‹ ŒuvresChapitre 15 sur 31 · PREMIER MÉMOIRE · texte numérisé non relu

PREMIER MÉMOIRE

Je diviserai cette Introduction eu deux mémoires : dans le premier, je prendrai l'histoire de Sparte et d'Athènes à peu près au siècle d'Auguste , et je la conduirai jusqu'à nos jours. Dans le second , j'examinerai l'authenticité des traditions religieuses à Jérusalem.

Spon , Wheler, Fanelli, Ghandler et Leroi ont , il est vrai , parlé du sort de la Grèce dans le moyen âge , mais le tableau tracé par ces savants hommes est bien loin d'être complet. Ils se sont contentés des faits généraux , sans se fatiguer à débrouiller la ByiMntine; ils ont ignoré l'existence de quelques voyages au Levant : en profitant de leurs travaux , je tâcherai de suppléer à ce qu'ils ont omis.

Quant à l'histoire de Jérusalem , elle De présente aucune obseurite dans les siècles barbares ; jamais on ne perd de vue la ville sainte. Mais lorsque les pèlerins vous disent : « Nous nous rendî- « mes au tombeau de Jésus-Christ , nous entrâmes dans la grotlo « où le' Sauveur du monde répandit une sueur de sang, etc.» etc., » un lecteur peu crédule pourrait s'imaginer que les pèlerins sont trompés par des traditions incertaines : or, c'est un point de critique que Je me propose de discuter dans le second Mémoire de cette Introduction.

Je viens à l'histoire de Sparte et d'Athènes : Ansav. j. c. Lorsque les Romains commencèrent à se montrer dans l'Orient, Athènes se déclara leur ennemie, et Sparte Plut m syii.; embrassa leur fortune. Sylla brûla le Pirée et Muny chie ; ^^ '"' il saccagea la ville de Cécrops , et fit un si grand massacre des citoyens , que le sang , dit Plutarque , remplit tout le Céramique , et regorgea par les ports.

Dans les guerres civiles de Rome , les Athéniens suivirent le parti de Pompée , qui leur semblait être celui de la liberté : les Lacédémoniens s'attachèrent à la desc»fl. d« Bell, tinée de César. Celui-ci refusa de se venger d'Athènes.

civil ' Dion *

App.': Plut.' Sparte, fidèle à la mémoire de César, combattit contre m it Brut. p(.yjyg ^ |j^ ijatàilie de Philippes; Brutus avait promis

piut/in KniM piH^g^ de Lacédcmone à ses soldats, en cas qu'il obveiL-Pat. *^°* '^ victoire. Les Athéniens élevèrent des statues à Ans de j. C. Brutus , s'unircut à Antoine et furent punis par Auguste. suet.,^inAog. Quatre ans avant la mort de ce prince , ils se révoltèrent Taçit.*Ann. contre lui.

Athènes demeura libre pendant le règne de Tibère. Sparte vint plaider et perdre à Rome une petite cause contre les Messcniens , autrefois ses esclaves. Il s'agissait de la possession du temple de DianeLimnatidc : précisément cette Diane dont la fête donna naissance aux. guerres messéniaques. ï5. Si l'on fait vivre Strabon sous Tibère , la description

iui'g. ' de Sparte et d'Athènes par ce géographe se rapportera au temps dont nous parlons.

Tacu^Ann ï^^sque Germanicus passa chez les Athéniens , par Bb- a. respect pour leur ancienne gloire U se dépotulla deg

ttiarques do la puissance, et marcha précédé d*uu seul Ans de J. a licteur.

Pomponius Mêla écrivait vers le temps de Tempereur &6. Claude. II se conteute de nommer Athènes en décrivant ùb.'a. la côte de l'Attique.

Néron visita la Grèce ; mais il n'entra ni dans Athènes ^. ^^7- „

' Xiph.inNer.

ni dans Lacedemone.

Vespasien réduisit TAchaie en province romaine , et 7flui donna pour gouverneur un proconsul. Pline l'ancien, aimé de Vespasien et de Titus , parla sous ces princes de divers monuments de la Grèce.

Apollonius de Tyane, pendant le règne de Domitiep, w. . trouva les lois de Lycurgue en vigueur à Lacédémone. Apôt. Ty.'

Nerva favorisa les Athéniens. Les monuments d'Hé- ^j^Vvi rode Atticus et le voyage de Pausanias sont à peu près iJio. de cette époque.

Pline le Jeune , sous Trajan , exhorte Maxime , pro- p.."*/^ consul d'Achaîe, à gouverner Athènes et la Grèce avec 1. t/c 34.

équité. . . . . w

Adrien rétablit les monuments d'Athènes , acheva le ^ >»4- .

• • ' • wo.; spart.;

temple de Jupiter Olympien , bâtit une nouvelle ville Euseb. auprès de l'ancienne , et ût refleurir dans la Grèce les sciences , les lettres et les arts.

Antonin et MarcAurèle comblèrent Athènes de bien- 17c. faits. Le dernier s'attacha surtout à rendre à l'Académie ^ '* **'' son ancienne splendeur : il multiplia les professeurs de philosophie , d'éloquence et de droit civil , et en porta le nombre jusqu'à treize : deux platoniciens, deux péripatéticicns , deux stoïciens , deux épicuriens , deux rhéteurs , deux professeurs de droit civil, et un préfet delà jeunesse. Lucien , qui vivait alors, dit qu'Athènes était remplie de longues barbes, de manteaux, de bâtons et de besaces.

Le Polyhistor de Solin parut vers la fin de ce siècle. Solin décrit plusieurs monuments de la Grèce. 11^ n'a pas copié Pline le naturaliste aussi servilement qu'on s'est plu à le répéter.

Sévère priva Athènes d'une partie de ses privilèges, *9**

UITftODUGTlOir«

AM de i. c. pour la punir de s'être déclarée en faveur de Pesoenniut

Herodlan.; Niger.

Spart.; Mo.

Herodia.

Trebell.; Zon.

TrebeU.

Cbandl.

Trav.

afitf.

Zon.

Sparte, tombée dans Tobscurité, tandis qu'Athènes attirait encore les regards du monde , mérita la honteuse estime de Garacalla : ce prince avait dans son armée un bataillon de LAcédémoniens , et une garde de Spartiates auprès de sa personne.

Les Scythes, ayant envahi la Macédoine, au temps de l'empereur Gallien , mirent le siège devant Thessalonique. Les Athéniens, effrayés, se hâtèrent de relever les murs que Sylla avait abattus.

