‹ ŒuvresChapitre 171 sur 240 · IMITATION D'HORACE · texte numérisé non relu

IMITATION D'HORACE

( NuUus argento color est, etc. Od. a , lir. II. )

Tout Tor du monde entier nMblouit point le sage ;

Il ne brille à ses yeux que par un bon usage.

Jouis , Froculeïus , d'un renom éternel ,

Toi qui pour ta famille eus un cœur paternel ,

Toi qui te dépouillas pour enrichir tes frères.

Des avides désirs surmontez les chimères ,

Et vous serez plus roi que si , passant les mers ,

Vous rangiez sous vos lois un nouvel univers.

En cédant à sa soif, Thydropique Taugmente;

Son désir satisfait renaît, et le tourmente ;

C'est cette horrible soif, c'est ce fatal désir,

Qui seul lui cause un mal dont il ne peut guérir.

Fhraate, qui remonte au trône de ses pères,

Va-t-il trouver, hélas ! des destins plus prospères?

Le vulgaire le croit; ce vulgaire insensé ,

Quels faux biens , quel faux dieu n'a-t-il pas encensé?

De la saine vertu le jugement solide

Avec plus de raison choisit et se décide;

Elle nomme héros, et glorieux vainqueur.

Le roi de ses désirs , le maître de son cœur,

Celui qui , triomphant d'une vaine apparence ,

Regarde les trésors avec indiff^ence.

IMITATION

DE l'eLEGIE onzième DU I*' LIVRE DE TIBULLE.

( Qëisfwit korrtndos primiu ^niprotuHi enses ? etc. )

Quel est-il, le cruel, dont la fatale main Forgea le premier glaive et la première lance ? Le barbare ! ah ! sans donte il eut un cœur d*airain. Par lui , Fart des combats , homicide science , Du trépas aux mortels abrégea le chemin.

Que son affreux génie a fait verser de larmes ! Mais non , tristes humains , n'en accusez que vous. Contre le tigre et Tours il inventa ces armes , Que notre bras coupable aiguise contre nous.

C'est le crime de Tor , métal riche et stérile ; Et rhomme plus heureux ignorait les combats , Quand sa table s'ornait d'une coupe d'argile. De murs et de remparts on ne l'entourait pas. Au milieu du troupeau paissant dans la prairie , Le paisible berger goûtait un doux sommeil.

Oh ! que les dieux alors n'ont-ils marqué ma vie ! La trompette jamais n'eût hâté mon réveil.

Le sang à mes côtés n'eil^t point rougi la terre. Des cruels , malgré moi , m'entraînent à la guerre ;

3o8 POÉSIES FUGITIVES*

Déjà quelque ennemi , monstre altéré de sang. Saisit le jayelot qui doit percer mon flanc.

Mes pénates chéris , veillez à ma défense, Yons dont l'œil protecteur garantit mes foyers , Vous qui , dans les beaux jours de ma première enfance , Me regardiez courir et jouer à yos pieds !

Ah ! ne rougissez point de votre forme antique ; La naïve candeur , la bonne foi rustique Régnaient chez nos aïeux , lorsque, sous d'humbles toits, Us adoraient des dieux faits de pierre ou de bois. On ne leur offrait point de pompeux sacrifices ; Quelques fleurs sufiisaient pour les rendre propices , Ou leur porter les vœux d'un cœur reconnaissant; Ils estimaient l'hommage» et non pas le présent.

O mes dieux paternels, acceptez mes offrandes ! Loin de nous , de la guerre écartez tous les traits; Un jeune agneau, paré de myrte et de guirlandes-. Couvrira votre autel , et paiera vos bienfaits.

Qu^ûn autre aux ennemis arrache la victoire ; J'aime mieux qu'à ma table , après ces jours d'effroi , Le guerrier désarmé , s'enivrant avec moi , De ses périls passés me retrace l'histoire.

Âh ! pourquoi de nos ans vouloir hâter le cours i La mort , à pas furtifs , s'avance tous les jours ; Il n'est plus de printems , plus d'été chez les ombres ; Mais une nuit profonde , une nuit sans amour , Et l'effrayante horreur de ces demeures sombres, Et l'eau noire du Styx qu'on passe sans retour.

POÉSIES FUGITIVES. Sog

Des mânes infernaux, troupe affreuse et plaintive , Gémissent , dispersés sur la fatale rive.

Oh ! plus heureux le sort du mortel ignoré Qui vieillit sous son toit , de ses fils entouré ! L'abondance y sourit , et le bonheur y brille ; Il aime , il est aimé d'une tendre £aunille.

Puissé-je ainsi blanchir , et dans Phiyer des ans , Me plaire à raconter les faits du bon vieux tems !

Que la paix cependant fertilise nos plaines ; La paix conduit le soc qui creuse nos sillons ; Elle échauffe et colore , au feu de ses rayons , Le nectar que Bacchus nous verse à tasses pleines. Dans sa cuve laissant son vin et sa raison ^ Sur un rustique char à la marche bruyante , Le vendangeur , le soir , ramène à la maison Sa famille de joie et de santé brillante.

La rouille a dévoré les casques et les traits ; Les amans seuls entre eux font la guerre ou la paix ; Vénus a ses combats , ses trêves , ses ruptures , Ses aimables fureurs, et ses douces blessures.

Viens donc, divine Paix, fais briller dans tes mains , Avec Tor des épis , la pourpre des raisins.

3io P0ÉSIE3 FUGITIVES.

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