ACTE I, SCÈNE VIL
amas de marchandises sur yos quais t.. . quelle foule d^hommes dans vos rues ! à moins de marcher avec de Tartillerie en avant « aucun des travaux d^Hercule n'est aussi difficile que celui de s'ouvrir un passage à travers tout ce tumulte.
STOCKWELi:..
Je suis fâché que vous ayez eu tant de peine; cependant...
BELCOUR
Il faut que j'avoue qu'il y a un peu de ma faute. Accoutumé comme je le suis à commander à des esclaves , je ne suis pas très-patient. . . Entre autres mésaventures, voici ce qui m'est arrivé. J'avais pris d'abord une voiture de place , et j'avais ordonné au cocher d'aller à toutes jambes... ; il s'est trouvé arrêté par un chariot rempli de pierres , qui aurait pu se ranger aisément et rendre la rue libre. Le conducteur s'obstinait à rester en place... Je me suis âché; et , mettant la tête à la portière, je l'ai appelé coquin.. . «Vous avez raison, m'at-il dit , je suis un coquin , et vous un honnête homme , car vous êtes en carrosse, et je suis à pied. — Fort bien, mon ami , lui ai-je répondu ; vous venez de me donner une fort bonne leçon , et que je dois payer. » Je lui ai offert une guinée qu'il a prise, et je l'ai aidé moimême à ranger son chariot. Mon action a été fort applaudie d'une foule de regardans. . .
STOCKWELL.
Si je m'étais trouvé là , j'aurais joint mes applaudis-: semens aux leurs.
BELCOVR.
Il y en a eu un pourtant de mauvaise humeur , ou qui B^ayait pas bien vu Taffaire ; il m^a insulté , m'a mis en colère , et je Tai rossé d'importance , non pas sans recevoir quelques coups qui ont endommagé ma toilette* et qui m'ont obligé d'en faire une autre pour me présenter devant vous. Mais j'ai encore eu l'avantage dans ce combat ; et , comme j'ai renversé mon homme , les rieurs se sont mis de mon côté , sur-tout lorsqu'après l'avoir relevé je lui ai donné de quoi boire largement à ma santé , et cela pour lui prouver que je n'avais point de rancune. Ensuite , j'ai continué ma route à pied , pour aller plus vite.
STOCKWELL.
Fort bien. J'ai envie de vous faire des excuses pour la brutalité de notre peuple...
BELCOUR
. Vous pouvez vous en dispenser ; si je n'étais qu'un simple voyageur, je pourrais désirer de trouver ici des manières plus polies ; mais je ne hais pas cette âpfeté énergique ,% cette rudesse mâle de mes compatriotes anglais; ils jouissent avec un peu d'excès de leur liberté , mais ils la conservent , et je participe avec eux à ses avantages ; cela vaut bien que l'on passe sur quelques désagrémens. N'est-ce pas, monsieur Stockwell?
STOCKWELL.
Vous ayez parfaitement raison. (ApMt) Oh! que