L'ALCHIMISTE ET SES ENFÀNS
Passant sa vie au milieu dés fourneaux , Des appareils , des matras , des bocaux , Le grand Mahmoun fit une découverte , Dont à jamais on doit pleurer la perte.
Vous demandez dëjà ce que c'était ; Vous le saurez. Il faut d'abord vous dire Qu'un jour Mahmoun, qui s'impatientait De vivre seul , à la belle Palmire , Qu'il crut aimer, par l'hymen fut lié , Puis eut un fils de sa tendre moitié.
Bient&t ses goûts rentrèrent dans son ame ; A l'alchimie il revint tout entier , Et le ménage , et le fils, et la femme Me firent plus alors que l'ennuyer ; C'est un grand tort , et pour moi , je l'en blâme.
Qu'arriva-t-il ? qu'à lui-même laissé Le très-cher fils donna , le front baissé , Dans mille excès, pilla les caravanes , Battit les gens, enleva les sultanes , Fut grand ivrogne , et nargua Mahomet.
Son père alors, mais trop tard , eut regret D'avoir ainsi négligé la culture ' Et les soins dus à sa progéniture.
Mieux eût valu ne savoir presque rien , Et de son fils faire un homme de bien.
Lorsque Mahmoun reçut de la nature L'ordre fatal d'aller voir ses aïeux , II se souvint du secret merveilleux
CONTE ARABE. 2^3
Dont aatrefois sa profonde science
Lui découvrit l'incroyable puissance
( Et c'est ici que je vais révéler
Ce que d'abord f û voulu vous céler ;
Ecoutez bien : la chose est d'importanéé ).
Avec son fils il s'enferme un matin :
«< Mon cber enfant , j'approche de ma fin ;
» Je le sens trop à ma faiblesse extrême.
» Oui , nous ailo&s bientôt nous séparer ;
» Vous me perdrez ; si ^ pour un fils que j'aime ,
» C'est un malhettt ^ il peut se réparer.
» Je vous étonne. Apprêtiez un mystère
» Que je vous ai dérobé jusqu'ils!;
>» A mon cher fils je ne veut plus rien taire.
» Regardez bien cette fiolerci ;
» Elle renferme une liqueur vermeille ,
» Trésor unique et fruit de mainte veille.
» Dans les trois jours qui suivlroiit mofi trépas ,
» (Dans les trois jours , au moins n'y manquez pas)
» Si par vos mains, dans ma bouche glacée,
» Cette liqueur goutte à gv>utte est versée ,
» Entre vos brais, soudain vous me verrez,
n Me ranimant, renàitlrë par degtéis;
» C'est mon deistib qu'ici je tous confié ;
» J'attends de vous une seconde Vie ;
» Je vous devrai l'elistence à mon tour ,
'» Et c'est mon fils qui me rendra le jiour.
» Ce doux espoir, en mourant, me console. »