la divinité de l'œuvre ainsi prédite.

Est-il, en effet, rien de plus extraordinaire que de voir des hommes confinés dans ce petit pays de Judée complètement séparé des autres par sa configuration physique, son état social et son culte, des hommes habitués à une religion toute locale, à un temple unique, à des cérémonies toutes particulières, concevoir et décrire à l'avance une Cité idéale, qui s'élèverait sur les ruines de toutes les cités terrestres, et comprendrait toutes les nations.

Voici quelques-uns de leurs oracles : « Dieu suscitera « un royaume qui ne sera jamais renversé et qui ne pasce sera point à un autre peuple... J'ai vu venir le Fils « de l'homme sur les nuées ; son pouvoir est un pou- « voir éternel, qui ne lui sera jamais ravi... Lève-toi. ô « Sion, et revêts-toi de ta force. Prends tes vêtements <( de g-loire, ô Jérusalem, Cité sainte, parce que le Sei- (( gneur a consolé son peuple. Il a déployé son bras « aux yeux de toutes les nations, et tous les confins de « la terre verront le salut de notre Dieu... La g-loire du « Seig^neur brille sur toi, ô Jérusalem, les nations mar- « cheront à ta lumière. Ton cœur se dilatera, tes portes « seront ouvertes jour et nuit pour laisser entrer les « peuples et leurs rois, et ils l'appelleront la Cité du « Seig-neur... Des eaux vives sortiront de Jérusalem et « il n'y aura plus qu'un seul Seignevir, qui rég-nera sur (( toute la terre... 11 y avait une statue grande et à l'as- « pect terrible, à la tête d'or, à la poitrine et aux bras (( d'argent, au ventre d airain; aux jambes de fer et aux « pieds de fer et d'argile. Une pierre se détacha de la « montagne, sans que la main de l'homme l'eût tou- <( cliée. Elle frappa la statue aux pieds et la brisa, et « toute la statue fut broyée et disparut. Et la pierre " qui lavait frappée devint une g-rande montag-ne qui (( remplit toute la terre. »

Que manque-t-il, N. T. CF., à ces peintures anticipées du royaume spirituel que nous connaissons, de la grandeur et de la chute de l'empire romain figuré par l'énorme statue, du commencement et des progrès de l'Eglise, si bien représentée par la pierre, que la main de

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Dieu seul détacha de la montagne, pour renverser le colosse et grandir elle-même, au point de remplir toute la terre ? N"est-il pas évident que toute l'histoire, dirigée par la Providence, s'est chargée d'accomplir ces prophéties ? Regardez l'Eglise : elle est plus ancienne de beaucoup que toutes les institutions humaines, et c'est la seule que le temps n'alfaiblisse point. Elle puise, au contraire, dans sa durée et son contact avec les civilisations qu'elle voit passer, les éléments dune évolution qui la rajeunit, sans altérer sa constitution. Antique ou moderne, suivant l'aspect sous lequel on la considère. Elle nous apparaît, tantôt comme une vieille tour, tapissée de lierre, qui domine un amas de constructions ruinées, et tantôt, comme une ruche qui s élarg'it toujours, ou comme un de ces établissements, qu'on ne cesse d'agrandir et d'aménager, parce que le développement de la production exige un plus grand nombre d'ouvriers.

Ecoutez ce qu'un protestant de génie a écrit de la vieille tour : (( L'Eglise catholique romaine est la seule « institution encore debout, qui reporte la pensée à ces « temps, où la fumée des sacrifices s'échappait du Pan- « théon, pendant que les léopards et les tigres bondis- « saient dans l'amphithéâtre Flavien. Les plus fières « maisons royales ne datent que d hier, comparées à « cette succession des Souverains Pontifes, qui, par une « série non interrompue, remonte du Pape, qui a sacré « Napoléon dans le xix'^ siècle, au Pape, qui sacra « Pépin, dans le viii'\ Mais bien au delà de Pépin, « l'auguste dynastie apostolique va se perdre dans la

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« nuit des ères fabuleuses. La République de Venise, « qui venait après la Papauté pour l'antiquité, était « moderne comparativement. La République de Venise « n'est plus et la Papauté subsiste. La Papauté sub- (( siste, non en état de décadence, non comme une « ruine, mais pleine de vie et d'une jeunesse A'igoureuse. « L'Eglise catholique envoie encore jusqu'aux extrémi- « tés du monde des missionnaires aussi zélés que ceux « qui débarquèrent dans le comté de Kent avec Augus- « tin, des missionnaires osant encore parler aux rois « ennemis avec la même assurance qui inspira le pape « Léon en présence d'Attila. Le nombre de ses enfants (( est plus considérable que dans aucun des siècles anté- (( rieurs. Ses acquisitions dans le Nouveau-Monde ont (( plus que compensé ce qu'elle a perdu dans l'Ancien. « Sa suprématie spirituelle s'étend sur les vastes con- (( trées, situées entre les plaines du Missouri et le cap (( Horn, contrées qui avant un siècle contiendront pro- « bablement une population égale à celle de l'Europe... « Aucun signe n'indique que le terme de cette longue « souveraineté soit proche. Elle a vu le commencement « de tous les gouvernements et de tous les établisse- « ments ecclésiastiques qui existent aujourd'hui, et nous « n'oserions pas dire qu'elle n'est pas destinée à en voir « la fin. Elle était grande et respectée avant que les (' Saxons eussent mis le pied sur le sol de la Grandece Bretagne, avant que les Francs eussent passé le Rhin, « quand rélof[uence grecque était florissante encore à (( Antioche, quand les idoles étaient adorées encore dans « le temple de La Mecque. Elle peut donc être grande

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a et respectée encore, alors que quelque voyageur de « la Nouvelle-Zélande s'arrêtera au milieu d'une vaste « solitude, contre une arche brisée du pont de Londres, « pour dessiner les ruines de Saint-Paul. »

