SCÈNE PREMIÈRE- MÉLISSE, LISE
MÉLISSE
Il ëcrit conune un ange, et sa lettre est charmante.
LISE
De sa personne encor vous seriez plus contente. Sa figure est aimable et ses yeux pleins d'esprit.
Ëh ! dis-moi , parle-t-il aussi bien qu'il écrit ?
LISE
Pour lui faire employer toute son éloquence , Il lui faudrait des gens de plus de conséquence ; C'est à vous d'éprouver ce que vous demandez.
MÉLISSE
Et que croit-il de moi ?
LISE
Ce que vous lui mandez ; Que vous l'avez tantôt, vu par votre fenêtre , Que vous plaignez son sort , que vous l'aimez peut-être . .
aSi LÀ SUITE DU MENTEUR.
MÉLISSE
Il se flatte à ce point ?
LISE
Le sexe masculin A la fatuité fort souvent est enclin.
MÉLISSE
Qu'il le croie, après tout; je n'en suis pas fàchëe : Mon ame en sa faveur est bien un peu touchée.
LISE
Comment!.. Sans Tavoir vu?
MÉLISSE
J'écris bien sans le voir.
Votre frère a sur vous usé de son pouvoir.
C'est lui , qui vous contant son duel et sa fuite , Et comme des sergens il trompa la poursuite , Vous fit incognito , de crainte de soupçon , Envoyer des secours à Dorante en prison.
L'y voyant à sa place , il fait ce qu'il doit faire.
MÉLISSE
Je n'ai d'abord écrit que pour le satisfaire ;
Et par occasion )'ai voulu m'égayer,
Embarrasser un peu ce jeune cavalier,
Et tout en lui montrant l'intérêt qu'il excite,
Par sa £aiçon d'agir juger s'il le mérite.
Je fais plus , à présent : je prends part à l'ennui
D'un homme si bien né , qui souffre pour autrui.