PAR JEAN-FRAWÇOIS DUOS
Mon ami , c^est donc là, dans cet humble hameau , Que, sur le vert penchant du plus joli coteau, S^offre à moi le jardin et la maison tranquille QuMUustra le séjour de Collin-d'Harleyille !
Là , d'un champ paternel que, pieux héritier, Pour les Muses , les mœurs , respirant tout entier , Le plus doux des mortels , mais doux avec courage , yécut aimé du ciel et béni du village !
Oui; c'est là qu'il conçut son aimable Inconstant; Son facile Optimiste , heureux , toujours content ; Ses Châteaux en Espagne , erreur douce et si chère ; Et l'amusant ennui du Vieux Célibataire , Allant au Luxembourg promener st% chagrins , Et sa madame lEvrard , si fatale aux cousins ! C'est là qu'il se cachait ; là , que de sa demeure Il descendait , pensif, vers les rives de l'Eure , Y trouvant , par Thaire et par Flore appelé , Quelque rôle enchanteur pour Contât et Mole.
Que de fois un vieux pâtre , une Lise naïve , Uont regardé de loin, dans leur joie attentive , Âpprentif jardinier , armé de lourds ciseaux, Tondre un mur de charmille, aplanir ses rameaux f Que de fois , variant ses douces promenades , Il vit de Maintenon les superbes arcades , Et plus loin , dominant dans le fond du tableau , Parmi des peupliers les tours d'un vieux château !
MaiS'Sur-tout il se plut sur les rives fleuries, Lieux du repos, du frais, des douces rêveries, Rappelant par leur grâce et leur simplicité Ses mœurs et ses écrits , pleins de naïveté.
Aussi ses vers charmans , sur notre heureuse scène. Nous ont-ils fait souvent retrouver La Fontaine. On vit Tair de famille. Oui , d'un humble jardin , D'un petit coin de terre appelé Mévoisin , Sortit, cher Ândrieux , déjà mûr pour la gloire, Le nom de notre ami , resté dans la mémoire , Dont tu gardes le buste où se plait à fleurir Un laurier , toujours vert , qui ne peut plus mourir.
Hélas ! quand, sous tes yeux , la bêche sur sa bière De son étroit asile eût fait rouler la terre , En peignant tes regrets , ses talens et ses mœurs , Par tes pleurs, Andrieux, tu fis couler nos plenrs.