ACTE III, SCÈNE VII
MÉLISSE
Ce procédé, du moins , montre un coeur délicat; Et nous en instruirons celle qui nous envoie.
BORAI^TE.
Dites que ce portrait fait mon bonheur, ma joie ; Que rien n'approcherait de mon ravissement , Si je le possédais de son consentement ; Qu'il est Tunique bien où mon espoir se fonde ; Qu'avant de le céder je perdrais tout au monde...
(A Mélisse.)
Penses-tu que , sachant à quel point il m'est cher, Ta maîtresse voulût encor me l'arracher P
MÉLISSE, émut.
Monsieur!...
Parle.
MÉLISSE
Est-ce à moi de parler pour Madame ?
Pourtant mieux que ma sœur je dois lire en son ame.
DORANTE, tTcc intention.
Qui ? Toi ?
MÉLISSE
Puisqu'à le rendre on ne peut vous forcer.
Il faudra l'amener jusqu'à vous le laisser.
J'y tâcherai , du moins.
Ah ! tu me rends la vie !
( Avec une intention plus marquée )
Ecoute. Ta maîtresse es^ici bien jolie;
Mais toi qui la connais , avec sincërité Dis-moi si le portrait n'est pas un peu flatté ? Un peintre assez souvent embellit son modèle.
MÉLISSE, ôtant son voile.
Vous tenez le portrait; jugez s'il est fidèle.
DORAI^TE.
Que voîs-je ? Eh quoi ! c'estvous ? Je ne me trompe pas. . . Non; mon cœur est déjà trop plein de vos appas... Madame , c'est ainsi que vous savez surprendre ?
MÉLISSE
C'est ainsi que je tâche à ne me point méprendre , A voir si vous m'aimez , et si vous méritez D'obtenir ce retour que vous sollicitez.
DOJIANTE.
Pour y donner des droits si l'amour peut suffire , Ah! croyez...
MÉLISSE
Qu'aisément on croit ce qu'on désire !
Hélas! j'ai tort peut-être, et me flatte trop tôt.
BORANTE.
Pour vous persuader, qu'est-ce donc qu'il vous faut ? Ordonnez; j'obéis.
MÉLISSE
Faut-il que je le dise ?
En d'étranges soupçons contre vous on m'a mise Je suis bien informée, ou du moins j'en ai peur.