‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 56 sur 59 · DU PAYS DES NATCIIEZ · texte numérisé non relu

DU PAYS DES NATCIIEZ

de serpent à sonnettes, aussi de bois, qu'on met sur Tautel , et au\> quels on rend de grands honneurs; que quand le chef meurt , on l'enterre d'abord , et que quand on juge que les chairs sont consuraées , le gardien du temple les exhume, lave les ossements, les enveloppe de ce qu'il peut avoir de plus précieux, et les met dans de grands paniers faits de cannes, qu'il ferme bien; qu'il enveloppe ces paniers de peaux de chevreuil très- propres , les place devant l'autel, où ils restent jusqu'à la mort du chef régnant; qu'alors il renferme ces ossements dans Tautel même , pour faire place au dernier mort.

Je ne puis rien dire sur ce dernier article , sinon que je vis quelques ossements dans une ou deux caisses , mais qu'ils ne faisaient pas la moitié d'un corps humain , qu'ils me paraissaient bien vieux , et qu'ils n'étaient point sur la table qu'on dit être l'autel. Quant aux autres articles, 1° comme je n'ai été que de jour dans le temple, j'ignore ce qui s'y passe la nuit ; 2" il n'y avait aucun garde dans le temple quand je l'ai visité. J'y aperçus bien, comme je l'ai déjà dit, quelques marmousets , mais je n'y remarquai point de figure de serpent.

Quant à ce que j'ai vu. dans des relations , que ce temple est tapissé, et son pavé couvert de nattes de cannes ; qu'on y met ce qu'on a de plus propre, et qu'on y apporte tous les ans les prémices de toutes les récoltes , il en faut assurément rabattre beaucoup : je n'ai jamais rien vu de plus maussade , de plus malpropre , qui fût plus en désordre : les bûches brûlaient sur la terre nue, et je n'y aperçus point de nattes, non plus qu'aux murailles. M. le Noir, avec qui j'é^ tais, me dit seulement que tous les jours on mettait au feu une nouvelle bûche, et qu'au commencement de chaque lune on en faisait la provision pour tout le mois. ]1 ne le savait pourtant que par ouï* dire, car c'était la première fois qu'il voyait ce temple, aussi bien que moi.

Pour ce qui regarde la nation des Natchez eu général , voici ce que j'en puis apprendre. On ne voit rien dans leur extérieur qui les distingue des autres Sauvages du Canada et de la Louisiane. Ils font rarement la guerre, et ne mettent point leur gloire à détruire des hommes. Ce qui les distingue plus particulièrement » c'est la forme de leur gouvernement, tout à fait despotique; une grande dépendance, qui va même jusqu'à une espèce d'esclavage dans les sujets; plus do fierté et de grandeur dans les chefs; et leur esprit pacifique, qui cependant s'est un peu démenti depuis plusieurs années.

Les Hurons Croient, aussi bien qu'eux, leurs chefs héréditaires issus du Soleil ; mais il n*y en a pas un qui voulût être son valet , ni le suivre dans l'autre monde pour y avoir l'honneur de le servir, comme 11 arrive souvent parmi les Natcbez. Garcilasso de la Yega parie de oette nation comme d'un peuple puissant, et il n'y a pas six ans qu'on y comptait quatre mille guerriers. Il paraît qu'elle était encore |dus nombreuse du temps de M. de la Salie, et même lorsque M. d*Iberville découvrit l'embouchure du Mississipi. Aujourd'hui les Natchez ne pourraient pas mettre sur pied deux mille combattants. On attribue cette diminution à des maladies contagieuses qui, ces dernières années, ont fait parmi eux de grands ravages.

Le grand chef des Natchez porte le nom de Soleil, et c'est toujours, comme parmi les Hurons, le fils de sa plus proche parente qui lui succède. On donne à cette femme la qualité de Femme Chef; et quoique pour Tordmaire elle ne se mêle pas du gouvernement, on lui rend de grands honneurs. Elle a même, aussi bien que le Soleil, droit de vie et de mort : dès que quelqu'un a eu le maliieur de déplaire à l'un ou à l'autre, ils ordonnent à leurs gardes, qu'on nomme Allouez, de le tuer. Va me dé/aire de ce chien, disent-ils; et ils sont obéis sur-lechamp. Leurs sujets et les chefs mêmes des villages ne les abordent jamais qu'ils ne les saluent trois fois, en jetant un cri qui est une espèce de hurlement ; ils font ta même chose en se retirant , et se retirent en marchant à reculons. Lorsqu'on les rencontre , il faut s'arrêter, se ranger du chemin , et jeter les mêmes ciis dont j'ai parlé , jusqu'à ce qu'ils soient passés. On est aussi obligé de leur porter ce qu'il y a de meilleur dans les récoltes , dans le produit de la chasse et dans celui de la pêche. Enfin personne, non pas même leurs plus proches parents et ceux qui composent les familles nobles, lorsqu'ils ont l'honneur de manger avec eux , n*a droit de boire dans le même vase , ni de mettre la main au plat.

Tous les matins, dès que le soleil parait, le grand chef se met à la porte de sa cabane, se tourne vers l'orient, et hurle trois fois en se prosternant jusqu'à terre. On lui apporte ensuite un calumet, qui ne sert qu'en cette occasion : il fume et pousse la fumée de son tabac vers l'astre du jour ; puis il fait la même chose vers les trois autres . parties du monde; Il ne reconnaît sur la terre de matlre que le soleil , dont il prétend tirer son origine ; ex«rce un pouvoir sans borne sur . ses sujets, peut disposer de leurs biens et de leur vie; et , quelques travaux qu'il leur commande, ils n'en peuvent .exiger aucun salaire. Lorsque le chef ou la Femme Chef meurent, tous leurs Allouez

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