DU PAYS DES NATGHEZ
l'indigo saarage. On n'en a pas encore fait l'épreure , mais il y a beau> coupd*apparence qu'il ne réussira pas moins que celui qu'on a trouvé dans nie de Saint-Domingue, où il est aussi estimé que celui qu'on y a transplanté d'ailleurs; et puis Texpérience nous apprend qu'une terre qui produit naturellement cette plante est fort propre à porter rétrangère qu'on y veut semer.
Le grand village des Natchez est aujourd'hui réduit à fort peu de cabanes; la raison qu'on m'en a apportée ést*que les Sauvages, à qui leur grand chef a droit d'enlever tout ce qu'ils ont , s'éloignent de lui le plus qu'ils peuvent; et par là plusieurs bourgades de cette nation se sont formées à quelque distance de celle-ci. Les Sioux , leurs alliés et k« nôtres, en ont aussi établi une dans leur voisinage.
Les cabanes du grand village des Natchez , le seul que j'aie vu , sont en forme de pavillon carré , fort basses , et sans fenêtres ; le faite est arrondi à peu près comme un four. La plupart sont couvertes de feuilles et de paille de maïs; quelques-unes sont construites d'une espèce de torchis qui me parut assez bon, et qui est revêtu en dehors et en dedans de nattes fort minces. Celle du grand chef est fort proprement crépie en dedans; elle est aussi plus grande et plus haute que les autres , placée sur un terrain un peu élevé , et isolée de toutes parts. Elle donne sur une grande place, qui n'est pas des plus régulières, et a son aspect au nord. J'y trouvai pour tout meuble une couche de planches fort étroites, élevée de terre de deux ou trois pieds : apparemment que quand le grand chef veut se coucher, il y étend une natte ou quelque peau.
Il n'y avait pas une âme dans le village : tout le monde était allé dans une bourgade voisine , où il y avait une fête , et toutes les portes étaient ouvertes ; mais il n'y avait rien à craindre des voleurs , car il ne restait partout que les quatre murailles. Ces cabanes n'ont aucune issue pour la fumée; néanmoins , toutes celles où j'entrai étaient assez blanches. Le temple est à côté de celle du grand chef, tourné vers l'orient, et à l'extrémité de la place. Il est composé des mêmes matériaux que les cabanes, mais sa figure est différente; c'est un carré long, d'environ quarante pieds sur vingt de large, avec un toit tout simple, de la figure des nôtres. Il y a aux deux extrémités comme deux girouettes de bois, qui représentent fort grossièrement deux
La porte est au milieu de la longueur du bâtiment, qui n'a point d'autres ouvertures; des deux côtés il y a des bancs de pierre. Les dedans répondent parfaitement à ces dehors rustiques. Trois pièces de
LES NATCnEZ. . 37
4^4 DBSCBIPTION
bois, (}ui se joignent par les bouts, et qui sont placées en triangle, oii plutôt également écartées les unes des autres, occupent presque tout le milieu du temple, et brûlent lentement. Un Sauvage, que Ton appelle le gardien du temple , est obligé de les attiser et d*enipécher qu'elles ne s'éteignent. S'il fait froid , il peut avoir son feu à part; mais il ne lui est pas permis de se chaufler à celui qui brûle en l'iionneur du Soleil. Ce gardien était aussi à la fête ; du moins je ne le vis point, et ses tisons jetaient une fumée qui nous aveuglait.
D'ornements, je n'en vis aucuns, ni rien absolument qui dût me (aire connaître que j'étais dans un temple. J'y aperçus seulement trois ou quatre caisses rangées sans ordre , où il y avait quelques ossements secs , et par terre quelques têtes de bois un peu moins mal travaillées que les deux aigles du toit. Enfirf , si je n'y eusse pas trouvé du feu , j'eusse cru que ce temple était abandonné depuis longtemps , ou qu'il avait été pillé. Ces cônes enveloppés de peaux , dont parlent quelques relations; ces cadavres des chefs , rangés en cercle dans un temple tout rond , et terminé en manière de dôme ; cet autel , etc. ; je n'ai rien vu de tout cela : si les choses étaient ainsi du temps passée elles ont bien changé depuis.
Peut-^tre aussi ( car il ne faut condamner personne que quand il n'y a aucun moyen de l'excuser ), peut-être, dis-je , que le voisinage des Français a fait craindre aux Natchez que les corps de leurs chefs et tout ce que leur temple avait de plus précieux ne courussent quelque risque, s'ils ne les transportaient pas ailleurs; et que le peu d'attention qu'on apporte présentement à bien garder ce temple vient de ce qu'on l'a dépouillé de ce qu'il avait de plus sacré pour ces |)euples. Jl est pourtant vrai que, contre la muraille, vis-à->vis de la porte, il y avait une table dont je ne pris pas la peine de mesurer les dimensions , parce que je ne soupçonnais point que ce fût un autel : on m'a assuré depuis qu'elle a trois pieds de haut , cinq de long et quatre de large.
On m'a ajouté qu'on y fait un petit feu avec des écorces de chêne , et qu'il ne s'éteint jamais; ce qui est faux , car il n'y avait alors ni feu, ni rien qui fit connaître qu'on y en eût jamais fait. On dit encore que quatre vieillards couchent tour à tour dans le temple pour y entretenir ce feu ; que celui qui est de garde ne doit point sortir pendant les huit jours qu'il doit être en faction ; qu'on a soin de prendre de la braise allumée des bûches qui brûlent au milieu du temple, pour mettre sur l'autel ; qu'il y a douxc hommes entretenus pour fournir ties écorces de chêne ; qu'il y a des marmousets de bois et une figure