Où est l'explication de ce mystère de force, au sein de la faiblesse apparente ? Qui donc a rendu l'Eglise victorieuse des persécutions qui l'ont assaillie dès son origine ? Qui a persuadé au bourreau dompté de s'agenouiller devant la victime qu'il avait frappée pendant trois siècles ? Qui l'a préservée de succomber à ses dissensions et à la corruption de ses propres enfants ? Qui donc la ressuscite périodiquement au moment où les impies se vantent de mener ses funérailles ? Il faudrait dérouler sous vos yeux toute l'histoire de l'ère chrétienne pour vous montrer ces alternatives de victoires et de défaites, et toutes les surprises que cause à ses ennemis cette morte qui s'obstine à remuer dans son cercueil et en soulever le couvercle qu'ils croient avoir si bien cloué. Comparez 1800 à ce que sera 1900 : Au 1<"" janvier 1<S00 il n'y avait pas de Pape. « Pie VI était mort à Valence, exilé et prisonnier « d'une République athée... Huit mois du plus périlce leux interrègne devaient séparer sa mort de l'élection « de Pie VII. En France, l'épiscopat tout entier était (( dans l'exil ; le clergé décimé par la guillotine et la « déportation; les fidèles, traqués et harcelés, long- « temps condamnés à choisir entre l'apostasie appâte rente ou la mort, commencent à peine à respirer, à (( jouir en silence de la tolérance du mépris. »

Grâce à Dieu, et si le siècle qui finit a apporté à

rÉglise son contingent de douleurs et de persécutions, il a vu pourtant son action grandir sans cesse, ses institutions refleurir, ses fidèles se multiplier par millions, sa hiérarchie s'étendre, son autorité se fortifier et son influence sociale reconnue par ceux même qui la combattent. Son chef auguste a-t-il jamais tenu dans le monde une place comparaljle à celle qu'il y occupe aujourd hui ? C'est en vain que la Révolution le tient prisonnier dans son palais du Vatican, comme dans une ile cernée par la tempête. Par une disposition imprévue et extraordinaire de la Providence, le prestig-e du Souverain Pontife a augmenté depuis la chute de son pouvoir temporel, et quoique ce fait ne puisse être invoqué pour justifier une usurpation, qui est une menace permanente pour la liberté du pouvoir spirituel, il n'en est pas moins vrai que Léon XIII, souverain sans armée, sans budget et sans territoire, apparaît au monde comme la plus grande autorité morale qui existe, et que les chefs d'Etat, même les plus puissants, s'inclinent devant lui, avec le sentiment qu'il les surpasse tous. Il est entré dans la barque de Pierre au moment où les politiques croyaient qu'elle allait sombrer, et de nouveau leurs pronostics ont été trompés. Que de fois, en effet, les vaisseaux de haut bord, fiers de leur masse imposante, de leurs canons et de leurs équipages, ont pris en pitié le frêle esquif qui voguait péniblement dans leur sillage ! La tempête a soufilé ; elle a brisé les vaisseaux de haut bord et dispersé leurs débris sur l'Océan : la petite barque a surnagé. L'auguste vieillard en tient toujours le gouvernail dune main ferme, en consultant le ciel et en invoquant l'Etoile de la mer!

244 ŒUVRES PASTORALES DU CAKIïtNAL MATHIEU

Il sent bien quil ne travaille j)as seul et qu'un pilote invisible le soutient. Si, en elTet, YEglise est fondée sur les Apôtres et les Prophètes, Apôtres et Prophètes, au témoig-nage de saint Paul, reposent eux-mêmes sur Jésus-Christ comme sur la grande pierre angulaire qui unit toutes les autres, qui porte toute la construction et lui donne une solidité inébranlable.

Jésus ne protège pas l'Eg'lise du dehors, comme une force extérieure et indépendante. Il en fait partie intégrante, comme la tête fait partie du corps qu'elle dirige et qu'elle anime, Christus est caput Ecclesiœ. Membra sumus corporis ejus, de carne ejus et de ossibus ejus. Nous sommes ses membres, nous sommes de sa chair et de ses os. Le Christ aime cette Eglise comme une épouse qu'il s'est unie pour l'éternité dans la justice, la bonté et la miséricorde. En même temps qu'une épouse, c'est une reine qu'il a couronnée, qu'il place à sa droite et qui restera associée à sa gloire pendant toute l'éternité. J'ai vu, dit saint Jean, la sainte Cité de Jérusalem descendre du ciel parée comme une fiancée. D'où lui vient cette parure? Quel est le secret de sa beauté et le principe de sa vie ? C'est cet Esprit que Notre-Seigneur avait promis à ses Apôtres qui est descendu sur l'Eglise naissante, au jour de la Pentecôte, et qui l'assistera jusqu'à la fin des temps, parce que, jusqu'à la fin des temps, il doit la conserver, la développer, y maintenir la hiérarchie des évêques et des prêtres qu'il a établis, rendre leur ministère fructueux auprès des fidèles, et répandre

sur le monde entier ce fleuve de vie et de bénédiction qui traverse la Cité de Dieu pour la réjouir.

Gomme Ta mag-nifîquement exposé le Souverain Pontife dans sa récente Encyclique, si le Christ est le chef de l'Eglise, l'Esprit en est l'àme, car, suivant la parole de saint Aug-ustin, c ce que l'âme opère dans notre corps, l'Esprit Siiint l'opère dans le corps de Jésus- Christ, qui est l'Eglise ». Agissant sur chacun de nous pour nous communiquer les bienfaits de la Rédemption, il nous purifie, nous régénère, nous investit de la grâce et de la filiation divine, et nous inspire, avec le mépris de la terre, cette mélancolie cpii nous fait gémir et crier vers notre Père. C'est lui qui, étant la charité même, embrase les cœurs où il habite et leur révèle la beauté du sacrifice. C'est lui qui suscite ces vocations sublimes que le monde égoïste et sensuel veut bien admirer, mais dont il ne comprend pas le principe : vocations d'apostolat, de dévouement, de pureté parfaite, qui, jaillissant d'un sol naturellement stérile, révèlent une force invisible et toute-puissante, comme l'oasis verdoyante et parfumée révèle une source qui a fécondé le désert. C'est lui qui, reliant par la chaîne d'or de l'amour les membres avec leur chef et les membres entre eux, forme la communion des saints, c'est-à-dire une seule société, une seule Eglise invisible et sainte de toutes les âmes élues, soit qu'elles combattent dans cette vie, soit qu'elles jouissent au ciel de la récompense acquise par leurs mérites, soit qu'elles achèvent leur expiation dans le purgatoire.

