‹ ŒuvresChapitre 145 sur 240 · L'ALCHIMISTE ET SES ENFÀNS · texte numérisé non relu

L'ALCHIMISTE ET SES ENFÀNS

Passant sa vie au milieu dés fourneaux , Des appareils , des matras , des bocaux , Le grand Mahmoun fit une découverte , Dont à jamais on doit pleurer la perte.

Vous demandez dëjà ce que c'était ; Vous le saurez. Il faut d'abord vous dire Qu'un jour Mahmoun, qui s'impatientait De vivre seul , à la belle Palmire , Qu'il crut aimer, par l'hymen fut lié , Puis eut un fils de sa tendre moitié.

Bient&t ses goûts rentrèrent dans son ame ; A l'alchimie il revint tout entier , Et le ménage , et le fils, et la femme Me firent plus alors que l'ennuyer ; C'est un grand tort , et pour moi , je l'en blâme.

Qu'arriva-t-il ? qu'à lui-même laissé Le très-cher fils donna , le front baissé , Dans mille excès, pilla les caravanes , Battit les gens, enleva les sultanes , Fut grand ivrogne , et nargua Mahomet.

Son père alors, mais trop tard , eut regret D'avoir ainsi négligé la culture ' Et les soins dus à sa progéniture.

Mieux eût valu ne savoir presque rien , Et de son fils faire un homme de bien.

Lorsque Mahmoun reçut de la nature L'ordre fatal d'aller voir ses aïeux , II se souvint du secret merveilleux

CONTE ARABE. 2^3

Dont aatrefois sa profonde science

Lui découvrit l'incroyable puissance

( Et c'est ici que je vais révéler

Ce que d'abord f û voulu vous céler ;

Ecoutez bien : la chose est d'importanéé ).

Avec son fils il s'enferme un matin :

«< Mon cber enfant , j'approche de ma fin ;

» Je le sens trop à ma faiblesse extrême.

» Oui , nous ailo&s bientôt nous séparer ;

» Vous me perdrez ; si ^ pour un fils que j'aime ,

» C'est un malhettt ^ il peut se réparer.

» Je vous étonne. Apprêtiez un mystère

» Que je vous ai dérobé jusqu'ils!;

>» A mon cher fils je ne veut plus rien taire.

» Regardez bien cette fiolerci ;

» Elle renferme une liqueur vermeille ,

» Trésor unique et fruit de mainte veille.

» Dans les trois jours qui suivlroiit mofi trépas ,

» (Dans les trois jours , au moins n'y manquez pas)

» Si par vos mains, dans ma bouche glacée,

» Cette liqueur goutte à gv>utte est versée ,

» Entre vos brais, soudain vous me verrez,

n Me ranimant, renàitlrë par degtéis;

» C'est mon deistib qu'ici je tous confié ;

» J'attends de vous une seconde Vie ;

» Je vous devrai l'elistence à mon tour ,

'» Et c'est mon fils qui me rendra le jiour.

» Ce doux espoir, en mourant, me console. »

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