SCÈNE XL SgS
CHAPELLE
Et comment î tu Tas donc refaite depuis peu ? On nous avait conté qu'un conseil trop rigide T'ayait persuadé de la jeter au feu ?
LULLI
Au feu? mon bon ami! j'aurais brûlé ma gloire ! Mais tu ne sais donc pas Fhistoire ?
CHAPELLE
Non. Qu'est-ce?
LULLI
Eh ! carino , je yais te la conter.
CHAPELLE
Soit. Mais commence-la par boire , Et nous boirons aussi, nous , pour mieux t' écouter.
LULLI
C'est la vérité pure ici que je vais dire.
MOLIÈRE
Allons , Baptiste , fais^nous rire.
LULLI
Rien n'est plus sérieux. Ne crois pas plaisanter.
Tu sais que par la maladie J'ai manqué l'autre hiver de n'être plus en vie. Il vint un homme noir, tout auprès de mon lit , Me parler doucement ; voici comme il me dit : Mon bon ami , pensez qu'il est bien nécessaire De faire voir à tous que vous êtes fâché De tout le mal que vous avez pu faire ;
Se mêler d'opéra , c'est un très-grand péché ;
Le bon Dieu , voyez -vous y s'en offense et s'en pique.
Il veut que pour lui seul on fasse la musique*
On m'a conté que vous êtes l'auteur D'un opéra nouveau , superbe et magnifique ;
Mon bon ami , c'est un malheur ; Ce qui s'est fait est fait, et je le dissimule; Mais du moins il n'est pas encor représenté;
Donnez-le-moi , que je le brûle , Afin que vous mouriez avec tranquillité.
CHAPELltE.
Eh bien ? tu l'as donné ?
LULLI
Sans doute.
Pouvaîs-je refuser ?
CHAPELLE
Voilà ce qu'on m'a dit.
Et j'avais donc raison.
LULLI
Ecoute ;
Je n'ai pas fini mon récit.
La santé me revint , mais non pas tout de suite. Quand je fus un peu mieux , le prince de Conti ( Comme il me fait l'honneur d'être mon bon ami ) » Son altesse un matin me vint faire visite.
Il me dit : Baptiste, entre nous.
Avec ton beau talent tu me semblés bien bête