En effet, la Cité de Dieu n'est point bornée à ce que

nous pouvons voir de son organisation, de sa hiérarchie et du nombre de ses sujets. Le meilleur d'elle-même échappe à nos sens et ne peut être conçu que par la foi. Elle ne se compose pas seulement de ceux qui reconnaissent actuellement ses lois, mais de tous ceux qui se sont endormis dans le Seigneur depuis qu'elle existe ; de sorte qu'on peut lui appliquer ce qu'un philosophe célèbre disait d'une nation : qu'elle comprend plus de morts que de vivants. Tous les siècles ont contribué à la peupler et chaque heure lui apporte son tribut ; car les victoires apparentes de la mort travaillent pour l'éternité, et le dernier soupir d'un élu, c'est l'essor d'une âme qui va rejoindre ses sœurs dans la gloire. C'est ainsi que s'est formée, à travers les âges, cette grande armée des saints, apôtres, martyrs, confesseurs et vierges, dont nous sommes les frères, dont les mérites nous appartiennent et l'assistance nous est acquise.

Que cette solidarité est touchante, et comme elle est propre à nous consoler, à nous fortifier, et à relever nos courages abattus ! Chrétiens, nous avons donc aussi nos héros, notre histoire nationale et notre patriotisme ! Nous connaissons le légitime orgueil du soldat qui voit dans la salle d'honneur de son régiment le vieux drapeau troué par les balles, que ses anciens ont promené de victoires en victoires à travers l'Europe. Avec quelle passion n'écoute-t-il pas les récits de leurs faits d'armes ; comme il s'identitîe avec eux, et comme il épouse leurs glorieuses revendications! Nous avons causé, dans notre jeunesse, avec bien des vétérans qui avaient connu l'ivresse des batailles du premier Empire. Au seul nom du grand

capitaine, leur parole devenait vibrante, leurs yeux brillaient d'une flamme étrange, et les souvenirs coulaient de leurs lèvres avec une éloquence familière qui montrait que ces héros en retraite vivaient de leur immortel passé. Nous-mêmes, N. T. C. F., ne sommes-nous pas tous fiers de cette admirable épopée, tous enclins à chercher dans les pag-es glorieuses de notre passé la consolation de nos humiliations présentes et l'espoir des revanches futures? Chrétiens, notre fierté est plus légitime encore, en ce qu'elle est épurée de toute haine et de tout souvenir sanglant. Frères de tous les saints, que la grâce de l'Esprit divin a enfantés dans le cours du temps, instruits de leurs vertus, de leurs miracles, des combats victorieux qu'ils ont livrés au mal, et de l'impulsion heureuse qu'ils ont donnée à la civilisation, ne sommes-nous pas encouragés à les imiter, en nous sentant de leur race? Ils ont passé avant nous dans les sentiers que nous suivons et où nous trouvons leur trace. Comme nous, ils ont travaillé, souiTert, et semé dans les larmes les moissons (ju'ils recueillent dans l'allégresse. Ce sont des amis qui nous appellent, qui descendent à notre secours quand nous les invoquons, et qui nous délivrent de cette sensation d'isolement et de faiblesse qu'éprouvent tous les vrais fidèles, ceux qui marchent dans la voie étroite de l'Évangile, loin de la foule qui court à ses idoles. Quel bonheur de lire leurs vies, d'aller en pèlerinage à leurs tombeaux, et de constater que Notre-Dame de Lourdes, sainte Germaine de Pibrac, saint Antoine de Padoue et les Apôtres de Saint-Sernin exaucent les prières (ju'on leur adresse !

2icS ŒUVRES PASTORALES DU r.AI'.DINAL MATHIEU

C'est le dimanche surtout, dans la maison du Seigneur, que l'Eglise invisible se rend présente au cœur des chrétiens et lui parle un langage éloquent. Le prêtre dit un mot, et, au milieu du silence de l'assemblée, le Roi de la Cité céleste descend dans ses mains émues, et il ne vient pas seul: il est suivi de toute sa cour. Sa mère l'accompagne, toujours prête ;i intercéder en notre faveur. Des millions d'anges et de saints entourent son trône. Ils sont là, nos pères selon l'esprit et selon la chair, les chrétiens inconnus qui nous ont transmis l'étincelle de la vie à travers les siècles, qui ont prié et chanté à la même place que nous, et mené une existence pareille à la nôtre. Tout près, se trouve le cimetière où dorment les défunts que nous pleurons, et que le prêtre recommande tout particulièrement au canon de la messe. Au souvenir attendri ({ue nous gardons à leur mémoire se mêle la contlance que nous travaillons elTicacement à les délivrer du purgatoire et à hâter leur entrée dans le , ciel. C'est ainsi que dans chaque paroisse, l'Eglise visible et l'Eglise invisible fraternisent à travers la tombe, et que toutes les voix d'en-haut nous crient que nous n'avons pas ici-has de cité permanente, que nous sommes inscrits dans la cité future, et que déjà nous appartenons à la compagnie des anges, à rassemblée des justes rendus parfaits, à Dieu, juge de tous, et à Jésus médiateur du Xouveau Testament. Entourés d'une pareille nuée de témoins, comme dit encore l'Apôtre, comment ne pas nous délivrer du péché et ne pas nous élancer vaillamment dans la carrière qui s'ouvre devant nous ?

Ne voyez-vous pas, en même temps, combien cette

LA CIÏÉ DE Dii:u 249

assistance de l'Eglise invisible est faite pour nous rassurer sur l'avenir de l'Eglise visible? Que craignez— vous pour Elle, hommes de peu de foi^ et pourquoi vous lamenter, comme si tout était perdu ? Est-ce que nous sommes seuls pour combattre? Est-ce que du tabernacle de notre Dieu et des tombes de nos saints ne sort pas toujours une vertu qui peut g'uérir les malades et ressusciter les morts? Il viendra le jour, où le Roi, sur les lèvres duquel la fjrâce est répandue, lancera ses flèches qui percent les peuples au cœur, où ses ennemis seront vaincus par l'amour, et où, de nouveau, la Cité de Dieu dilatera ses murailles pour recevoir les lils cjui lui viendront en foule.

