‹ ŒuvresChapitre 146 sur 240 · L'ALCHIMISTE ET SES ENFANS · texte numérisé non relu

L'ALCHIMISTE ET SES ENFANS

Le fils touché, promit ce qu'on voulut, Le jura même , et son père mourut.

Persuadé qu'il lui tiendrait parole.

Mais, par malheur, ce fils mal élevé, Comme j'ai dit , et vaurien achevé , De rélixir sitôt qu'il se vit mattre, Prit un parti bien scandaleux, bien traître : « Ma foi , dit-il , jusqu'à présent j'ai cru » Que mon vieux père avait assez vécu.

» Je vivrai moins, si j'en crois l'apparence; » Car mon défaut n'est pas la tempérance.

» J'use mes jours, je les risque souvent » Comme à plaisir ; et ce n'est pas ma faute » Si, par hasard, je suis encor vivant.

» Serait-ce point sottise la plus haute » De m'oiiblier ? Oui , la première loi , » La mieux suivie , est que l'on songe à soi. »

Quelques remords cependant le troublèrent; Mais les trois jours bien vite s'envolèrent, Et Mélédin ( c'est le nom du bandit ) Sur son méfait aisément s'étourdit.

De mauvais fils il devint mauvais père , De ses enfans ne s'embarrassa guère , Dont il advint que , par £aiute de soins , S'il valait peu, ses fils valurent moins.

II arriva bientôt à la vieillesse , Par la débauche , avant l'âge , cassé ; Près de mourir , et songeant au passé ,

CONTE ARABE, 22S

Comptant fort peu d'ailleurs sur la tendresse

De ses enfans , il voulut réussir

A s'appliquer Teffet de Télixir.

tt Allons, dit-il, il faut jouer d'adresse. »

De ses trois fils il fit venir Fainë,

Qu'il connaissait tout pétri d'avarice ,

Par l'intérêt bassement dominé ,

Prêt à se vendre ; et ce fut sur ce vice

Que Mélédin bâtit son artifice.

« Mon cher Azqr , 6 mon très-digne fils !

» (Dit le mourant) vous êtes un brave homme, » Sage , prudent, et sur-tout économe; » Je vous connais ; aussi je vous choisis » Pour vous donner un témoignage insigne M De confiance et d'amour paternel ; » J'ose penser que vous en êtes digne. »

Alors , d'un ton encor plus solennel , Du grand Mahmoun rappelant la mémoire^ De la fiole il raconta l'histoire , Hors en un point qu'il eut soin d'altérer :

« Saves'vous bien ce que doit opérer » Cette liqueur F Mon cher fils peut m'en croire : » En un instant je deviendrai tout d'or; » Oui, d'or, mon fils, et du plus pur encor.

» Imaginez qu'en conservant sa forme , » Mon corps entier n'est qu'un lingot énorme. »,yous concevez quel immense trésor » Vous aurez là, tout seul , et sans partage. III. i5

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