LIV&E X
eliaeebé, des chevaux abattus ou erraot à Faventure, des caissons , des affûts et des canons renversés , des armes et des drapeaux abandonnés , des groupes déjeunes Sauvages immobiles , et quelques sachems isolés , dont la tête chauve et mouillée jetait une pâle lumière. Ainsi , du haut de la forteresse de Memphis, quand le ]Nil a surmonté ses rivages, on découvre, au milieu des plaines inondées, quelques palmiers à demi déracinés, des ruines qui sortent du sein des flots, et le sommet grisâtre des Pyramides.
Bientôt ce qui reste des tribus se retire vers les bocages de ia Mort. Outougamiz , en pénétrant dans l'enceinte sacrée , entrevoit, assis sur un tombeau , un guerrier couvert de sang. Le frère de Céluta s'arrête : « Qui es tu ? dit-il : es-tu l'âme « de quelque guerrier tpmbé aujourd'hui sous le tomahawk « d'Areskoui, en défendant les foyers de nos pères ? »
L'ombre incHnée ne répond point ; le grand prêtre survient, et s'avance vers le fantôme avec des évocations. Les Sauvages le suivent. Soudain un cri : « Un homme blanc ! un homme « blanc! »
D'Artaguette, blessé dans le combat et perdu dans la nuit, s'était réfugié aux tombeaux des Sauvages. Outougamiz reconnaît le Français contre lequel il a combattu , le Français protecteur de Céluta , le Français ami de René. Touché des malheurs de d'Artaguette , et désirant le sauver, il le réclame comme son prisonnier. « Je ne souffrirai point, s'écrie-t-il , « que l'on brûle ce suppliant. Quoi! il aurait vainement « demandé l'hospitalité aux tombeaux de nos aïeux ? il aurait « en vain cherché la paix dans le lieu où toutes les guerres c finissent .î> Et que dirait René du pays de l'Aurore, le fils « adoptif du sage Chactas, cet ami qui m'a donné la chaîne « d'or.? Va, me dirait-il, homme cruel, cherche un autre « compagnon pour errer dans les vallées ; je ne veux point de a commerce avec les vautours qui déchirent les infortunés. » « Non , non , je ne descendrai point chez les morts avec un « pareil grain noir dans le collier de ma vie. »
Ainsi parlait le frère de Céluta. L'inexorable Adario or-
donne que Ton saisisse le guerrier blanc , et qu'il soit réservé au supplice du feu. Chactas avait fait abolir cet affreux usage ; mais le vénérable sachem était prisonnier au fort Rosalie , et les Indiens irrités n*écoutaient que la vengeance. Les femmes qui avaient perdu leurs fils dans le combat entouraient l'étranger en poussant des hurlements : telles les ombres se pressaient autour d'Ulysse, dans les ténèbres Qmmériennes, pour boire le sang des victimes; tels les Grecs chantaient autour du bûcher de la fille d'Hécube , immolée aux mânes de l'impitoyable Achille.