Beaucoup aujourd'hui n'écoutent point ses enseignements qu'ils estiment surannés et finis. « Vous retardez, nous disent-ils ; vous parlez le langage des morts, et vous êtes impuissants, parce qu'on ne vous comprend plus. » Ceux qui pensent ainsi seront amenés tôt ou tard à reconnaître que rr]glise est toujours vivante et toujours bienfaisante. Saint Paul naviguait vers l'Italie avec les centurions et les soldats qvii le gardaient et devaient le conduire à César. Dans les parages de la Crète, le tenqis devint menaçant et l'Apôtre conseilla d'attendre ; mais les centurions et les passagers faisaient peu de cas de ce Juif, à la mine chétive : ils aimèrent mieux en croire le pilote du navire et on mit à la voile. Une horrible tempête s éleva, et pentlanl ([uatorze jours les malheureux, ballottés suri abîme, se ci'urent perdus. C'est alors ([ue Paul, réconforté par une vision céleste, les encouragea, leur promit le salut, les soutint en leur

2o0 ŒUVRES PASTORALES DU CARDINAL MATHIEU

faisant prendre de la nourriture, et, rendant grâce à Dieu devant tous, leur imposa avec sa direction, le respect de son sacerdoce et devint leur véritable sauveur. Voilà, croyons-nous, le symbole de la mission que le sacerdoce catholique sera appelé à remplir dans la crise sociale qu'annoncent de graves symptômes, et que préparent au siècle prochain les progrès continus de lindiscipline morale, la ruine du principe d'autorité et les convoitises ardentes, excitées dans lame du peuple par les exemples de ceux qui le corrompent et les provocations de ceux qui le flattent. Daigne le Seigneur élever le cœur de ses prêtres à la hauteur de leur tâche, et leur donner la sainteté, l'intelligence et le sang-froid de Paul!

Nous vous avons exposé, N. T. C. F., la constitution de la Cité de Dieu, sa raison d'être, son gouvernement, sa durée et les caractères dont Ta marquée le divin Architecte qui la construite. En y entrant, vous trouvez pour vos âmes la vérité qui les éclaire, la grâce qui les purifie, les élève et les soutient, l'amour, qui les rend heureuses, en les unissant au souverain bien ; et tous ces privilèges vous sont assurés par l'intermédiaire du corps visible des pasteurs que Jésus-Christ a accrédités auprès de vous.

Or, c'est précisément cette soumission qu'on nous reproche, à nous catholiques, comme un abaissement, comme un obstacle qui arrête notre libre essor vers l'idéal, et qui fait de nous des enfants condamnés

LA CITÉ DE DIEU 2o1

à marcher toujours avec des lisières ou comme des esclaves soumis au caprice de nos despotes spirituels. « Depuis ma conversion, écrivait le grand cardinal Newman, je suis accusé de professer des doctrines que je ne puis croire dans mon cœur, de mètre dépouillé de toute opinion personnelle et d'avoir abdiqué ma liberté de penser entre les mains dun pouvoir que sa prétention à Tinfaillibilité investit sur mon âme dune toute-puissance arbitraire. » Cette objection est encore répétée tous les jours. Joignez-y les attaques contre les mauvais prêtres et contre l'étroitesse d'esprit qui nous rend rebelles aux aspirations modernes, et vous connaitrez tous les arguments de ceux qui vous prêchent linsurrection contre vos prétendus tyrans spirituels.

Singuliers tyrans, qui ne peuvent changer une lettre de la constitution qu'ils appliquent, qui sont obligés de croire exactement tout ce qu'ils enseignent, de pratiquer tout ce qu'ils prêchent, et de porter des fardeaux beaucoup plus lourds que les sujets auxquels ils doivent, tout à la fois, le précepte et l'exemple !

Vous dites qu'ils entravent votre génie et condamnent vos découvertes. Quel génie ont-ils arrêté et quelles découvertes ont-ils condamnées? Dans une histoire de dix-huit siècles, vous êtes réduits à citer le cas unique de Galilée réduit au silence par le Saint-Office, comme si l'infaillibilité de Pierre était compromise par le tort de ses commissaires, formés en tribunal et prononçant une sentence que seule l'autorité de Pierre pouvait rendre irréformable Or Pierre, en fait, a cassé ce jugement. Le Souverain Pontife a fondé, et il entretient dans

(HUVRKS P.\STOKALi:S DU CARDINAL >IATHIRi:

son palais même, un grand établissement scientitlque qui a ajouté aux découvertes de l'astronomie moderne : le P. Secchi, jésuite, membre de l'Institut de France et directeur de l'observatoire du Vatican, a réhabilité Galilée.

L autorité infaillible de l'Eglise ne saurait être dirigée contre la vraie science, qu'elle n'inquiétera jamais dans son domaine propre et ses libres recherches. Elle existe uniquement pour protéger le dépôt des vérités révélées contre les témérités orgueilleuses de la raison, et elle ne définit rien qui ne soit contenu en germe dans les symboles et la tradition. Quand elle rend ses oracles, c'est habituellement pour terminer des controverses longues et souvent passionnées, où les dogmes anciens, attaqués par l'hérésie, ont été mieux étudiés pour être mieux défendus, oîi les questions en litige ont été pleinement élucidées, et où les conséquences logiques des principes révélés ont été déduites par des esprits supérieurs, tels que saint Athanase, saint Augustin, saint Thomas d'Aquin, dont les travaux enrichissent le trésor de la vérité religieuse, et constituent un vrai progrès intellectuel dans l'identité fondamentale de la doctrine. Comme l'écrivait tout récemment un philosophe chrétien : « L'au- « torité conciliaire et papale n'invente pas, elle définit ; « elle n'ordonne pas de croire quelque chose qu'on ne croit « pas, elle constate qu'on le croit. Aussi la définition dog- « matique ne s'impose pas du dehors à nos consciences, (( la parole de l'Eglise est notre parole même, en tant « que nous sommes catholiques. Nous ne sentons pas (f dans son gouvernement l'autorité extérieure et tyran-

LA CITE DE DIËL' 2o3

« nique que Ion croit y découvrir, et, par conséquent, « nous n'éprouvons vis-à-vis de ce g'ouvernement aucun « des sentiments de servile et lâche soumission, que Ton « nous reproche et dont on nous plaint. En écoutant la (( parole des pasteurs et, en particulier, du pasteur « suprême, nous n'abdiquons pas notre conscience, nous « ne faisons qu'en reconnaître la voix plus intelligible et « plus claire. »

Nécessaire, pour maintenir la cohésion des esprits dans la société religieuse, l'autorité l'est encore pour imposer à tous les prescriptions morales de l'Evangile et les défendre contre les attaques intéressées des passions. Montaigne l'a dit dans son langage pittoresque : « Il ne « faut pas laisser au jugement de chacun la connais- « sance de son devoir ; il le lui faut prescrire, non pas <( le laisser choisir à son discours ; autrement, selon « l'imbécillité et variété infinie de nos raisons et opi- (( nions, nous nous forgerions enfin des devoirs qui nous « mettraient à nous manger les uns les autres. » Cette boutade n'est-elle pas en train de devenir une réalité redoutable ?