Quelques années après , les Hérules pillèrent Sparte , Gorinthe et Argos. Athènes fut sauvée par hi bravoure d'un de ses citoyens nommé Dexippe, également connu dans les lettres et dans les armes.

L'archontat fut aboli à cette époque ; le stratège , inspecteur de Yagora ou du marché , devint le premier magistrat d'Athènes.

Les Goths prirent cette ville sous le règne de Claude IL Us voulurent brûler les bibliothèques ; mais un des barbares s'y opposa : « Conservons , dit-il , ces livres, « qui rendent les Grecs si faciles à vaincre , et qui leur «[ôtent Tamour de la gloire. » Cléodème , Athénien, échappé au malheur de sa patrie , rassembla des soldats, fondit sur les Goths, en tua un grand nombre , et dispersa le reste : il prouva aux Goths que la science n'exclut pas le courage.

sa. Athènes se remit promptement de ce désastre ; car Zon. '' on la voit peu de temps après offrir des honneurs à Constantin et en recevoir des grâces. Ce prince donna au gouverneur de l'Attique le titre de grand duc : titre qui, se fixant dans une famille , devint héréditaire, et finit par transformer la république de Solon en une principauté gothique. Pite, évéque d'Athènes, parut au concile de Nicée.

Ut. Constance , successeur de Constantin , après la mort

in cônst. ' de ses frères Constantin et Constant , fit présent de plusieurs Ues à la ville d'Athènes.

IlITBOJDOCTtOIf. 73

Julien , élevé parmi les philosophes da Porliqne , ne Anh de j. c. s'éloigna d'Athènes qu'en versant des larmes. Les Gré- zos.L^; jol goire, les CyriUe , les BasUe, les Chrysostome, puisé- G?êg*?c^;j rent leur sainte éloquence dans la patrie de I>émo8-^f-4|^*îJ^î[ thènes. * Pat. '

Sous le règne du grand Théodose , les Gotbs ravagé- s??. rent l'Épure et la Thessalie. Ils se préparaient à passer ^andi.*** dans la Grèce ; mais Us en furent écartés par Théodore, *"»<^p'- *"* général des Achéens. Athènes, reconnaissante, âeva une statue à son libérateur,

Honorius et Arcadius tenaient les rênes de l'empire ^lorsqu'Alaric pénétra dans la Grèce. Zosime raconte que ^**** ** * ^ le conquérant aperçut, en approchant d'Athènes, Minerve,quile menaçait du haut de la citadelle, et Achille, qui se tenait debout devant les remparts. Si l'on en croit le même historien , Alaric ne saccagea point une ville que protégeaient les héros et les dieux. Mais ce récit a bien l'air d'une fable. Synésius , plus près de l'é-syn. ep. Op. vénement que Zosime, compare Athènes incendiée par *"*îmif*'' les Goths à une victime que la flamme a dévorée, et dont il ne reste plus que les ossements. On croit que le chandi. Jupiter de Phidias périt dans cette invasion des barbares. ^^^'

Gorinthe , Argos , les villes de l'Arcadie, de l'Élide el de la Laconie, éprouvèrent le sortd' Athènes : « Sparte, « si fameuse, dit encore Zosime, ne put être sauvée ; zos. ub. i, « ses citoyens l'abandonnèrent , et ses chefs la trahi- A rent : ses chefs , vils ministres des tyrans injustes et « débauchés qui gouvernaient l'État. »

Stilicon, en venant chasser Alaric du Péloponèse, acheva de désoler cet infortuné pays.

Athénaîs , fille de Léonce le Philosophe , connue sous , 4». le nom d^Eudoxte » était née à Athènes , et elle épousa Théodose le jeune '.

Zoo. in Th.

■ On n'a pas fait attention à Tordre chronologique , et l*on place mal à propos le mariage d'Endozie avant la prise d'Athènes par Alaric. Zonare dit qu*Eadoxie ; chassée par ees frères, Yalérios et Genèse , avait été obligée de fuir à Constaatinople. Talérius et Genèse vivaient paisiblement dans leur patrie, et Endoxie les fit élever aux dignités de l'empire. Toute cette histoire du mariage et de la famille d'Eudozie ne prouverait-elle iniiÉB. — T. I. 7

74 ttnMPvction,

Ani d* J. c. Pendant qae Léonce tenait les rênes de Fempire à*Q' procop. ût rient, Geusériesejetàde nonveaa sarTAchaîe. Procope Hb!'*i7c"*.' ne ••0W8 dit (winl quel fat le sort de Sparte et d'Athènes dans cette noutelle invasion.

Le même historien fait ainsi la peinture des ravages 5a7. des barbares , dans son Histoire secrète ; « Depuis que ' ' ' « Justinien gouverne Tempire , la Thrace , la Cticrso- « nèse , la Grèce , et toat le pays qni détend entre Con^- « tantînople et le golfe d'Ionie , ont été ravagés chaque « année par les Antes , les Slavons et les Hons. Plus de « detcc cent mille Romains ont été tnés ou faits prisontt mena ebaqne invasion des barbares , et les pays que « j'ai nommés sont devenus semblables aux déserts de « la Scytfaie. »

Jastinien fit réparer les muraille^ d'Athènes et élever 6x7. des tonrssur Fisthme de Gorinthe. Dans la liste des viliBdif.°lii>. 4, les que ce prince embellit et fortifia, Procope ne cite cod. cnrôp. point Lacédémone. On remarque anprès des empereurs %Spu d'Orient une garde laconienne ou tzaconîenne , selon la prononciation alors introduite. Cette garde , armée de piques , portait une espèce de cuirasse ornée de figures de lion; le soldat était vètn d*ane casaque de drap, et couvrait sa tête d'un capuchon. Le chef de cette milice s'appelait stratopedarcha.

L'empire d'Orient avait été divisé en gouvehiements appelés thèmata, Lacédémone devint l'apanage des frères ou des fils aines de l'empereur. Les princes de Sparte prenaient le titre de despostes; leurs femmes s'appelaient d^jpœnf 5 , et le gouvemement^despostat. Le despote résidait à Sparte ou à Gorinthe ^ Ici commence le long silence de l'histoire sur le pays fpon. foy. le plus fameut de l'univers. Spon et Ghandier perdent Athènes de vue pendant sept cents ans : « Soit , dit Spon,

pas qif Athènes ne souffrit pas antanit du passage d'AIaric que le dit synésius, et que Zostme pourrait bien avoir raison, da moins pour le fait?

1 Ce titre de despote n'était pas cependant particulier à la principauté de Sparte; et Ton trouve des despotes d'Orient, de Thessalle, qui jettent une grand confusion dans VhH* toire.

