‹ ŒuvresChapitre 161 sur 240 · DE DUCIS · texte numérisé non relu

DE DUCIS

Ta courus chez Houdon , Tun de nos PraxitMes , Dont le ciseau fameux , sous des traits si fidèles , Fit revivre , à leur gloire associant son nom , Molière , et La Fontaine , et Voltaire , et Buffon ; Qui , Tami de CoUin , sur sa figure éteinte , De ses traits à la mort a dérobé Fempreinte , Et dans la simple argile , au moins , nous Ta rendu. C'est à vous deux, amis , que ce bienfait est dû.

Gollin , né pour les champs , que le ciel fit poète j Que la grâce inspira , que Tamitié regrette , Devais-tu sous la tombe être sitôt caché ?

Par quels tendres liens tu lui fus attaché , Cher Andrieux ! tous deux simples et sans envie , Les mêmes goûts charmaient votre paisible vie. Je te vois près de lui , ton crayon rouge en main, Notant un manuscrit qui te supplie en vain.

De ta vocation j'y reconnais la marque. Exprès Dieu pour Collin te fit un aristarque Sûr , instruit, mais sévère. A sa campagne, hélas! Que de fois sur ses vers tu le désespéras!

« J'ai lu votre acte. — Eh bien ? — Il n'est pas net encore. » — Et le style ? — Un peu pâle ; il faut qu'il se colore. » — Ma grande scène , au moins , je la crois assez bien ? » -Moi, je vois qu'il y manque...-Eh ! quoi ionc ?-Presque rien » Il faut y revenir. — La patience s'use.

28o ÉPITRE

» — Bon ! la persévérance est la dixième muse.

» —Ce qu'on a fait sept fois, faut-il le répéter?

» — Sept fois, dix fois, vingt fois, on ne doit pas compter»

» —Cruel homme! — Au talent je me rends difficile,

» Si vous en aviez; moins...— Et moi, je suis docile.»

Le lendemain matin il revient : « La voilà f » Lisez, qu'en dites-vous ?— Ah ! très-bîcn; c'est cela. » Votre scène à présent doit réussir et plaire. » Je l'avais bien sentie. — Et vous l'avez fait faire. » — Tenez, lisez ce conte , afin de vous venger; » Critiquez , montrez-moi ce que J'y dois changea. » — Voyons, je trouve là plus d'un trait à reprendre... » — Prétez-moi quelques vers; je pourrai vous en rendre. >i D'une amitié parfaite , ô spectacle enchanteur , Que ne troubla jamais l'amour-propre d'auteur !

Ainsi Thomas et moi nous vivions comme frères. La mort rompit trop tôt des unions si chères. O sincère Andrieux ! je t'ai trop tard connu. Que Thomas , né si bon , si pur , tendre , ingénu ,, Thomas t'aurait aimé! Comme toi sans envie , Il veillait sur sa sœur, qui veillait sur sa vie. CoUin te manque, hélas ! }e le sens , }e le voi ;' Mais, va, je t'aimerai pour Collin et pour moi.

Oh !.de combien d'amis j'ai vu s'ouvrir la tombe f Nos jours sont un instant : c'est la feuille qui tombe.

DE DUClS. 281

Nous serons tous bientôt rendus aux mêmes lieux , Thomas , Ducis , Collin , Florian , Ândrieux ; Nous restons deux encor. Plus près de la nacelle , Me voilà sur le bord ; le vieux nocher m^appelle. Un nœud peut à la vie encor nous attacher :

C'est quelque bien à faire ; il faut nous dépécher. Moi , dans Part de Boileau , mon exemple et mon maître, Aux mœurs je puis, en vers , être utile peut-être.

J'ai besoin du censeur, implacable, endurci, Qui tourmentait Collin et me tourmente aussi. C'est à toi de régler ma fougue impétueuse , De contenir mes bonds sous une bride heureuse , Et de voir sans péril , asservi sous ta loi , Mon génie, encor vert, galoper devant toi.

