ACTE I, SCÈNE VIL 3j
j'aurais de plaisir à me jeter à son cou, et h lui dire : Je suis ton père!...
BELCOUR
Oh ! çà , mon cher correspondant , me voilà pour la première fois de ma vie en Angleterre , à la source de tous les plaisirs, de toutes les jouissances. Mon heureuse étoile m'a donné un immense revenu , et j'ai dans mon naturel de grandes dispositions à le dépenser.
STOCKW£;:.L.
Vous voulez dire sans doute à en faire usage , mais non pas à le dissiper.
BELCOUR
A le dissiper P... non pas précisément; mais à ne pas le ménager. Du reste , j'espère que je n'en ferai pas un mauvais emploi; j'aurai toujours en réserve la part que le riche doit faire à l'infortune ; monsieur Stockwell , je suis moi-même un enfant du malheur, vous le savez. . .
STOCKWELL, ♦
Vous , monsieur Belcour ?
BELCOUR
Sans doute ; j'ignore quel est mon père , et je n'ai nul espoir de le connaître jamais. . .
STOCKWELL,
pourquoi ?. . . Qui sait. . .
BELCOUR
Quelle apparence?... Je dois à la bonté, à la charité du vénérable M. Belcour la richesse dont je jouis; je ne garderai pas pour md seul ce bienfait; mais ,
Monsieur, mes passions, qui n'ont jamais été réprimées , ont sur moi un fatal empire ; elles me mènent où elles veulent; et bien souvent elles ne me permettent que des vœux stériles pour le bien que je devrais (aire , ou des regrets tardifs pour le mal que j'ai fait.
STOCKWELL.
Voilà au moins de la franchise; celui qui s'accuse lui-même si sévèrement doit parvenir à se corriger.
BELCOUR
Me corriger ? je Tai essayé quelquefois , mais c'est un travail dont je suis las ; je désirerais bien que quelqu'un voulût l'entreprendre... je me mettrais entre ses mains... Vous, par exemple , monsieur Stockwell ?
STOCKWELL.
Moi ! . . . vous croyez ?. . .
BELCOUR
Mais vou^ n'avez pas le loisir de prendre les fonctions de mon mentor.
STOCKWELL. *
Pourquoi ?
BELCOUR
Vous faites un commerce dans les quatre parties du monde , et cela est plus important pour vous que de conduire un jeune étourdi.
STOCKWELL.
Si vous me croyez capable de vou$ donner de bons conseils, je suis à vos ordres.