LIVRE ONZIEME
Sur une colline , à quelque distance du champ de bataille , s'élevait un sycomore dont la cime était couronnée : tous les soirs des milliers de colombes se venaient percher sur ses rameaux desséchés. Ce fut au pied de cet arbre que le commandant de l'armée française résolut de passer la nuit , et d'assembler le conseil des officiers, pour délibérer sur le parti qui restait à prendre.
Le bûcher du bivouac est allumé ; des sentinelles sont placées à diverses distances , et les chefs arrivent aux ordres de Chépar. Ils forment un cercle autour du foyer des veilles. On voyait, à la lueur des flammes, les visages fatigués et poudreux , les habits déchirés et sanglants , les armes demibrisées , les casques fracassés , les chapeaux percés de balles, et tout le noble désordre de ces vaillants capitaines , tandis que les colombes , fidèles à leur retraite accoutumée , loin de fuir les feux , se venaient reposer avec les guerriers.
La résistance inattendue des Sauvages avait effrayé le commandant du fort Rosalie : il commençait à craindre de s'être laissé trop emporter à l'humeur intéressée des colons. Il avait livré le combat sans en avoir reçu l'ordre précis du