ACTE,III, SCÈNE VIL
BORAT^TE.
Et ton aveu Ta mise en colère ?
LISE
Et si forte , Que je n'ose rentrer si je ne le rapporte.
Si yous vous obstinez à me le retenir, Je ne sais , dès ce soir, Monsieur, que devenir. Ma fortune est perdue , et dix ans de service.
DORAl^TE.
« Âs-tu pu te flatter que je te le rendisse ?
Non. Quant à ta fortune , il est en mon pouvoir
De la faire monter par-delà ton espoir.
LISE
Je n'attends rien de vous ni de vos récompenses.
Tu me traites bien mal.
LISE
Je le dois.
CLITON, SiLise.
Tu TofTenses.
( A Dorante. )
Mais voulez-vous , Monsieur, me croire et vous venger ? Rendez-lui son portrait , pour la faire enrager.
LISE
Oui ! voyez Fhabile homme et sa belle finesse ! C'est donc ainsi , Monsieur, qu'on me tient sa promesse ? Mais puisqu'auprès de vous j'ai si peu de crédit , Demandez à ma sœur ce que Madame a dit ,
Et si j'ai tort ou non de prendre l'épouvante. ■
Ttt verras que ta sœur sera plus obligeante.
(AMflÎMe. )
Réponds-moi; Tordre est-il absolu?
MÉLISSE
Tout-à-foit.
Mais quel prix mettez-yous à garder ce portrait?
BORAIïTE.
Quel prix j^y mets ? Grand Dieu! Pour mon ame ravie, Sais-tu que ce trésor est plus cher que ma vie ? Ces yeux, ces traits charmans montrent trop de douceur,- Pour que Toriginal garde tant de rigueur.
Aurions-nous à donner quelques raisons solides ^ Si nous allions rentrer au logis les mains vides ? De notre probité qu'est-ce qu'on penserait ?
Des brillans d'un grand prix entourent ce portrait : A de fâcheux soupçons nous serions exposées...
Essayons si )e puis vous voir tranquillisées ; Quel bonheur! le portrait se détache aisément.
(H défait le portrait, et rend la botte et Icj diamans.)
Reportez, reportez à cet objet charmant
De tous ces diamans l'inutile entourage ;
Je n'aime et )e ne veux garder que son image;
Elle a pour moi cent fois plus de prix, plus d'éclat...