« à cause du déûuit de riustoire» qai est courte et obs- Ans de 4,\, « cure daos ces sièdes-Ià , pu que la fortune lui eut ac- « cordé ce long repos. » Cependant on découvre dans le c(»irs de ces siècles quelques traces de Sparte et d'Athènes.

Nous reirouyotts d'abord le nom d'Ajlh^es dans Théo- ^^ phylacte Simocate , historien de l'empereur Maurice. ^t^à\ ap^. Il parle des muses qui brillent à Aliènes dans Uur$ plus *^^* *"*^'' superbes habits , ce qui prowye que , vers l'an 690 , Athènes était encore le séjour des muses.

L'Anonyme de Ravenne, éeiivain goth qui vivait nj,v ^Sion vraisemUahlement au septième sièdc , nomme trois uu 4 et êJ lois Athènes dans sa Géographie ; encoi-e n'avons-nous de c^te géograpiiie qu'un extrait pial Xaijt par Galatéus.

Sous Michel 111 , les Ëselavons se l'épandirent dans la 846. Grèce. ThéodisiteleshaUit, et les poussa jusqu'au fond ^ite Admm: du Péloponnèse. Deux hordes de ces peuples , les Ézéri- '°^' tes et les MiUnges , se cantonnèrent à l'orient et à l'occident du Taygète, qui se nommait dès lors PentadactyU, Quoi qu'en dise Constantin Porpliyrogcnète , ces Esdavons sont les ancêtres des Manioltes , et ceux-ci ne sont point les descendants des anciens Spartiates , comme on le soutient aujourd'hui, sans savoir que ce n'est i •

qu'une opinion ridicule de Constantin Porphyrogéncte ' . :

Ce sont sans doute ces Esclavons qui changèrent le nom d'Amyclée en celui de Sdahochorion.

Nous lisons dans Léon le Grammairien , que les ha- 91$. bttants de la Grèce ne pouvant plus supporter les injus-.CoSiTcf'a. tices de Chasès , fils de Job et préfet d'Àchaîe , le lapidèrent dans une église d'Athènes , pendant le règne de Constantin VIL

Sous Alexis Comnène, quelque temps avant les croi- , <f^'sades , nous voyons les Turcs ravager les îles de l'Archi- Comm. i. 7. pd et toutes les côtes de VOcddeni.

Dans un combat entre les Pisans et les Grecs , un los».

' L*opinion de Paw, qui fait descendre les Maniottes, non des Spartiates , mais des LacoBiens affranchis par les Ro« fWÛu, n*est fondée sur aucune vraisemblance Jiistorique.

76 inXRODirCTIOH.

AM de j. ceomte , natif du PHopwMèse, signala son courage vers ubMi, c?»!.' Tan 1085 : ainsi le Péloponnèse ne portait point encore le nom de Hiorée.

lot». Les guerres d'Alexis Gomnëne, de R(4>ert et de Ann. comikBoémond eurent pour théâtre FÊpire et la Thessalie , et ^Gtycu.^''ne nous apprennent rien de la Grèce proprement dite. Les premiers croisés passèrent aussi à Gonstantinople, sans pénétrer dans l'Adiale. Mais sous le règne de Manuel Gomnène, successeur d'Alexis, les rois de Sicile, les Vénitiens, les Pisanset les autres peuples occidentaux se précipitèrent sur le Péloponnèse et sur l' Attique. Roger I", "'"• roi de Sicile , transporta à Païenne les artisans d'Athènes , habiles dans la culture de la soie. C'est à peu près à cette époque que le Péloponnèse changea son nom en celui de Morée ; du moins je trouve ce nom employé xioet Hbt. par l'historicn Nicétas. Il est probable que les vers à soie '* venant à se multiplier dans l'Orient , on fut obligé de multiplier les mûriers : le Péloponnèse prit son nouveau nom de l'arbre qui faisait sa nouvelle richesse. T T40. Roger s'empara de Corfou , de Thèbes et de Corinthe , comn. 1. s.' et eut la hardiesse, dit Nicétas, d'attaquer les villes ia *^'^' '* plas avancées dans le pays. Mais, selon les historiens de Venise, les Vénitiens secoururent l'empereur d'Orient, battirent Roger, et l'empêchèrent de prendre Gorinthe. Cor. p. 17. Ce fut en raison de ce service qu'ils prétendirent, deux siècles après, avoir des droits sur Gorinthe et sur le Pélo« ponnèse.

itin^'^'He ^' ^^^^ rapporter à l'an 1170 le voyage de Benjamin Tu'dei. de Tudèle en Grèce : il traversa Patras, Gorinthe et Thèbes. Il trouva dans cette dernière ville deux mille juifs ; qui travaillaient aux étoffes de soie et s'occupaient de la teinture en pourpre.

Eustache était alors évéque de Thessalonique. Les lettres étaient donc encore cultivées avec succès dans leur patrie , puisque cet Eustache est le célèbre commentateur d'Homère.

^T. \^i' . . Les Français , ayant à leur tête Boniface , marquis de

Nie. in Raid.,.. . T^ \ £. . . . j J,, ■• i

viiie-Hard. Mont-Fcrrat , et Beaudoum, comte de Flandre; les Vénitiens, sous la conduite de Dandolo, chassèrent

INTRODDGTION. 77

Alexis de Gonstantinople , et rétablirent Isaac i*Ange Ans de J. c. sur le trône. Ils s'emparèrent bientôt de la couronne pour "*^' leur propre compte. Baudouin, comté de Flandre, eut Tempire , et le marquis de Mont-Ferrat fut déclaré roi de Thessalonique.

Dans ce temps-là, un petit tyran de la Morée, appeléwic. in Baid. Sgure » et natif de Napoli de Romanie , Tint mettre le siège devant Athènes : il en fut repoussé par l'archevêque Michel Acominat Cboniaté , frère de Thistorien Nicétas. Cet archevêque avait composé un poème dans lequel il comparait 1* Athènes de Périclès à l'Athènes du douzième siècle. Il reste encore quelques vers de ce poème manuscrit , in-4* , n^ 963 , pag. 1 16 , à la Bibliothèque royale.

Quelque temps après, Athènes ouvrit ses portes aui«ic. in Baid. marquis de Mont-Ferrat ; Bonifaco donna l'investiture de la seigneurie de Tbèbes et d'Athènes à Othon de la Roche; les successeurs d'Othon prirent le titre de ducs d'Athènes et de grands sires de Thèbes. Au rapport de Nicétas, le marquis de Mont-Ferrat porta ses armes jusqu'au fond de la Morée ; il se saisit d'Argos et de Corintfae , mais il ne put s'emparer du château de cette dernière ville , où Léon Sgure se renferma.

