‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 32 sur 59 · U?R£ VIII · texte numérisé non relu

U?R£ VIII

aoicétres, et qui s'en était fait le génie domestique pendant l'ingrate absence des amis de ma famille. J'aimais à retrouver pour successeur sous mon toit héréditaire , non les fils indifférents des hommes, mais une paisible génération d'arbres et de fleurs : la conformité des destinées , qui semblait exister entre moi et le magnolia demeuré seul debout parmi ces ruines , m'attendrissait. N'était-oe pas aussi une rose de magnolia que j'avais donnée à la fille de Lopez , et qu'elle emporta dans la tombe ?

« Plein de ces pensées qui font le charme intérieur de Tâme, je songeais à rétablir ma hutte ^ à consacrer le magnolia à la mémoire d'Atala , lorsque j'entendis quelque bruit. Un sachem , aussi vieux que la terre , se présente sous les lierres de la porte : une barbe épaisse ombrageait son menton , sa poitrine était hérissée d'un long poil semblable aux herbes qui croissent dans le lit des fleuves ; il s'appuyait sur un roseau ; une ceinture de joncs pressait ses reins , une couronne de fleurs de marais ornait sa tête , un manteau de loutre et de castor flottait suspendu à ses épaules ; il paraissait sortir du fleuve, car Teau ruisselait de ses vêtements , de sa barbe et de ses cheveux.

« Je n'ai jamais su si ce vieillard était en effet quelque antique sachem , quelque prêtre instruit de l'avenir et habitant une ile du Meschacebé , ou si ce n'était pas Pancêtre des fleuves , le Meschacebé lui-même. « Chactas , » me dit-il d'un son de voix semblable au bruit de la chute d'une onde , « cesse « de méditer le rétablissement de cette cabaiTe. En dîsputeras- « tu la possession contre un génie , 6 le plus imprudent des « hommes? Crois-tu donc être arrivé à la fin de tes travaux, u et qu'il ne te reste plus qu'à t'asseoir sur la natte de tes « pères .^ Un jour viendra que le sang des INatchez... »

« Il s'interrompt, agite le roseau qu'il tenait à la main , me lance des regards prophétiques, tandis que , baissant et relevant la tête , sa barbe limoneuse frappe sa poitrine. Je me prosterne aux pieds du vieillard; mais lui , s'élançant dans le fleuve, disparaît au milieu des vagues bouillonnantes.

LES NATCHBZ. 13

146 tKS natguez.

n Te n'osai violer les ordres de cet homme ou de ce génie.) et j'allai bâtir ma nouvelle demeure sur la colline où ta la vois aujourd'hui. Adario revint du pays des Iroquoîs ; je travaillai avec lui et le vieux Soleil à Tamélioration des lois de la patrie. Pour un peu de bien quej'ai faît, on m'a rendu beauconp d'amour.

« J'avance à grands pas vers le terme de ma carrière : je prie le ciel de détourner les orages dont il a menacé les !Nat>chez , ou de me recevoir en sacrifice. A cette fin je tâche de sanctifier mes jours , pour que la pureté de la victime soit agréable aux génies : c'est la seule précaution que j*aie prise contre l'avenir. Je n'ai point interrogé les jongleurs : nous devons remplir les devoirs que nous enseigne la vertu , sans rechercher curieusement les secrets de la Providence. Il est une sorte de sagesse inquiète et de prudence coupable que le ciel punit. Telle est, ô mon fils, la trop longue histoire d« vieux Chactas. »

Page 1