Luther et Calvin, en proclamant le droit d'insurrection contre le Pape et les Evêques, et en abandonnant chaque fidèle à son inspiration privée, ont proclamé, par là même, l'anarchie dans l'Église. Dieu nous garde d'affliger nos frères séparés ! Nous en connaissons plusieurs qui sont justement estimés pour leur vie honorable, et qui certainement sont chrétiens d'intention. Ce qu'ils valent, pourtant, ils ne le doivent pas à leurs négations, mais aux croyances qui leur sont restées

communes avec nous et aux grâces que le Seigneur ne refuse pas à ceux qui se trompent de bonne foi. Le vase brisé n'a pas perdu tout son parfum, mais il a laissé fuir le lireuvage divin qui peut seul étanclier notre soif de vérité. Quelles sont aujourd'hui les doctrines acceptées d'un commun accord parles protestants? Où en est chez eux l'union des esprits? Le Protestantisme, si on en juge par ses représentants les plus distingués, a gardé une terminologie religieuse. Mais ce n'est plus une religion, c'est un sentiment tout individuel et subjectif, une philosophie inquiète et éprise d'un vague idéal, quelque chose comme une harpe éolienne gémissant dans la nuit.

On prétend que la liberté de la vie intérieure et son développement sont entravés par les soumissions aux rites extérieurs, par l'obligation de recevoir les sacrements de la main du prêtre, et par l'autorité absolue que celui-ci exerce sur le fidèle. « Toujours des hommes entre Dieu et nous ! » dit-on, et il semble que le clergé catholique, dans l'intérêt de sa domination, ne soit occupé qu'à comprimer l'élan des âmes qui veulent lui échapper pour s'envoler vers les hauteurs de la contemplation.

Objection vaine et frivole qui ne tient pas devant un instant de réflexion ! L'Église catholique enseigne que nous ne pouvons nous sauver sans la grâce, et que pour obtenir la grâce, il nous faut recourir à la prière et aux sacrements qui en sont les deux sources. Mais qu'est-ce donc ([ue la prière, sinon l'entretien direct et sans intermédiaire de l'âme avec Dieu? En quoi le ministère ecclé-

siastique en gène-t-il les efîusions? Il ne cesse au contraire de les provoquer par ses exhortations, par les formules inspirées qu'il nous met sur les lèvres, par le chant, par les cérémonies, par tout le culte extérieur qui n'est qu'un continuel sursiim corda. Le catholique prie matin et soir, et avant ses principales actions. Il prie tout seul, il prie en famille, il prie à l'ég-lise, il fait de Dieu le confident de toutes ses douleurs et de toutes ses joies, et l'appelle constamment au secours de sa faiblesse pour se préserver du mal ou pour s'en g'uérir. Il y a des àmcs d'élite qui n'interrompent presque jamais ce dialogue avec le Seigneur qu'elles ont pris pour leur partage, qu'elles sont allées chercher dans la solitude, (|ui est devenu leur passion, leur bonheur unique, et qui les dédommage d'avoir tout sacrifié pour lui, u Seigneur, « Dieu des vertus, que vos tabernacles sont aimables!... (( Mon cœur et ma chair ont tressailli devant le Dieu « vivant. Le passereau trouve une demeure et la tour- « terelle un nid où elle dépose ses petits. Pour moi, ô « mon Roi, ô mon Dieu, je ne veux que vos autels... (( Heureux ceux qui habitent dans votre maison... J'ai « choisi d'y être le dernier plutôt que de demeurer sous « la tente des pécheurs. » Ces paroles du psaume traduisent les sentiments des Antoine, des Hilarion, des Rancé, des Catherine de Sienne, des Thérèse de Jésus, c'est-à-dire de l'innombrable famille des âmes qui ont fleuri au désert, et dont la parfaite orthodoxie n'a point arrêté le libre essor vers Dieu.

Comme la prière, les sacrements élèvent et soutiennent \v lidèle sans l'asservir. Agissant infailliblenu'iit sur

ceux (|ui s'en approchent avec les dispositions convenables, ils nous donnent la certitude qu'en les recevant nous recevons la grâce qui les rend efficaces. Le rite sacramentel, opérant alors comme une sorte de talisman divin, nous introduit dans le monde invisible et nous soumet à l'influence immédiate de l'Esprit-Saint, qui répand ses dons sur les âmes en les distribuant à chacun comme il lui plaît. Est-il plus humiliant de dépendre du prêtre qui nous met sur la route du ciel par son absolu tion, que du mécanicien qui dirig'e la vapeur par laquelle nous sommes emportés sur un chemin de fer? Vous considérez-vous comme déshonorés parce que vous lisez à la clarté du gaz qui vous arrive par des canaux dont un ouvrier tient les clefs? En même temps que l'ouvrier de Dieu fait son œuvre, l'Esprit de Dieu accomplit la sienne. 11 envahit toutes les âmes pour les sauver ; mais il en choisit quelques-unes pour servir ses grands desseins sur le monde. C'est par ces privilégiées qu'il renouvelle la jeunesse de VEglise comme celle de V aigle. Esprit d'intelligence, il les éclaire sur les nécessités particulières des temps où elles vivent, leur révélant, par exemple, l'œuvre opportvme à fonder, la misère urgente à secourir, la vertu particulière qu'il faut pratiquer ou la réforme qui s'impose. Esprit de force, il les arme de courage pour triompher de toutes les oppositions. Esprit de sagesse et de crainte filiale, il les préserve de toute témérité et les envoie soumettre leurs projets aux successeurs des Apôtres, qu'il assiste de ses lumières pour qu'ils sachent distinguer l'inspiration divine des fantaisies de l'imagination.