Tandis que Bonifacc poursuivait ses succès, un coup viije-Hard. de vent amenait d'autres Français à Modon. Geoffroi de ûucang.,' Vilte-Hardouin, qui les commandait , et qui revenait de la ub. i. Terre-Sainte , se rendit auprès du marquis de Mont- Ferrat , alors occupé au siège de NapoH. Geoffroi, bien reçu deBoniface , entreprit avec Guillaume de Champlite la conquête de la Morée. Le succès répondit aux espérances ; toutes les villes se rendirent aux deux chevaliers, à l'exception de Lacédémone, où régnait un tyran nommé Léon ChamarHe. Peu de temps après, la Morée ^i^^- '° Baid. fut remise aux Vénitiens ; elle leur appartenait , d'après le traité général conclu à Constantinople entre les croisés. Le corsaire génois Léon de Scutrano se rendit cor^ ciac. maître un moment de Coron et de Modon ; mais il en fut dei. rep. bientôt chassé par les Vénitiens.

Guillaume de Champlite prit le titre de prince d'Achale. Doeange. A la mort de Guillaume , Geoffroi de Ville-Hardouin Vb. a.

78 IftX^OIHJCXIQN.

Ans 4e h c. hérita des bieoB de son ami , et devint prince d'Adliaîe ùblX et de Morée.

»i4. La Dâissaoee de lempire ottoman se rapporte à peu wSLàe près au temps dont nous parlons. Soliman Shah sortit l'emp. otu jçg solitudes des Tartares Oguziens, vers Tan 1214, et s'avança vers TÀsie Mineure. Démétrius Gantémir, qui nous a donné Tbistoire des Turcs d'après les auteurs originaux , mérite plus de confiance que Paul Jove et les auteurs grecs , qui confondent souvent les Sarrasins avec les Turcs.

Le marquis de Mont-Ferrat ayant été tué , sa veuve fut déclarée régente du royaume de Thessalonique. Athènes» lasse apparemment d'obéir à Othon de la Roche ou à ses descendants , voulut se donner aux Vénitiens ; mais elle lut traversée dans ce dessein par Magaduce , tyran de Morée : ainsi la Morée avait vraisemblablement secoué le joug de Ville-Uardouin ou des nicd. stor. Vénitiens. Ce nouveau tyran , Magaduce , avait sous lui ^iib/sf' d'autres tyrans; car, outre Léon Sgure, déjà nommé, on trouve un Etienne, pécheur, signore di molti stati nella Morea , dit Giacomo Diedo.

Théodore Lascaris reconquit sur les Francs une partie de la Morée. La lutte entre les empereurs latins d'Orient elles empereurs grecs retirés en Asie dura cinquantei2&(>. sept années : Guillaume de Ville^Iiardouio , successeur 1. 1.3 et S; de Geoffroi, était devenu prince d'Achaïe; il tomba nist!^'coDst. entre les mains de ce Michel Paléologue , empereur grec , '^ * ^' qui rentra dans Constantinople au mois d'août de l'année 1261. Pour obtenir sa liberté, Guillaume céda à Michel les places qu'il possédait en Morée ; il les avait conquises sur les Vénitiens et sur les petits princes qui s'élevaient et disparaissaient tour à tour : ces places étaient Monembasie, Maîna, tliérace etMisitra. Cest la première fois qu'on lit ce nom de Misitra : Pachymère récrit sans réflexion, sans étonnement , et presque sans y penser : comme si cette Misitra , petite seigneurie d'un gentilhomme français, n'était pas l'héritière de Lacédémone.

Nous avons vu un peu plus haut Lacédémone paraître

lî^TfkQf}VCnOSi4

lib. a.

SOUS soQ ancien nom, lorsqu'dle était gouvernée par Ans de j. c. Léon Ghamarète : liisitra fui donc, pendant qudque temps y contemporaine de Lacédémone.

Guillaume céda encore à l'empereur Michel, Ànaplion et Argos ; la contrée de Ciusterne demeura en contestation. Guillaume est ce même prince de Morée dont joiny. msL parle le sire de Jomvule : Louis ; ^

, , Oucange.

Lors Tint Annol.

Avec mainte armeure dorée ,

Celai qui prince est de Morée.

Diedo le nomme Guillaume Ville , en retrandiant ainsi oied. stor.

, '^ » j délia rep.

la moitié du nom. de ven. i. c ;

Pachymère nomme, vers ce temps-là, un certain ***^**^™* Théodose , moine de Morée, qui , dit l'historien , était issu de la race des princes de ce pays : nous voyous aussi Tune des sœurs de Jean, héritier du trône de Constantiuople, épouser Matthieu de Yalincourt, Français venu de Morée.

Michel fit équiper une flotte , et reprit les iles de Naxos, de Paros, de Géos, de Garyste et d'Orée; il s'empara en même temps de Lacédémone , diflérente ainsi de Misitra , cédée à l'empereur pour la rançon du prince d'Achaïe : on voit des Lacédémoniens servir sur la flotte de Michel i ils avaient , disent les historiens , été transférés de leur pays à Goustautinople , en considération de leur valeur.

L'empereur fit ensuite la guerre à JeanDucas Sebastocrator, qui s'était soulevé contre l'empire ; ce Jean Ducas était fils naturel de Michel , despote d'Occident. Michel l'assiégea dans la ville de Duras. Jean trouva le moyen de s'enfuir à Thèbes, où régnait un prince , sire Jean , que Pachymère appelle grand seigneur de Théhes , et qui était peut-être un descendant d'Othon de la Boche» Ge sire Jean fit épouser à son frère Guillaume la fille de Jean , bâtard du despote d'Occident.

Six ans f^rès un prince issu de Villustre famille des princes de Morée, disputa à Veccus le patriarcat de Constantinople.

Jean , prince de Thèbes, mourut ; son frère Guillaume

ia«.

PachyiD.

lib. s.

Pachym.

lib. 3.

Pachvm.

Ub.'4.

