‹ ŒuvresChapitre 187 sur 205 · LA DUCHESSE DE LA ROCHEFOUCAULD A LBNET · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE DE LA ROCHEFOUCAULD A LBNET

Ce 29* noyembre [i65a].

M0N8IBUB,

La continuation de votre maladie me donne beaucoup de déplaisir ^ et très-grande curiosité de savoir de vos nouvelles.

zi. Dam les Maniuerits de Lenetj d^où est tirée cette lettre, ainsi que tant d^autrei de notre recueil, il s'en trouve deux, autographes, écrites à Lenet par Honoré Courtin (voyez ci-dessus, p. 74, 1a note 8 de la lettre a6), qui, par leurs dates, 18 [septembre] et a octobre [i65i], se placent entre cette lettre 17 et la lettre 18. Ti'une est au tome VI, fol. i5 (elle a été insérée par M. Paulin Paris dans son commentaire de Tallemant des Réaux, tome V, p. 3o9); Tautre est au tome X, fol. 11 et la*. Elles sont relatives aux dissensions de la petite cour du prince de Contj à Bordeaux, et très-vives contre Sarasin, secrétaire des commandements de ce prince, et protégé par Mme de Longueville. Il y est parlé de la Rochefoucauld comme étant très-irrité, lui aussi, contre Sarasin, que Courtin appelle un dangereux ennenù, « Je dis dangereux, ajoutet-il, à cause de la protection qu'il a {de Mme de Longueville) ; si elle lui manquoit, il ne seroit pas fort à craindre, et je pourrois tenir les manteaux ^ de MM. de la Rochefoucauld et de Guitaut, qui ont dessein de faire tomber quelque grêle sur ses épaules. »

LKirmx 18. — Manuscrits de Lenet^ tome X, fol. s44 ^^ ^4^1 <^U' tographe, sans suscription.

I. L*orthographe de la duchesse se distingue par cette liberté, alors si commune, dont les exemples abondent dans certaines de nos lettres : voyez, entre autres, la lettre 3 de cet appendice^ ci»

« La première n*a pas de suscription ; celle de la seconde est : « A Monsieur Monsieur FAiné, conseiller du Roi en ses conseils d^État et pri^é, à Bordeaux. ■

^ Sur cette locution : « tenir les manteaux » de ceux qui commettent un acte de violence et s^en rendre ainsi complice, le faciliter, comme saint Paul qui tenait les manteaux des JuiCi lapidant saint Etienne, vojet le Dictionnaire de M* MÀttréf à Tarticle BIaxtiau, i*, et Texemple de Voltaire qui y est cité.

APPBNDICB L %6g

Céêt pourquoi j'ai ouvert la lettre que voui avex fait rhoimeur d'écrire à M. de la Rochefoucauld, où je vois que vous ne vous lasser point de l'obliger, et, quoique vos propres maux soient très-grands, vous ne laissez pas de sentir ceux de vos serviteurs. En vérité, Monsieur, cela est bien extraordinaire, et il (aut que votre vertu soit bien ëpurde, puisque ractiame* ment que l'on a contre M« de la Hochefoucauld et son malheur oe vous donne point plus mauvaise opinion de lui. Après r<$preuve d'une aussi longue pers<^cution que celle qu'il souffre, je veux croire que le monde de votre cour ' se repentira quelque jour d'en user comme ils font, et il nous est bien avantageux que nos intérêts soient soutenus par une personne comme vous. Je no prétends pas vous faire des compliments de tout le passé : je vous demande seulement la continuation de vos bontés.

J'envoirai votre lettre à M. do la Rochefoucauld, qui est bien près de Monsieur le Prince, s'il n'est déjà arrivé auprès de lui'. Vous ave/, bien su comme il a voit demandé une sûreté pour demeurer ici se faire traiter, ou un passe'|)ort pour aller che/^ lui en attendant la saison de travailler à ses yeux ; mais l'on n'a pas jugé à propos de faire ni l'un ni l'autre sans qu'il signât l'amnistie ^ Il a donc mieux aimé s'en aller, avec un eril dont il ne voit pas use conduire, et avec l'autre fort menacé du même mal, que de faire ce que la cour demandoit de lui ;

drMus,p. 93 1, note 3. Klle écrit : bêaueoub de dtpUsir\ quatre lignri plus bas, Uiiêi^ pour talufi \ puii so'ust^ pour soit ; ên¥oiré^ pour 9n¥oirai ; tamnestit^ pour C amnistié \ pennt^ pour peint ; /Vi///, pour failli ; change rt porte ^ pour changent et portent ; plaisent ^ pour plëUant ; cette état ; ort^ pour hors»

s. L41 cour frondeuse de Bordeaux : royet p. %6S^ la note 1 1 de la lettre précédente.

3. 11 était parti le vendredi 99 novembre, huit jours avant la date de cette lettre-ci : royei ci-dessus, les lettres 4o ei 49, ei particulièrement, p. 116 et 118, les notei 6 et 1 3 de la 4s*.

4. CVit-à-dire se loumft aux conditions impoiéei par la déclaration d^amnistie que le Roi avait envoyée de Compiègne immédiatement avant sa rentrée k Parii, laquelle avait eu lieu le si oc* tobre. \oyei, les Hémoires de Mme de Hotteville^ tome IV, p. 34 ; et Madame de Longueville pendant la Fronde^ p. 973 et 974*

tttSa

s6Sa

et ce n'a pas été sans beaucoup de peine que ses amis lui <mt fait avoir un passe-port pour aller joindre Monsieur le Prince. Enfin il Ta eu, et, après avoir eu la peine de se cacher une nuit dans Paris et en avoir passe une aux champs* sans se coucher, pour être plus prêt à se sauver, il est parti, et s'en va droit à Tarmëe de Son Altesse, où il séjournera deux jours au plus; de là, il ira à DamvilUers pour voir sa sœur', qui a failli à mourir. Il n'y séjournera que fort peu et prendra sa route à Bruxelles, en attendant que les choses changent ou qu'il soit en état de servir : car présentement une seule ma* tinëe de brouillard seroit capable de le rendre aveugle. Il a plus de coiffes et de bonnets que les vieilles n'en portent, et des lunettes avec des verres : enfin cela est plaisant de le voir équipé comme il est. Pour moi, j'ai toute la douleur que je puis avoir de l'avoir vu partir en cet état. II a envoyé quérir mon fils', qui n'aura pas été trop longtemps hors du service, puisqu'il n'y a pas deux mois que Monsieur le Prince est parti, et Monsieur son père ne l'avoit envoyé chez lui que pour lui donner un peu de repos, après une aussi rude campagne que celle qu'il a voit faite et une aussi grande maladie que celle qu'il a eue*. Je vous mande tout ce détail, Monsieur, parce que je suis persuadée que vous l'aurez agréable. Si je savois quelque nouvelle, je vous en ferois part ; mais je ne songe plus qu'à me retirer à la Rochefoucauld *. En quelque lieu que je sois, vous y aurez toujours, Monsieur,

Une très-humble et très-affectionnée servante,

À. DB VlVOITNB.

Page 1