Non , non ; tu n'iras point , craintif et trop rigide , Imposer à ma muse une marche timide.

Tu veux que ton ami, grand, mais sans se hausser. Sachant marcher son pas, sache aussi s'élancer. Loin de nous le mesquin , l'étroit et le servile. Ainsi , comme à Collin, tu pourras m'être utile.

Mais des Quintiliens l'art par toi professé , De jeunes auditeurs charme un essaim pressé.

Tu leur ouvres du beau toutes les avenues Que le vulgaire ignore , et qui te sont connues.

De réclat du faux or tu sais les garantir ,

Leur apprendre à bien voir, bien juger, bien sentir.

Ne crois pas que pour toi leur zèle ardent ignore Tes mœurs et tes écrits , dont PHélicon s^honore. Crois-tu qu'ils n'ont pas vu , sur la scène applaudis. Gais de verve et de traits , tes beureux Etourdis ? Sous son costume grec , sage aimable , et cœur tendre , Finement ingénu , sourire Anaximandre ?

Tes bonnes gens chercber dans leur pauvre vallon Brunette qu'en tes vers leur rendit Fénélon?

Ils aiment tes récits et ton charmant théâtre.

Mais si l'esprit nous plait, le cœur, on l'idolâtre. Oui , lorsque l'éloquence à tes chers npurrissons , Par ta voix, Ândrieux, va dicter &ts leçons.

Sais-tu ce qui sur-tout les instruit et les touche ? Ce ne sont pas les mots qui sortent de ta bouche , Ni du parlage adroit les secrets différens ; C'est toi-même, observé par leurs yeux pénétrans, Pour ta mère, chez toi', ta pieuse tendresse ; C'est ton culte attentif, tes soins pour sa vieillesse; Tes soins pour ta sensible et délicate sœur, Si douce envers sts maux , et si chère à ton cœur , Qui , sans bruit, aux vertus élevant tes deux filles. De ces objets d'amour , trésors de deux familles , Vient charmer tes regards, remplir tes bras, ton sein.

DEDUCIS. 283

O fraits d^nn chaste hymen , rappelé , mais en vain , Venez souvent offrir , aux yeux de votre père , L^air , la grâce , les traits, le cœur de votre mère!

Va , crois-moi ; va , le ciel mit des rapports touchans^ Et de longs souvenirs et des vœux attachans Entre Thomme sensible et Taimable jeunesse , Qui , d'éloquence avide et même de sagesse , S'adonne à son école et s'instruit doublement. C'est un contrat sacré , c'est un pacte charmant, Où par le tems 9 le cœur , les soins , la vigilance , Le bon Rollin du sang croyait voir l'alliance.

Je t'en réponds pour eux : ils t'aiment, t'aimeront; Et leur vive candeur te le dit sur leur front. Ils se croiront sans peine et long-tems sous ta vue ; Et si , dans un moment , quelque amorce imprévue Tentait leur cœur surpris d'un charme insidieux , Ils s'écrieront d'abord : Que dirait Ândrieux? Que leur dis-tu toi-même P Et quelle est ta maxime ? « Ayez toujours besoin de votre propre estime . » Mortel , respecte-toi ; mortel , sois convaincu , >» Sans ce respect sacré, que tu n'as pas vécu. » Vivras-tu si tu perds , l'ame au vice asservie , » Ce qui met seul du charme et du prix à la vie ? »

Ainsi , lorsqu'animant une utile leçon ,

i84 ÉPITRE DE DUCIS.

Tu montes leur esprit sur le plus noble ton , Ce vrai beau dans les arts quMls aiment , quMls admirent, C'est encor dans les mœurs ce vrai beau qu'ils respirent. Par toi leur cœur se forme avec leur jugement ; Leur pensée apprend l'ordre , et s'explique aisément. Leur langage , leur style et s'arrange et s'épure. Ton grand mot , le voici : « Restez dans la nature ; » Dans ses heureux sentiers , hélas ! trop peu battus , » Toujours marchent ensemble et talens et vertus. »

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