ET LES TROMPETTES
Avec Francisque, illustre charlatan,
Gille et Paillasse un matin s^engagèrent ;
Donner la vogue à son orviétan ,
Fut le travail dont nos gens se chargèrent;
Bien entendu qu'à ce noble métier
Ils ne perdraient leur tems ni leurs paroles :
Francisque offrait un honnête loyer,
Et le prix fait , on partagea les rôles.
Bien équipés, en beau cabriolet.
Ils arrivaient sur la publique place : Au fond du char Francisque s'étalait; Sur le devant , messieurs Gille et Paillasse , Droits sur leurs pieds , se tournaient en tout sens. D'une trompette horriblement bruyante Faisant au loin entendre les accens , Gille d'abord rassemblait les passans ; Et puis Paillasse , à la troupe béante ^
Montrait, vantait les pommades, les eanx, Les ëlixirs , remèdes à tous maux , Et les paquets de poudre incomparable , Tonique, unique, impalpable, admirable , Et cœtera. Le bon peuple écoutait , Croyait Paillasse , et sur-tout achetait.
Remarquaient-ils que de leur assemblée Une partie ailleurs fût écoulée?
A la trompette alors on revenait ; C'était Paillasse à son tour qui sonnait ; Gille orateur, entassant les merveilles 9 Gesticulait , braillait , s'époumonnait , Citait les faits, les cures sans pareilles... Sur les badauds son parlage opérait, Et de nouveau la vente prospérait.
Mais , par malheur, la mésintelligence Chez le trio s'en alla fermentant.
De ses faiseurs Francisque mécontent , Leur reprochait froideur et négligence , Dé&ut d'esprit; de leurs cerveaux bornés n ne sortait qu'éloges mal tournés.
Paillasse et Gille affirmaient , au contraire , Que sur eux seuls roulait tout le débit , Et que Francisque en avait le profit; Qu'il ne ferait sans eux que de l'eau claire , Qu'il les volait, leur rognait leur salaire...
Bref, un beau jour la querelle éclata ; Devant le peuple , au milieu de la vente , III. 18