LÀ CITÉ DE DIEU 2o7

C'est ainsi, qu'à l'abri de cette hiérarchie qu'on accuse d amoindrir la vie morale et d'enchaîner l'activité, des initiatives hardies et fécondes, des enthousiasmes ardents, des caractères d'une singulière originalité se manifestent et se déploient de siècle en siècle pour le bien surnaturel de l'humanité, comme aussi pour les progrès de la civilisation. Ces vieillards que l'on proclame si rebelles, aux innovations, ont pourtant souri aux espérances et aux vastes pensées de ces jeunes révolutionnaires qui se sont appelés Benoît de Nurcie, François d'Assise, Ignace de Loyola. Les femmes même ne sont point exclues dans l'Eglise de ce don d'activité novatrice et bienfaisante, et notre époque, en particulier, est remplie de l'histoire de leurs fondations. On revendique pour elles le droit de vote, l'accès des carrières libérales et l'exercice des pouvoirs publics. Or, il y en a plus de cent mille en France, à l'heure qu'il est, qui tiennent de la profession religieuse le droit d'élire et d'être élues. Il y en a des centaines qui exercent les plus hautes fonctions de direction morale et matérielle, et qui commandent à de véritables armées d'enfants, de pauvres, de malades et de vieillards. Tant il est vrai que l'Eglise, loin de mutiler la nature humaine, en prend à son service toutes les forces vivantes ! Tant il est vrai que la Cité de Dieu compte beaucoup de demeures où chacun peut trouver l'emploi de ses facultés. Tandis que le missionnaire s'en va au loin, pour en reculer les frontières, tandis que la sœur de Saint- Vincent-de-Paul en parcourt les rues pour chercher les infortunes à secourir, le Chartreux y bâtit sa cellule, le Bénédictin y étudie, le Dominicain y

C*' Mathieu 17

prêche, le Jésuite y enseigne, et le Curé de campagne y exerce le ministère le plus méritoire, tous ensemble servant le Seigneur de leur mieux, chacun suivant ses aptitudes et sa vocation particulières. Cette société religieuse est la seule qui ait su discipliner l'enthousiasme ; la seule qui change et progresse en restant identique à elle-même; la seule qui ait réussi à opérer des réformes profondes, sans altérer sa constitution et sans renverser son gouvernement. La dépendance n'y dégénère point en servitude, parce qu'elle est dirigée par l'Esprit et que là où est V Esprit, là se trouve la liberté; et, d'autre part, la liberté n'y tourne point en licence, parce qu'elle ne s'émancipe jamais de la hiérarchie, qui la contrôle sans l'opprimer. Toute âme qui, éprise de Jésus-Christ, le cherche sur les hauteurs, ressemble à l'épouse du Cantique des Cantiques qui crie vers son bienaimé : 0 toi que J'aime, dis-moi où tu fais ta demeure à midi! La réponse est aussi précise que la question: Si tu ne le sais pas, suis les traces du troupeau, et conduis tes chevreaux auprès de la tente des pasteurs. En allant vers les pasteurs, on trouve le Seigneur ; en s'éloignant d'eux, on s'éloigne de lui et on s'égare sur la montagne.

Que valent pourtant ces pasteurs à la conduite desquels aucun fidèle ne peut se soustraire? Comment la sainteté de l'Église peut-elle se concilier avec les faiblesses quotidiennes du grand nombre et les scandales

éclatants de quelques-uns? C'est ici, N. T. C. F., que triomphent nos ennemis. Pour mettre en contradiction nos principes et notre conduite, ils épient nos fautes, les exag-èrent, nous en prêtent, au besoin, d'imaginaires, et quand ils croient avoir découvert un coupable dans le clergé, ils signalent le corps tout entier au mépris public en le représentant comme infecté d'une corruption hypocrite. Selon notre coutume, nous allons répondre avec la plus grande franchise à ces accusations, qui sont certainement arrivées jusqu'à vous et sur lescjuelles il importe que vous soyez fixés.

Tout d'abord, il est bien évident que nous, vos pasteurs et vos pères spirituels, nous sommes pétris du même limon que vous, comme vous héritiers de la déchéance originelle et sujets au péché. Nous savons que nous portons le mystère de Dieu dans des rases fra- (jiles. Au commencement de la messe, avant de monter à l'autel, tout prêtre, depuis le plus obscur jusqu'au chef de toute la hiérarchie, se frappe humblement la poitrine, et au moment de l'Offertoire, il dit en élevant 1 hostie : « Père saint et tout-puissant^ recevez cette victime immaculée ([ue je vous offre pour mes péchés^ mes offenses et mes négligences innombrables. » La vie des ministres du Seigneur reste toujours au-dessous de la sainteté de leur vocation, puisqu'ils représentent Jésus- Christ en personne, et qu'ils sont chargés d'un fardeau redoutable pour les anges eux-mêmes. Ne convient-il pas, d'ailleurs, qu'ils connaissent les maladies qu'ils sont appelés à guérir? « Tout prêtre, dit saint Paul, est « pris parmi les hommes afin qu'il puisse compatir. »

2(i0 ii:lvri:s pastorales du cardinal maiIiiel'

Ce sont donc des hommes qui composent l'Eglise enseignante, et si elle est infaillible, sainte et impeccable dans son élément divin, elle demeure fragile et faible dans son élément humain. Malheur à nous, si notre dignité nous inspirait le moindre orgueil et si nos faiblesses ne nous apprennent pas la bonté ! <( Tout ce que « nous sommes, dit encore saint Paul, nous le sommes « uniquement par la grâce de Dieu ». et sa main seule peut nous soutenir sur les hauteurs où elle nous a élevés.

Remarquez pourtant. X. T. C. F., que dans la Cité de Dieu le mal ne vient que des individus isolés et jamais des institutions elles-mêmes. Tandis que dans les cités terrestres, lidéal social s'élève ou s'abaisse, suivant les fluctuations de l'opinion, comme un thermomètre qui marque la température ambiante ; tandis qu'autour de nous les mœurs modifient insensiblement les lois, dans la Cité de Dieu la législation morale ne change pas, et vavit toujours infiniment mieux que les mœurs, parce qu'elle vient d'en haut, comme un idéal imposé à notre faiblesse. Sur ce point, l'Eglise donne un démenti absolu k la célèbre théorie des milieux.

Quelque regrettable, quelque scandaleuse qu'ait pu être, à un moment donné de l'histoire, la conduite des représentants les plus élevés de la hiérarchie, jamais ils n ont essayé comme Louis XIV, de la légitimer par leur autorité, et leurs mains fidèles, quoique indignes, n'ont point cessé de porter les tables de la loi immuable et sainte, qui les condamne. Leur indignité, d'ailleurs, n'a point arrêté le courant des grâces qu'ils étaient chargés officiellement de dispenser. Le mauvais prêtre commet

des sacrilèges; cependant il baptise, absout et consacre validement, car l'efficacité essentielle des sacrements qu'il administre ne dépend point de son état moral, mais du pouvoir qu'il a reçu à son ordination et du caractère indélébile dont son âme a été marquée.

