CONTRAT DE MARIAGE
Aiipanvant le notaire y passa ; Dont Belph^gor , se moquant en son ame, OH ! disait-il , on achète une femme Comme un ch&teaa ! ces gens ont tout gât^.
Il eut raison. Otei d'entre les hommes La simple foi , le meilleur est 6té.
La FOHTAINK.
Chez un de nos anciens jurisconsultes , célèbre par ses lumières , par sa probité sévère , et par ses quaUtés aimables , se présenta ces jours derniers un charmant couple de jeunes gens ; le garçon pouvait avoir vingt-cinq ans ; la fille en paraissait dix-huit. Tous deux venaient consulter Thomme de loi.
Celui-ci les fait asseoir , et demande au jeune homme * ce qui l'amène. «Je suisBercel, le fils d'un de vos anciens amis.... — Ah! c'est vous, mon cher enfant!.... Mon amitié pour votre jpère date de loin : il y a trente ans en* vîron que j'ai dressé les conditions de son contrat de mariage. Comment se porte-t-il ? — Assez bien , reprit le jeune homme ; cependant il est retenu à Dijon par un accès de goutte. En son absence , aurez-vous la bonté
de remplir sa place , et de donner des conseils paternels à son fils ? Il s'agit de me rendre à peu près le même service que vous lui rendîtes il y a trente ans ; vous voyez ma future. »
La jeune personne avait les yeux baissés ; et ses joues devinrent toutes rouges.
« Eh bien ! dit le bon avocat , eh bien ! mes enfans , je suis à vos ordres ; entrons en matière ; discutons vos intérêts , ceux de vos famille^. — Comment ? nos intérêts ! s'écria Bercel d'un air de surprise , il s'agit de nous unir; ce n'est pas un marché que nous voulons faire : c'est un mariage. — Pourquoi donc , reprit le jurisconsulte , si vous ne voulez pas faire de stipulation d'intérêt , venir consulter un honune de loi ? Pourquoi dresser un contrat de mariage ? — Vraiment , nous aurions pu nous en dispenser , peut-être. Permettez-moi , Monsieur , de vous parler franchement : je viens chez vous pour obéir à mon père , qui m'a écrit de faire un contrat de mariage , et de vous prier d'en dresser les articles. Pour moi , je ne croyais pas cela fort nécessaire. Personne ne peut mieux savoir que nousmêmes à quelles conditions nous voulons nous épouser ; aussi vous dirai-je que notre projet de contrat est tout prêt , et que nous venons seulement vous le communiquer et vous en demander votre avis. — Est-ce que vous avez fait ce projet vous-même ? — Oui , Monsieur. — Vous connaissez apparemment les lois ? vous entendez les affaires ? — Moi , en aucune foçon ; je suis impri-
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meur. — Mais comment ?. . . — Je vais vous surprendre davantage : dans le projet que vous allez lire ^ il y a plusieurs articles qui sont d^elle , de ma future; il était bien juste qu^elle y mit du sien. EiLun mot , il est peu question dUntérêt dans nos articles; ils sont faits pour régler Tunion de bons cœurs qui s'aiment , d'amans qui s'épousent. Nous les avons déjà lus à la digne mère de Sophie , qui les a approuvés. Je vous connais assez de réputation , Monsieur , pour être persuadé d'avance qu'ils obtiendront aussi votre suffrage ; j'ose même compter sur votre médiation pour faire agréer à mon père que je ne fasse point d'autre contrat de mariage que celui-ci. »
Le consultant avait été d'abord étonné ; ensuite il avait applaudi intérieurement aux idées de l'aimable jeune homme , et pour avoir le plaisir de les lui entendre développer davantage , il prit le rôle de contradicteur. «c Voyons donc ces beaux articles!.... dit-il; serait-il possible que vous eussiez oublié Vexclusion des dettes Vun de Vautre contractées avant le mariage , rapport Ue cha-cun des futurs , la mise en communauté, le préciput , le douaire , la stipulation des propres , la clause du remploi?, .. — Ah ! de grâce, interrompit Bercel, épargneznous ces mots barbares où nous n'entendons rien; toutes ces clauses , toutes ces précautions ennemies par lesquelles deux familles , au moment même où elles s'unissent , semblent s'avertir qu'elles se craignent et se méprisent , tout cela préyient-il les fraudes , les discus-
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sions Y les procès ? J'ai eiitenda dire qu^aa contraire c'en est la source ëtemelle«
Les si , les car, les contrats sont la porte Par ou la noise entra dans Tunivers.
» Nous tâcberons au moins , |Sophie et moi , qu'elle n'entre pas chez nous. Voyez si nous nous y sommes bien pris pour Feu écarter. Yoici notre contrat de mariage.
Il donna alors à lire à Tayocat les articles suiyans :
ARTICLE PaSMIEft.
Nous aimant bien et depuis long-tems , et nousi con« naissant assez pour être certains que Tnn de nous deux ne peut être heureux que par Tautre , nous nous unissons pour vivre toujours ensemble en bons époux et en bons citoyens. Elle sera moi, et je serai elle; il sera moi y et je serai lui,