80 INTBODUGTION,

Ans de J. c. fut son héritier ; Guillaume devint aussi , par sa femme , pach! t s. petite-fille du despote d'Occident , prince d'une partie de la Morée ; car le despote d'Occident , en dépit des Vénitiens et du prince d'Achaîe, s'était emparé de cette belle province.

i>93. Andronie, après la mort de Michel son père, monta sur *^ ' ' "' le trône d'Orient. Nicéphore , despote d'Occident , et fils de ce Michel despote qui avait conquis la Morée , suivit Michel empereur dans la tombe ; il laissa pour héritier un fils nommé Thomas, et une fille appelée Jtamur. Celleci épousa Philippe , petit-fils de Charles, roi de Naples : elle lui apporta en mariage plusieurs villes, et une grande étendue de pays. Il est donc probable que les Siciliens eurent alors quelques possessions en Morée. Faeb!7'it ^^^^ ^* temps-là , je trouve une princesse d'Acbaîe , veuve et fort avancée en âge, qu'Andronic voulait marier à son fils Jean , despote : cette princesse était peut-être la fille ou même la femme de Guillaume, prince d*Achaie , que nous avons vu faire la guerre à Michel père d'Andronic.

Pacb^hii. Quelques années après, un tremblement de terre

ébranla Modon et plusieurs autres villes de la Morée.

^ \3«î- Athènes vit alors arriver de l'Occident de nouveaux

maîtres. Des Catalans, cherchant aventure sous la

conduite de Ximenès , âb Roger et de Bérenger, vmrent

offrir leurs services à l'empereur d'Orient. Mécontents

d'Andronic , ils tournèrent leurs armes contre l'empire.

Us ravagèrent l'Achaîe , et mirent Athènes au nombre

Pac. Notix. de leurs conquêtes. C'est alors, et non pas plus tôt, qu'on y

**d'*AÏh^' voit régner Delves, prince de la maison d'Aragon. L'his-

Suc.?sp?n.toire ne dit point s'il trouva les héritiers d'Othon de la

** loS.**»?**'* Roche en possession de l'Attique et de la Béotie.

23 13. L'invasion de la Morée par Amurat, fils d'Orcan ,

de r'emp.' doit être placée sous la même date : on ignore quel en

^^' *• *• fut le succès ^

1336. Les empereurs Jean Paléologne et Jean Gantacuzène

* On voit quelques traces de cette invasion dans Çântacu* yÈNB , liv. I , chap. xxzix.

tRTRODUGTIOll. SI

voulurent porter la guerre dans l'Achaîe. Hs étaient am deJ.c inTités par Tévéque de Goronée et par Jean Sidère , gou- caotâe. i. s. yemeur de plusieurs villes. Le grand duc Apocauque, ^1$âV' qui s'était révolté contre l'empereur, pilla la Morée , et ^',Srpf '7I'. '' y mit tout à feu et à sang.

Renier Acciajuoli» Florentin, chassa les Catalans i>7o. d'Athènes. Il gouverna cette ville pendant quelque dei duc. ' temps ; et , n'ayant point d'héritiers légitimes , il la Faneii. Àth. laissa par un testament à la république de Venise ; mais'o-us. h^a!' Antoine , son fils naturel , qu'il avait établi à Thèbes ^' enleva Athènes aux Vénitiens.

Antoine , prince de TAttique et de la Béotie , eut pour 1190. successeur un de ses parents nomme Ifenus. Gelui-ci uoo. fut chassé de ses États par son frère Antoine II, et il ne ^"^^^"P'* rentra dans sa principauté qu'après la mort de Tusurpatear.

Bajazet faisait alors trembler l'Europe et TAsie ; il menaçait de se jeter sur la Grèce. Mais je ne vois nulle part qu'il se soit emparé d'Athènes , comme le disent Sponet Ghandler, qui ont d'ailleurs confondu l'ordre des temps, en faisant arriver lesGatalans dans l'Attique après le prétendu passage de Bajazet.

Quoi qu'il en soit , la frayeur que ce prince répandit en Europe produisit un des événements les plus singuliers de rhistoire. Théodore Porphyrogène , despote de Sparte , était frère d'Andronic et d'Emmanuel , tour à tour empereurs de Gonstantinople. Bajazet menaçait la i4m.

«.-,,; . .«L » 1 *. Htet. de«Clk

Morée d'une mvasion : Théodore , ne croyant pas pou- deMaite. voir défendre sa principauté, voulut la vendre aux che- U(£d!"nc! valiers de Rhodes. Philibert de Naillac , prieur d'Aqui- ** "****• taine et grand maître de Rhodes , acheta , au nom de son ordre, le despotatde Sparte. Il y envoya deux chevaliers français , Raymond de Leytoure , prieur de Toulouse, etÉlie du Fossé, commandeur de Sainte-Maixance, prendre possession de la patrie de Lycurgue. Le traité fut rompu 9 parce que Bajazet , obligé de repasser en Asie , tomba entre les mains de Tamerlan. Les deux chevaliers, qui s'étaient déjà établis à Gorinthe » reii^

Ans de j. cdireoi cette ville» et Théodore r^^ de don côté Vm'-

'^°°' geot qu'il avait reçu pour le prix de Lâcédérnooe.

,410. ^^ si]^cces9eur dé Théodore lut uo mJiXQ Théodore ,

Tirco-Grsc."®^®" du premier, et ^? 4© Temperevr Emmau]UJ9)-

Laeé<f ^'nc ^^^^doro II épousa uoe Itâlieoj^e de la oraison de M^-

et œod. latesta. hm chefs de cette ijlustre maison prirent dans

la suite , à cause de cette alliance , le tijl^e de duc^ ifi

Sparte.

Théodore laissa à son frère Constantin , surnonuné

Dragazés , la principauté de la Laci^nie. Ce Constantin,

qui monta sur le trône de .ConstantipopL?» fut le dermer

empereur d'Orient.

1420. Tandis qu'il n'était ej;kcore que prince de ^.acédémone,

HïS*"o?tom.Amurat II envahit la l>loré.ç, ^t^e repdit mallre d'A-

*^' '* thènes. Mais cette ville retourna promptement soi^^ la

domination de la famille Reinier Acciajuoli.

1444. L'eippire d'Orient n'existait plus , et lep deiTiiers res- Hi»f."ottoin.*^s de la grandeur romaine venaient de s'évanouir ; Ma- Turco-GrâBc. ^omct II était entré àConstantinople. Toutefois la Grèce, Mb. I. menacée d'un prochain esclavage, ne portait point en- , core les chaînes qu'elle se hâta de demander aux musulmans. Francus, fils du second Antoine, appela Maho- ^^^^, met II à Athènes, pour dépouiller la veuve de Nérius ' . Le ïï?t?fpaciac.s"ï*^ , qui faisait servir ces querelles intestines à Tacé'At^spoif.'^'^^^^^^™®'^*' ^'^ ^^ puissance, favorisa le parti de Franciiândi. eus , et relégua la veuve de Nérius à Mégare. Francus la fit empoisonner. Cette malheureuse princesse avait un jeune fils , qui porta à son tour ses plaintes à Mahomet. Celui-ci, vengeur intéressé du crime , ôtal'Attique ,456. à Francus ,'et ne lui laissa que la Béotjie. Ce fut en 1455 qu'Athènes passa sous le jou^ des harhares. On dit que Mahomet parut ench^té de la ville, qu'il ne ravagea point , et qu'il visita avec soin la citadelle. U exem|tta de toute imposition le couvent de Cyriani , situé sur le mont Hyinette , parce que les clefs d'Athènes lui furent présentées par l'abbé de ce couvent. Francus Acci«4uç^

* On ignore le temps 4e la mort de 9Ubnu|i*

ubê.