Ces concessions et ces distinctions légitimes étant faites, le clergé a le droit de se plaindre de la mauvaise foi du plus grand nombre de ses adversaires, de les regarder en face et de leur répondre, comme autrefois un de ses orateurs à ceux qui lui disaient : « Que croyez-vous donc valoir? ,) — (( Peu de chose, peutêtre, quand je me considère, mais beaucoup quand je me compare. » Grâce à Dieu, en effet, vous n'avez pas à rougir de vos prêtres, qui, en très grande majorité, honorent leur profession par leurs vertus, surtout en France, surtout dans ce beau diocèse où vous les entourez d'une si légitime considération. Ne les voyez- vous pas chaque jour à l'œuvre ? Ne savez-vous pas toute la peine qu'ils se donnent pour instruire les enfants, visiter les malades, assister les pauvres et vous diriger dans la voie du salut ? Et quelles récompenses humaines reçoivent-ils? Ces fonctions, qui les élèvent au-dessus des rois, ils les exercent dans des conditions matérielles qui les rendent inférieurs aux plus modestes des fonctionnaires. Heureux encore quand ils ne sont pas récompensés de leurs bienfaits par la plus noire ingratitude. Car le disciple n est pas au-dessus du maître, et le maître ayant été poursuivi par la haine et la calomnie jusqu'à l'immolation sanglante de la croix, la haine, la calomnie et la croix sont devenues trop souvent le

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partage de ceux qui continuent son ministère. Calvaires obscurs et cruels, quoique non sanglants, érigés dans un si grand nombre de paroisses pour de pauvres curés, qui expient le bien qu'ils ont voulu faire et le zèle qu'ils ont déployé pour le salut de leurs persécuteurs. Rien n'y manque : ni la trahison, ni l'abandon des amis, ni les mauvais traitements, ni les épines qui meurtrissent le front, ni les coups de lance qui percent le cœur, ni les ironies des Pharisiens beaux esprits, ni les huées de la foule grossière et ameutée, au milieu de laquelle la victime reconnaît souvent les enfants qu'elle a comblés de ses tendresses ! Toile ! crucifigc ! Enlevezles ! supprimez-les tous ! et qu'il n'en reste plus un seul pour nous troubler au milieu de nos plaisirs et nous rappeler nos péchés comme un remords vivant. Toile! crucifige ! C'est la clameur que poussent depuis dixhuit siècles toutes les passions déchaînées contre le sacerdoce, et le sentiment qui explique la guerre impitoyable qu'on lui déclare. Mentir, exagérer, persifler, dénaturer les faits et les intentions, tous les moyens sont bons quand il s'agit de nous déshonorer.

Vous êtes encore tout émus, n'est-il pas vrai, de la campagne si funeste qui vient d'être menée contre nos chefs militaires, de cette insurrection contre la justice, de cette tentative de réhabilitation d'un traître et de ces elTorts acharnés et malhonnêtes pour charger un innocent. Vous avez protesté contre ce crime de lèse-patrie et partagé l'indignation qu'il a soulevée dans le pays tout entier. Pour nous, ministre de paix, nous n'approuvons certes ni les violences, ni les cris de mort, car

nous sommes de ceux qu'on tue et non point de ceux qui tuent ; mais pendant qu'on insultait nos généraux, nous pensions à la frontière auprès de laquelle nous sommes nés, et nous sympathisions de tout cœur avec ceux qui criaient : Vive la France ! Vive l'armée !

Eh bien, N. T. G. F., ne semble-t-il pas que, comme l'armée, le clergé lui aussi soit poursuivi par un syndicat puissant, riche, sans scrupule, clément aux traîtres et aux transfuges, qui compte des émissaires soudoyés jusque dans les derniers des hameaux? Ces fédérés de la haine et de l'impiété travaillent de toutes leurs forces à déconsidérer les chefs, à provoquer la défection des soldats, à semer partout la suspicion, et à créer contre nous un mouvement d'hostilité qui rende notre ministère stérile. Quelle joie pour les syndiqués quand ils flairent un scandale, quand ils peuvent convaincre un prêtre de leur ressembler et d'avoir fait ce qu'ils se permettent tous les jours ! Quelle application à fausser l'histoire et à nous représenter comme des ennemis publics ! Un malfaiteur de la plume qui fait partie des deux syndicats écrivait tout dernièrement : u La France meurt de l'Eglise ! » Puis il montrait le Souverain Pontife s'unissant aux généraux pour monter à l'assaut des pouvoirs publics et étouffer la liberté par l'alliance du sabre et du goupillon. Et ces inepties par lesquelles le talent se déshonore font leur chemin, trouvent faveur et sont acceptées comme paroles d'Évangile par ceux qui ne veulent plus d'Evangile ! Voilà qui forme l'opinion des orateurs de cabaret et qui va devenir le mot d'ordre des prochaines élections ! Malheur au peuple français s'il se

laisse duper par ces grossiers mensong-es ! Si la France doit mourir, elle mourra de votre impiété, de vos blasphèmes, du matérialisme que vous inoculez savamment dans ses A^eines, des haines sociales que vous attisez et des divisions que vous entretenez avec un art infernal.

N. T. C. F., nous avons le ferme espoir que votre bon sens et votre foi résisteront à tous ces sophismes, et que vous continuerez à entourer votre clergé du respect qu'il mérite et qui lui est nécessaire pour accomplir sa mission. Nous vous conjurons d'éviter l'esprit de critique et de dénigrement, si répandu de nos jours. Rappelez-vous que la pierre de touche des familles vraiment bonnes, des chrétiens de vieille roche, c'est leur attitude à l'égard du prêtre. Dans leurs relations avec lui, ils ne se montrent ni susceptibles, ni hautains, ni jaloux, et pardonnent, s'il le faut, à l'homme en faveur du ministre de Dieu. Ils rendent justice au bien, excusent les imperfections, se refusent à croire au mal autant qu'ils le peuvent, et quand ils sont condamnés à le constater, le signalent discrètement à ceux qui ont pouvoir pour y remédier, au lieu de l'augmenter par des médisances et une publicité que condamne la charité la plus élémentaire. Malheur au fils qui signale d'un geste moqueur la honte ou les ridicules de son père ! Celui-là commet le crime de Cham et encourt la terrible justice du Seigneur, qui tient à ses prêtres comme à la pupille de son œil et qui ne les laisse point insulter impunément.

