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TOUS ENSEMBLE

Tôt pariter péhti et tinlôuiaiula dièar

Pitlsari»...

JovBHAL , sat. VI.

Il semble, aux sons perçans de lears confuses ▼oix^ Qu'on entende tinter -vin^ cloches à-ln-fois.

( Extrait du journal d'un voyageur américain à Paris. )

i, Un des défauts que je remarque chez les

Parisiens , c'est la manie de vouloir converser ensemble , sans s'écouter , sans se répondre , et de parler plusieurs à-Ia-fois. J'ai déjà été invité à dîner dans plusieurs maisons; pour peu qu'il y ait dix à douze personnes à table , il s'établit y vers la fin du repas , an moins trois ou quatre conversations , ou plutôt chacun fait la sienne ; ce qu'il y a de pis , c^est qu'il n'est pas un convive qui ne parle très-haut , comme s'il avait la prétention d'être seul entendu : c'est un bruit à devenir sourd. Il en est de même dans les assemblées , dans les cercles : vient-on à citer un fait ? chacun le raconte aux autres ; à élever une question ? chacun en dit son avis ^

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chacun veut montrer de Pesprit et occuper de soi les auditeurs.

Jugez quel effet désagréable doit produire ce tapage « sur un homme accoutumé aux assemblées silencieuses des amis ' ; aussi , me £sûsant en moi-même une rétraite ^ je me livre souvent à la méditation au milieu de ces cohues , ce qui m>st d^autant plus facile , que chacun ne songeant qu'à ce qu^il dit , fait fort peu d'attention à son voisin. Je me rappelle alors avec une douce émotion nos soirées charmantes , quand , rassemblés autour de la table à thé , nous restons souvent un quart-d'heure sans dire un seul mot. Personne parmi nous n'est empressé de prendre la parole ; on ne parle que quand on a quelque chose i dire ; aussi la conversation est- elle toujours intéressante , souvent instructive , quelquefois gaie , jamais bruyante : c'est que les amh sont gens de beaucoup de réfieidon, et de peu de mots ; mais, à Paris , comme l'a dit un homme d'esprit , le parler gaie ta convenaiion.

Je suis surpris que chez un peuple qui se pique de politesse , on manque à ce point de savoir vivre ; car , enfin, qu'y a-t-il de plus incivil que de ne point écouter celui qui parle , de l'interrompre sans cesse , de cou* vrir sa voix impitoyablement ? N'est-ce pas comme si on lui disait : « Taisez-vous ; je ne fais pas le moindre

> Ce yoyageur est apparemment de la secte des quakers. Les quakers s'appellent entre eux, et nomment tous ceux à qui ils parlent, amis.

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passe des scènes à peu près semblables , mais qui entradnent de plus funestes conséquences.

Combien de déterminations d'une haute importance ont été prises au milieu des cris et du tumulte P N'est* il pas déplorable de penser que les destinées de tout un peuple ont pu être décidées dans un assaut de poitrine , et par un combat de poumons ? Cela fait frémir , surtout quand on pense que souvent la nature n'accorde le bon sens , la réflexion et le jugement qu'en raison in- .irerse de la force physique ; souvent aussi le ^t fait grand bruit , tandis que le sage se tait , ou si celui-ci essaie de parler , sa voix douce et modérée est bientôt couverte par les clameurs de l'extravagance menaçante et furieuse. Des Français m'ont dit que telle révolution

qui a changé la face de leur gouvernement , et les a ac--

câblés de malheurs sans nombre , n'a peut-être tenu qu'au bruit qui a étouffé une opinion sage , qu'au tu^ multe qui a empêché d'entendre et de suivre un bon avis. Ce soir même , je viens d'empêcher deux honnêtes Parisiens d'avoir ensemble une affaire sérieuse , et peutêtre de se casser la tête ou de se couper la gorge ; ils se contredisaient avec aigreur ; une répartie n'attendait pas l'autre; je m'aperçus qu'ils étaient si échauffés et s'écoutaient si peu réciproquement , que dans des termes différens ils soutenaient tous deux la même opinion ; je me suis éloigné d'eux un moment ; j'ai déchiré deux feuilles de mes tablettes , et après y avoir écrit quelques mots, j'en ai présenté une à chacun des deux adversaires.

« Àtni , ai* je demandé , n'est-ce pas là ta proposition ? — C'est ce que je veux , et ce qu'il ne veut pas , a dit l'un. — C'est ce que j'entends , et ce qu'il me conteste , a répondu l'autre. » Je les ai priés alors de rapprocher les deux feuilles de papier ; ils ont vu avec surprise que toutes deux contenaient précisément la même chose , et que par conséquent ils étaient parfaitement d'accord sans s'en douter. Us n'ont pu s'empêcher de rire ; je les ai fait s'embrasser , et je suis revenu chez moi écrire dans mon 'journal ces réflexions sur la manie de parler plusieurs à-la-fois , et le danger de ne pas écouter.

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