IHt&dDVCTION. 88

toi mis à mort qaelqtié temps après , pour avoir cons- Ans de j. c. pire contre le sultan.

Il ne nous reste plus à conYiaitre que le sort de Sparte uoo. ou plutôt de Misitra. J'ai dit (|u'eUe était gouvernée par Hbt! Turc. Constantin , surnommé Dragazès. Ce prince , étant allé ^' '°' prendre à Gonstantinople la couronne qu'il perdit avec la vie» partagea la Morée entre^ses deux frères , Démétrius et Thomas. Démétrius s'établit à Misîtra, et oacas. Thomas à Corinthe. Les deux frères se firent la guerre , sansow.^ et eurent recours à Mahomet, meurtrier de leur famille Mart^crus! et destracteur de leur empire. Les Turcs chassèrent d*a-'''"''Jg;^,']**^* bord Thomas de Corinthe. H s'enfuit à Rome , en emportant le chef de saint André, qu'il enleva à la ville de Patras. Mahomet vint alors à Misitra ; il engagea le gouverneur à lui remettre la citadelle. Ce malheureux se laissa séduire; il se livra aux mains du sultan, qui le fitsder par le milieu du corps. Démétrius fut exilé à Andrinople , et sa fille devint la femme de Mahomet. Ce conquérant estima et craignit assez cette jeune princesse pour ne pas l'admettre à sa couche.

Trois ans après cet événement , Sigismond Malatesta, 1463. prince de Rimini , vint mettre le siège devant Misitra ; anc. et mod! il emporta la ville , mais il ne put prendre le château , et il se retira en Italie.

Les Vénitiens descendirent au Piréeen 1464, sur- 1404. prirent Athènes , la pillèrent , et se réfugièrent en Eubée Trav. * avec leur butin.

Sous le règne de Soliman I", ils ravagèrent la Morée i ws. et s'emparèrent de Coron ; ils en furent peu après chas- nist ouoin. ses par les Turcs. ^•^•^^'*

Ils conquirent de nouveau Athènes et toute la Morée, Dese. de en 1688 ; ils reperdirent la première presque aussitôt, à»! maisfils gardèrent la seconde jusqu'à l'an 1715 , qu'elle '^""iû?^'retourna au pouvoir des musulmans. Catherine II, en chJu^ni. soulevant le Péloponèse, fit faire à ce malheureux ^ÎÎ^Grî* pays un dernier et inutile effort en faveur de la liberté.

Je n'ai point voulu mêler aux dates historiques les

84 mXEODUCÎION*

Ans de J. c. dates des voyages en Grèce. Je n*ai cité que cdui dd Benjamin de Tudèle : il remonte à une si haute antiquité, et il nous apprend si peu de choses, qu'il pouvait être compris sans inconvénient dans la suite des faits et an* nales. Nous venons donc maintenant à la chronologie des voyages et des ouvrages géographiques.

Aussitôt qu'Athènes , esclave des musulmans , disparait dans l'histoire moderne , nous voyons commencer pour cette ville un autre ordre dMllustration plus digne de son ancienne renommée : en cessant d'être le patrimoine de quelques princes obscurs, elle reprit, pour ainsi dire, son antique empire , et appela tous les arts PraîicMco ^ ^^ vénérables ruines. Dès l'an 14G5, Franoesco titaïubeui. Giambetti dessina quelques monuments d'Athènes. Le manuscrit de cet architecte était en vélin, et se voyait à la bibliothèque Barberini , à Rome. 11 contenait , entre autres choses curieuses, le dessin de la tour des Vents, à Athènes, et celui des masures de Lacédémone,à quatre ou cinq milles de Misitra. Spon observe à ce sujet que Misitra n'est point sur l'emplacement deSparte^ comme l'avait avancé GuUlet, d'après Sophianus, Niger et Ortelius. Spon ajoute : « J'estime le manuscrit de « Giambetti d'autant plus curieux , que les dessins en « ont été tirés avant que les Turcs se fussent rendus « maîtres de la Grèce et eussent ruiné plusieurs beaux « monuments , qui étaient alors en leur entier. » L'oIh servation estjuste quant aux monuments, mais elle est fausse quant aux dates : les Turcs étaient maîtres de la Grèce en 1465.

Gei&i. Nicolas Gerbel publia à Bâle , en 15ôO , son ouvrage intitulé: Pro declaratione picturœ, sive descripHonis Grœciœ, Sophiani libri septem. Cette description, excellente pour le temps , est elaire et courte , et pourtant substantielle. Gerbel ne parle guère que de l'ancienne Grèce ; quant à Athènes moderne , il dit : ^neas Sillius Athenas hodie parvi oppiduli $p€ciem gerere dicit, cujus munitissimam adhuc arcem Florentines quidam

lNTB01>UGTION. g5

Mahometi tradiderit, ut nvmàs vert (Mâkus tfix^ril; Ans dej.c. Quid Pandionœ retiant , niêi nomen , Atkenm ?

Orerum humanantm miserabiUs tieesl tragicam humanœ potentiœ permutatUmem! Civitas olim mum, navalibus, œdifidis, armis, opibus, vins, prudenHa atque omtii sapientia florentissima , in oppidulum» seu poHus vicum, reducta est, Olim libéra , et stiis legibus tUoens ; nunc immanissimis belluis , servitutisjugo obitricta. Proficiscere Athenas, etpro magnificentissimis operibus , videto rudera et lamentabiles ruinas, Noli , noli nimium fidere vir'ibus tuisi sed in eum confidito qui dicit : Ego Dominus Deus tester.

Cette apostrophe d'un vieux et respectable savant, aux ruines d'Athènes , est très-touchante : nous ne saurions avoir trop de reconnaissance pour les hommes qui nous ont ouvert les routes de la belle antiquité.

Dupinet soutenait qu'Athènes n'était plus qu'une pe- iU4. tite bourgade , exposée aux ravages des renards et des ^^^' loups.