Puisse, N. T. G. F., cette instruction pastorale aug-

menter votre amour pour la sainte Eglise! Puissent nos faibles paroles vous stimuler efficacement à la réjouir par votre piété, à l'assister de votre généreux concours, à la défendre avec un courage supérieur à tout respect humain !

Comment ne pas vous aimer? comment ne pas vous servir, ô vieille et tendre mère, qui nous avez enfantés à la grâce et rendus capables de conquérir le ciel ? A qui irions-nous dans nos obscurités et dans nos tristesses, si ce n'est à vous qui, comme votre époux, avez les paroles de la vie éternelle ? Sans vous, nous gémirions dans les ténèbres et le doute ; sans vous, nos cœurs ignoreraient les plus saintes joies, et nos volontés vacillantes ne sauraient où trouver la force. C'est à vous que nous devons la vérité, la grâce et l'amour ; et ces biens, plus précieux que l'or et l'argent, vous nous les avez transmis à travers bien des souffrances, en arrosant de votre sang et de vos larmes le rude sentier que vous suivez, depuis que vous êtes née au pied de la croix. Ah ! nous n'oublierons jamais vos gémissements, nous n'ajouterons point à vos peines, et nous ne cesserons de vous remercier de vos bienfaits, car vous avez vraiment fondé la Cité de Dieu sur la terre.

Salut, ô Jérusalem, ville céleste, d'où descendent vers nous la paix et l'espérance qui nous consolent du présent par les radieuses visions de l'avenir ! \ ous êtes bâtie de pierres vivantes, et vos murailles s'élèvent à travers les siècles, toujours plus hautes, toujours plus belles, toujours retentissant du doux canticjue que les rachetés de Jésus-Christ chantent à Celui qui les a percés de la

flèche de son amour. Vos portes ne s'ouvriront qu'à la vertu et à la soufîrance : dilatez-les pour recevoir nos chers diocésains et les introduire tous dans la gloire éternelle.

Lettre écrite à M. Rambaiid, sénateur du Douhs, ancien ministre de l'Instruction publique.

Toulouse, 20 novembre 1898.

Cher Monsieur,

Est-ce que nous allons nous brouiller ensemble après tant d'années de relations excellentes? Est-ce que vous aller vous brouiller avec l'Eg-lise pour complaire à Dreyfus, à Jaurès, à Clemenceau, à tous vos ennemis politiques, à tous ceux qui vous détestaient et vous faisaient la guerre au couteau quand vous étiez ministre? On dit que vous travaillez contre la rue des Postes et contre notre Saint-Sigisbert de Nancy. Vous aussi vous entrez en campagne contre l'alliance du sabre et du goupillon, et vous croyez à la conspiration du P, du Lac, de M. Cavaignac et de Rochefort ? Est-ce que la France n'est pas encore assez divisée, et faut-il que le parti modéré, qui s'alFaiblit de jour en jour, mette contre lui tous les braves gens qui veulent une éducation chrétienne pour leurs fils? Voilà près de cinquante ans que l'Université et le clergé vivent en bon accord grâce à une loi de la seconde république, et c'est vous qui, sous la troisième, cherchez le moyen de les brouiller à mort ? Le temps de ces combats est passé, cher Monsieur, et il faudrait, au contraire, fortifier dans le pays l'élément moral que représente l'Eglise et qui est un facteur

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nécessaire de la «grandeur d'une nation. Vous avez une foule d'instituteurs qui prêchent le radicalisme dans les communes, une foule de professeurs qui prêchent le scepticisme dans leurs chaires, et beaucoup de surveillants de lycées qui inquiètent à bon droit les familles. Voilà les ennemis de l'Université! Voilà le péril qu'il faudrait conjurer, tandis que vous vous inquiétez des élèves des Pères qui n'en peuvent mais, et qui ne sont pour rien assurément dans la crise très grave que traverse la France. Une campagne menée contre ce qui reste de la loi de I80O par le parti auquel vous appartenez anéantirait infailliblement tout le travail du Pape et des catholiques dociles au Pape en faveur de la république et amènerait dans les relations déjà si précaires de l'Eglise et de l'État un trouble dont vous ne pouvez prévoir les conséquences. N'attachez pas votre nom à une entreprise aussi suspecte et ne compromettez pas votre réputation d'esprit élevé et de cœur généreux. La meilleure partie de vos électeurs de Besançon et de vos amis en seraient trop affligés, et vous savez bien qu'il y a, quelque part, une âme pieuse qui vous tient de très près et que vous peineriez pour toujours.

Pardonnez-moi, cher Monsieur, cette lettre qui part, vous ne l'ignorez pas, d'un très grand fond d'affection pour vous, et agréez tous les meilleurs sentiments de votre humble serviteur.

:j: Fr. Désiré Mathieu, Archevêque de Toulouse.

Instruction pastorale sur le Testament du Seigneur et mandement pour le carême de lan de grâce 1899.

Nos Très Chers Frères,

La Cité de Dieu dont nous vous avons entretenu dans notre dernière lettre pastorale comprend tout à la fois les élus, qui jouissent du ciel et les chrétiens militants, qui s'elTorcent ici-bas de le conquérir. Sur la terre, elle se compose de tous les hommes, qui régénérés par le baptême et croyant à leur destinée surnaturelle travaillent à la mériter, en conformant leur vie à leurs g-randes espérances. Elle ressemble à une nation armée qui marche à la conquête d'une patrie, et, suivant la comparaison que les saintes Ecritures ont consacrée, aux anciens Israélites cherchant la Terre promise. « C'est une étrangère que rien n'attache, que rien ne contente, qui regarde tout en passant, sans vouloir jamais s'arrêter ' », et qui, comme Israël, est soutenue dans sa marche par le chef tout-puissant, qui la commande et la dirige invisiblement vers son but. Or, les Israélites qui se plaignaient d'errer avec de grandes fatigues dans une solitude stérile furent surpris, un matin, par un miracle de la bonté de Dieu. Une rosée singulière et telle qu'ils n'en avaient jamais vu couvrit l'espace qui

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