‹ ŒuvresChapitre 172 sur 240 · L'HERMITE · texte numérisé non relu

L'HERMITE

TRADUCTION D*UN£ EOHANCE ANGLAISE D£ GOLDSSIITH. ^

« Dans cette nuit solitaire Où je marche à l'abandon , Sois mon ange tutélaire , Bon Hermite du vallon.

Calme ma terreur secrète ; La clarté qu'au loin je voî Me promet une retraite ; S'ouvrira-t-elle pour moi ?

» Crains, mon fils , répond THermite y Li'éclat trompeur de ces feux ; Qui les suit se précipite En des abîmes affreux.

L'étranger qui m'intercède , L'humble enfant de la douleur , Dans le peu que je possède , Trouvent la part du malheur.

» J'ai des fleurs , de la verdure, Et des fruits , dans leur saison ;

* Cette pièce se trouve dans, le joli roman du Vicaire de Waiejieli.

POÉSIES FUGITIVES. 3i

Au cristal d'une onde pure

Je vais puisant ma boisson.

Librement dans la prairie

Je laisse Tagneau bondir;

Le Ciel nous donna la vie; ,

y oudrais-je la lui ravir ?

» Viens; suis-moi dans ma chaumiire; Je f offre ce que je puis , Une natte hospitalière , Et rélite de mes fruits.

Viens , mon fils , et te repose ; * Chasse les soucis cuisans ; Nos besoins sont peu de chose, Et nous vivons peu d'instans ! »

» A la voix qui le console

Le voyageur s'attendrit; Dans son cœur , chaque parole S'insinue et le guérit.

Ils marchent vers la cabane ; L'ombre d'un feuillage épais Dérobe au regard profane Cet asile de la paix.

Tandis que la nuit plus sombre, Dans les coupables cités , Prête l'horreur de son ombre ^ Aux forfaits , aux voluptés , Sous son toit , le bon Hermite Accueille le pèlerin ,

3i2 POÉSIES FUGITIVES-

Et d'un air riant l'invite A son champêtre festin.

Mais rien ne peut faire trêve Aux ennuis du voyageur ; Son sein ému se soulève ; Ses soupirs partent du cœur»

Ablmë dans ses pensées , Il demeure sans parler ; De ses paupières baissées Des pleurs viennent à couler.

L'Hermite , qui voit ses larmes , Lui dit : « Jeune infortuné ^ Réponds ; à quelles alarmes Le Ciel t'a-t-il condamné ?

Pourquoi fuis-tu ta patrie ?

Qui t'en a donc éloigné ?

Est-ce une amitié trahie ?^ Est-ce un amour dédaigné ?

» Que sont les biens de ce monde ?

Des riens, des jeux, une erreur • Insensé l'homme qui fonde Sur une ombre son bonheur !

L^amitié n'est qu'un mensonge Qui flatte et qui fuit soudain; L'amour est encore un songe Plus doux , hélas ! et plus vain.

» Il n'est plus d'amis fidèles Qui le soient dans tous les tems ;

POÉSIES FUGITIVES. 3i3

Honnis chez les tourterelles Il n'est plus de vrais amans.

Méprise un sexe volage »

Mais tout-à'-coup la rougeur , Qui lui couvre le visage , A trahi le voyageur.

Le solitaire y prend garde , Et son œil , plus curieux , De son hôte qu'il regarde Parcourt les traits gracieux.

Comlj^ien sa' surprise augmente f Cet inconnu dans les pleurs Est une fille charmante Qu'embellissent ses douleurs.

« Pardonne , s'ëcria-t-elle , Ah! pardonne , homme de Dieu, Si de ma peine mortelle J'ose troubler ce saint lieu : Tu vois une infortunée Triste jouet de l'amour.

Peut-être suis-je amenée Par le Ciel en ce séjour.

» Chef d'une province entière , Mon père est riche et puissant ; J'étais la seule héritière , De ses biens et de son rang.

Pour moi beaucoup s'enflammèrent; Beaucoup m'ofiicirent des soins;

3i4 POÉSIES FUGITIVES-

Avec ardeur ils m^aimèrent Ou le feignirent du moitis.

» Mais , plus timide et plus tendre.

Le jeune Edvin me plaisait; Ses yeux se faisaient entendre , Quand sa bouche se taisait :

Si vertu faisait noblesse , Edvin devait nsdtre roi ; Son cœur était sa richesse , Et son cœur était à moi.

» Une fleur qui vient d'éclore, Le ciel , quand il est serein , Le jour naissant , sont encore Moins purs que le cœur d'Edvin.

Leur beauté , qu'un rien dérange , Souvent passe en ui| instant :

La fleur tombe, le ciel change; Mais Edvin était constant.

» Devais-je , contre sa flamme , M'armer de vaines froideurs ?

Quand je Taimais dans mon ame, Je Taccablais de rigueurs.

Hélas ! j'ai causé sa perte ; Loin de moi portant ses pas , Dans quelque forêt déserte Il a trouvé le trépas.

» Trop tard mon cœur le regrette ; Je le pleure nuit et jour ;

Je vais cherchant la retraite Qui fut son dernier séjour ; Et puisse une fin prochaine Y terminer mon malheur!

Edvin est mort de sa peine ; Je mourrai de ma douleur.

» Ne meurs point , » cria PHermite j La pressant contre son sein....

La belle reste interdite; Elle est dans les bras dTdyin.

(c Ângéline , toujours chère , Va , cesse de me pleurer :

Edyin, ton amant sincère , T'est rendu pour f adorer.

» Je revois tout ce que j'aime ; Angéline est dans mes bras :

Promets , ô mon bien suprême, Que pour Edvin tu vivras.

Jusqu'à notre heure dernière Nos cœurs seront pleins d'amour; Quand tu perdras la lumière , Ton Edvin perdra le jour. »

3i8 POÉSIES FUGITIVES.

Page 1