Laurenberg, dans sa Description d'Athènes . s'écrie : xm Fuit quondam Grœcia , fuerunt Athenœ : nunc neque in ""^" ^' Grœcia Athenœ , neque in ipsa Grœcia Grœcia est,

Ortellus , surnommé le Ptolémée de son temps , donna 1578. quelques nouveaux renseignements sur la Grèce dans ^^^^' son Theatrum orbis terrarum , et dans sa Synonyma Geographia, réimprimée sous le titre de Thésaurus Geographieus ; mais il confond mal à propos Sparte et Misitra : il croyait aussi qu'il n'y avait plus à Athènes qu'un château et quelques chaumières : Nunc casulm tantum supersunt quœdam,

Martin Grusius , professeur de grec et de latin à Tu- 1M4. Diversité de Tubinge,.ver8 la fin du seizième siècle , oulînuî.s'informa diligemment du sort du Péloponèse et de l'Attique. Ses huit livres, intitulés TurohGrœcia, rendent compte de l'état de la Grèce depuis l'année 1444 jus* qu'aux temps où Grusius écrivait. Le premier livre contient l'histoire politique , et le second l'histoire eo- ^ésiastique de cet intéressant pays : les six autres li-

86 llfTBODVCTIOlf.

Ans de j. c. vres sotit cooiposés de lettres adressées à différentes '^'' personnes par des Grecs modernes. Deux de ces lettres contiennent quelques détails sur Athènes, qui méritent d*étre connus.

ZigomaUt. TQ lO^Q KAI APlSTp, xtX.

Au docte Martin GnisiuB , professeur des lettres grecques et latines à roniyersité de TiÀlnge , et très-cher en J. C.

« Moi, qui suis né à Nauplia, ville du Péloponèse peu « éloignée d'Athènes , j*ai souvent vu cette dernière « ville. J'ai recherché avec soin les choses qu'elle rente ferme , l'Aréopage , l'antique Académie , le Lycée « d'Aristote , enfin le Panthéon. Cet édifice est le plus « élevé , et surpasse tous les autres en beauté. On y « voit en dehors, sculptée tout autour, l'histoire des « Grecs et des dieux. On remarque surtout , au-dessus « de la porte principale , des chevaux qui paraissent vite vants et qu'on croirait entendre hennir '. On dit qu'ils « sont l'ouvrage de Praxitèle : l'âme et le génie de M l'homme ont passé dans la pierre. Il y a dans ce lieu

' <E>pvaa90(L6vou; àvSpouiav aapxa : je n*entends pas c<^la. La version latine donn« : Tanquam fremenUê in camem humanam. Spon , qni traduit une partie de ce passage , s'en est tenu à la version latine, tout aussi obscure pour moi que l'original. Spon dit : Qui semblent vouloir se repaître de chair humaine. Je n'ai osé admettre ce sens, qui me parait bizarre, à moins qu'on ne dise que Zygomalas fait ici allusion aux Juments de Diomède.

Telle était cette note dans la première édition. Je m'empresse d'y ajouter l'observation que je dois aux recherches de M. Boissonade :

« Les mots f^va(roo(iivou; àvSpojiiav céç/yui, cités dans la « note, sont pns de l'épigramme xvm* d'ApoUonidas ( ÂnaL^ tom. n, p.5S6):

Setvov d7CY)vCxa Oav(&a xoreCSotiev ^Avlc 9moL(s% IIo&Xov fit' &v8pO(Aéav ffdpxa çpuatfffâtievov,

4pT)Ixlc f^TVTK noXtàc XÔYOc sic êptàv 6(i|jLa 'lÂvOe* dtC%o(t Sel^repov *HpgcxXéa.

■ n ne peut plus y avoir de doute sur l'intention de Zygo- « malas, et il a évidemment fait allusion aux chevaux de Dio* c mède. t

«plusieurs aulres dioses /dignes d'étra vues. Je oeAnidej. c « parle point de la coUine opposée, sur laquelle floris- '^*' « seut des simples de toute espèce, utiles à la méde- « ciDe , coUine que j'appelle le jardin d'Adonis. Je ne « parle pas non plus de La douceur de Tair , de la bonté « des eaux et des autres agréments d'Athènes : d'où il « arrive que ses habitants , tombés maintenant dans la « barbarie , conservent toutefois quelques souvenirs de « ce qu'ils ont été. On les reconnaît à la pureté de leur « langage : comme des sirènes , ils charment ceux qui K les écoutent par la variété de leurs accents.... Mais « pourquoi parlerais-je davantage d'Athènes : la peau « de l'animal reste ; l'animal lui-même a péri, i €k>DStantinople, IS75.

« A jamais votre ami ,

« Théodore Zygomalas, « ProtoDotairedfi la grande i^gUse de Gonstaotinople. »

Cette lettre fourmille d'erreurs; mais elle est précieuse à cause de l'ancienneté de sa date. Zygomalas fit connaître l'existence du temple de Minerve, que l'on croyait détruit, et qu'il appelle mal à propos le Panthéon.

La secx)nde lettre, écrite à Grusius par un certain Ca- cabasiia*. iiasilas de la ville d'Acamanie, ajoute quelque chose aux renseignements du protonotaire.

« Athènes était composée autrefois de trois parties M également peuplées. Aujourd'hui la première partie, « située dans un Heu élevé, comprend la citadelle et un « temple dédié au Dieu Inconnu : cette première partie « est habitée par les Turcs. Entre celle-ci et la trcHsième « se trouve la seconde partie, où sont réunis les chré- « tiens. Après cette seconde partie vient la troisième , « sur la porte de laquelle on lit cette inscription :

c'est ici ATHÈNES , l'ancienne ville de THÉSÉE.

« On voit dans cette dernière partie un palais revêtu * Ap|>areiRmeiit le mont Hymette.

ss

timoBiJcnoif*

km de j. c. « de grands marbres et soutenu par des cokmnes. On « y v<Ht encore des maisons habitées. La ville entière « peut avoir six ou sept milles de tour ; elle compte en- « viron douze mille citoyens.

« Siméon Gabasilas, « de la ville d'Acamanie. »

On peut remarquer quatre choses importantes dans cette description : 1*^ Le Parthénon avait été dédié par les chrétiens au Dieu Inconnu de saint Paul. Spon chicane mal à propos Guillet sur cette dédicace ; Deshayes l'a citée dans son VoycLge, 2* Le temple de Jupiter Olympien (le palais revêtu de marbre) existait en grande partie du temps de Cabasilas : tous les autres voyageurs n'en ont vu que les ruines. 3" Athènes était divisée comme elle l'est encore aujourd'hui ; mais elle contenait douze mille habitants, et eUe n'en a plus que huit mille. On voyait plusieurs maisons vers le temple de Jupiter Olympien : cette partie de la ville est maintenant déserte. 4* Enfin la porte avec l'inscription *

BeloD.

