ACTE m, SCÈNE Xy
BELCOOB.
Pardon ; mais c'est une aventure dont il me semble que je ne dois pas... que je n'oserais yous entretenir...
Vraiment!... mais je devine alors de quoi il s'agit; voilà qui justifie une partie de vos remarques; vous avez ëtébien prompt à vous laisser cbarmer; vous avez déjà fait un choix ?
BELCOUR
Un choix ? non. Un choix suppose quelques réflexions^ et il n'y en a eu aucune de ma part. J'ai ëtë surpris , vaincu, en un instant, avant de connaître même l'aimable vainqueur qui m'a subjugué.
CHARLOTTE
Vous piquez ma curiosité ; allons , faites-moi votre confidence; vous pouvez compter sur ma discrétion.
BELCOUR
Je vous ai déjà dit que je n'oserais. . .
CHARLOTTE
Je l'exige ; que je sache au moins à qui vous avez donné mes diamans ; je vous le pardonne à cette condition.
BELCOUR
Eh bien!... c'est à une jeune personne nouvellement arrivée de province , toute charmante ; je la connais bien peu , comme vous pouvez croire ; elle loge dans Piccadilly , chez un libraire nommé Fulmer.
i3o LE JEUNE CRÉOLE.
CHARLOTTE
CkezFiiImer, dites-vous ?. . . singulière rencontre t. . . Serait-ce iniss Louisa Dudley ?. ..
BELCOUR
C^est son nom , ou celui qu'elle se donne. Sa position malheureuse la rend encore plus intéressante; des parens durs et cruels. . .
CHARLOTTE
Il est vrai qu'elle n'a pas à se louer de toutes les personnes de sa famille.
BELCOUR
Qu'est-ce , Madame? vous la connaissez?
CHARLOTTE
Dispensez-moi , quant à présent , de vous en dire davantage. (A part.) D faut auparavant que j'aie éclairci le fond de cette aventure.
BELCOUR
Puis-je me flatter qne vous ayez fait grâce à la légèreté de ma conduite ?
CHARLOTTE
N'en parlons plus. Ainsi c'est à miss Louisa que vous avez donné mes diamans "i, . . Et elle les a reçus ?
BELCOUR
Je l'espère , et je le désire.
Et moi , j'en doute. Il y a là quelque cbose que je ne puis comprendre.