ACTE II, SCÈNE I
Le bien que tu m^en dis , son esprit , sa figure , La singularité même de Payenture , Tout me pique et m^inspire un penchant curieux Qui me fait désirer de le connaître mieux.
LISE
La curiosité , quand par elle on commence ,
Conduit beaucoup plus loin quelquefois qu'on ne pense r
On peut croire aisément que lui , de son côté ,
!N'aura pas moins que vous de curiosité.
Pour une femme aimable, au printems de son âge ,
C^est un bail assez long que deux ans de veuvage ;
Et tout exprès vers vous le ciel a fait venir
Celui que sa bonté destine à le finir.
MÉLISSE
Allons, folle, tais-toi.
LISE
Cependant, que va dire Cet amant que vos yeux tiennent sous leur empire ? Ariste , à votre char attaché constamment ?
MÉLISSE
C'est Pami de mon frère; on le croit mon' amant; Je lui fais bon accueil ; mais , à parler sans feinte , Il m'inspira toujours moins d'^amour que de crainte^ Il est honnête et sûr, mais froid, mais exigeant; J'ai des défauts ; je veux qu'on s'y montre indulgent ; Et puis en ce moment, ou je suis fort trompée. Ou son ame est tout près d'être ailleurs occupée ; Il penche vers Lucrèce.
lS6 LA SUITE DU MENTEUR.
LISE
O ciel ! il se pourrait !
Vous auriez d'une amie à craindre un pareil trait ! Et vous verriez cela sans en être blessée !
MÉLISSE
Oh! oui.
C'est être aussi trop désintéressée , Et Tamant qu'on tiendrait le moins à conserver, Encor ne veut-on pas se le voir enlever. ' Lucrèce n'aura point sur vous cet avantage:
Bien ne lui réussit en fait de mariage.
A Paris , son hymen semblait tout-à-fait sûr ; Tout enfin était prêt , excepté le futur, fini décampa la veille , et fit manquer la fête ; Son vieux père attendri', qui voit la noce prête , De l'amant fugitif prenant sur lui les torts , Se propose; on l'accepte, on fait d'autres accords: Tout-à-coup il périt , firappé de mort subite. L'union légitime est pour elle interdite ; Et cette fille-là, lui vint-il cent maris, N'en aura pas un seul, c'est moi qui vous le dis*
MELISSE.
Peut-être aux yeux d'Ariste est-ce un attrait plus rare; Il se pique de vaincre un destin si bizarre.
LrsE.
Je n'y comprends plus rien ; moi , je vois que de vous Il est si bien épris qu'il s'en montre jaloux^