SCÈNE XI
L'amitié la plus tendre, un peu d'ivrognerie... «
LULLI
A me griser ce soir , je suis bien résolu.
LA FOITTAIITE.
Quand on est entre amis , on peut boire sans craindre.
On n'a rien à cacher; le cœur est tout à nii;
On peut penser tout haut , et se parler sans feindre^
MOLIÈRE
Vivons toujours de la sorte entre nous , Hes bons amis , et malheur aux jaloux
Que notre union peut surprendre !
Nous sommes faits pour nous entendre,
Pour nous estimer, nous chérir.
Pour jouir franchement des succès l'un de l'autre.
CHAPELLE
Oui, vers un noble but ensemble on peut courir. Si mon ouvrage est bon , doit-il gâter le vôtre ? De la gloire d'autrui ce qu'on pourrait ôter, A la sienne jamais on ne, peut l'ajouter.
C'est vainement qu'on y travaille.
LULLI
Sans doute; chacun a sa taille; Il faut savoir s'en contenter.
LA FONTAINE
C'est un pays fort grand que le Parnasse ; Chacun y peut trouver sa place; Le tout est de la mériter.
DESPRÉAUX
Ces poètes fameux , nos maîtres , nos modèles ,
Furent des amis vrais , fidèles ; À Virgile y à Tibulle , Horace était lié ; Si nous ne ressemblons à ces grands personnages
Par les talens , par les ouvrages ,
Ressemblons-leur par Tamitié.
MOLIÈRE
Assuré de votre tendresse , Je dois vous demander des avis éclairés ;
Demain matin , vous entendrez ,
Mes amis , ma nouvelle pièce , Le Bourgeois Gentilhomme , et vous la jugerez*
Mais , sur- tout , point de complaisance.
DESPRÉAUX
Ob! ce .n'est pas là mon défaut, Tu le sais ; tu seras critiqué comme il faut. On attend cet ouvrage avec impatience.
LA FONTAINE
On parle aussi beaucoup du nouvel opéra De notre ami Lulli.
LULLI
Bientôt on le jouera.
Ab ! per Dio ! c'est là de la musique.
Vous Tentendrez; c'est un cbef-d'œuvre unique î . Enfin c'est du Lulli ! c'est tout dire, cela. Vous mourrez de plaisir d'entendre mon Armide.