Dethayes.

c'est ICI ATHÈNES»

l'ancienne ville de THÉSÉE,

a subsisté jusqu'à nos jours. On lit sur l'autre face de cette porte, du côté de l'Hadrianopolis , ou de VAthenœ novce :

c'est ici la ville d'adrien , et non pas la ville de thésée.

Avant l'apparition de l'ouvrage de Martin Grusius, Delon avait publié (1555) ses Observations de plusieurs singularités et choses mémorables trouvées en Grèce, Je n'ai point cité son ouvrage, parce que le savant botaniste n'a parcouru que les lies de l'Archipel , le mont Athos, et une petite partie de la Thrace et de la Macédoine.

D'Anville, en les commentant, a rendu célèbres les travaux de Deshayes à Jérusalem ; maison ignore généralementque Deshayes est )e premier voyageur moderne qui

nous ait parlé de la Grèce proprement dite : son ambas- am dc^j. c. sade en Palestine a fait oublier sa ooarse à Athènes. H visita cette yille entre Tannée 1621 et Tannée 1630. Les amateurs de Tantiquité seront bien aises de trouver ici le passage original du premier voyage à Athènes ; car les lettres de Zygomalas et deCabasilas ne peuvent pas être appelées des voyages.

a De Mégare jusques à Athènes il n'y a qu'une pe- « tite journée , qui nous dura moins que si nous n'eus- « sions marché que deux lieues : il n'y a jardin en bois « de haute futaie qui contente davantage la vue que fait «t ce chemin. L'on va par une grande plaine toute rem- « plie d'oliviers et d'orangers, ayant la mer à main « droite , et les collines à main gauche , d'où partent tant « de beaux ruisseaux , qu'il semble que la nature se soit « efforcée à rendre ce pays aussi délicieux.

« La ville d'Athènes est située sur la pente et aux en- « virons d'un rocher, qui est assis dans une plaine , la- « quelle est bornée par la mer qu'elle a au midi , et par « les montagnes agréables qui Tenferment du côté du « septentrion. Elle n'est pas la moitié si grande qu'elle « était autrefois, ainsi que Ton peut voir par les ruines , « à qui le temps a fait moins de mal que la barbarie des <c nations qui ont tant de fois pillé et saccagé cette ville. « Les bâtiments anciens qui y restent témoignent la ma- « gnificence de ceux qui les ont faits ; car le marbre n'y « est point épargné, non plus que les colonnes et les « pilastres. Sur le haut du rocher est le château, dont « les Turcs se servent encore aujourd'hui. Entre plu- « sieurs anciens bâtiments , il y a un temple qui est aussi « entier et aussi peu offensé de Tinjure du temps comme « s'il ne venait que d'être fait; Tordre et la structure en « sont admirables. Sa forme est ovale , et par dehors , « aussi bien que par dedans, il e^t soutenu par trois « rangs de colonnes de marbre, garnies de leurs bases « et chapiteaux : derrière chaque colonne, il y a un « pilastre qui en suit l'ordonnance et la proportion. Les « dirétiens du pa3r8 disent que ce temple est celui-là

Antd« j.c. « même qjai était dédié au Dieu Inconnu, dans lequel « saint Paaû précba : à présent il sert de mosquée, et « les Turcs y vont faire leurs oraisons. Celte ville jouit « d'un air fort doux, et les astres les plus mallaisants « se dépouillent de leurs mauvaises influences quand il ¥. regardent cette contrée : ce que Fon peut connaître aisé- « ment , tant par la fertilité du pays que par les marbres « et les pierres qui, depnisun si longtemps qu'elles sont tt exposées à l'air, ne sont aucunemeiU rongées ni en- « dommagée3. L'on dort à la oampagne , Ja tète découT «verte, sans en recevoir nuUe incommodité; enfin, « Tair qu'on y respire est si agréable et si tempéré , que « l'on y reconnaît beaucoup de changements lorsque « l'on s'en éloigne. Quant aux habitants du pays , ce sont « tous Qrecs , qui sont cruellement etjbarbarement trai- « tés parlesTurcsqui y demeurent, encore qu'ils soient « en petit nombre. Il y a un cadi qui rend la justice , un « prévôt appelé souhachy, et quelques janissaires que «c l'on y envoie de la Porte , de trois mois en trois mois, « Tous ces ofliciers firent beaucoup d'honneur au sieur « Desbayes lorsque nous y passâmes, et le défrayèrent « aux dépens du Grand Seigneur. >»

« En sortant d'Athènes on traverse cette grande plaine « qui est toute remplie d'oliviers^ et arrosée de plu « sieurs ruisseaux qui en augmentent la fertilité. Après « avoir marché une bonne heure, on arrive ^ur la ma- « rine , où il y a un grand port fort excellent , qui était « autrefois fermé par une chaîne : ceux du pays l'ap- « pellent le port Lion , à cause d'un grand lion de pierre <« que l'on y voit encore aujourd'hui; mais les anciens « le nommaient le port du Pirèe. C'était en ce lieu que « le» Athéniens assemblaient leurs flottes , et qu'ils s'em • « barquaient ordinairement. »

L'ignorance du secrétaire de Délayes (car ce n'est pas Deshayes lui-même qui écrit) est singulière; mais on voit de quelle admiration profonde on était saisi à faapect des monuments d'Athènes , lorsque le plus beau de ces monuments existait encore dans toute sa gloire.

L'établigsementde nos consuls dans TAUique précède Ans de j. c. le passage de Deshayes de quelques années. français.

J'ai cru d'abord que Stochove avait vu Athènes en xeso. 1630; mais en conférant son^texte avec celui de Deshayes, je me suis convdneu que le gentilhomme fla« mand n'avait lait que copier l'ambassadeur français.

Le père Antoine Pacifique donna , en 1636 , à Venise, ^nJpJJ^iflq^ sa BescriptUm di la Morée, ouvrage sans méthode , où Sparte est prise pour Misilra.

Quelques années après , nous voyons arriver en Grèce mJ^^^n^ ces missionnaires qui portaient dans tous les pays le nom, la gloire et l'amour de la France. Les jésuites de Paris s'établirent à Athènes vers Tan 1645; les capucins s'y fixèrent en 1658, et en 1669 le père Simon acheta la Lanterne de Démosthénes , qui devint l'hospice des étrangers.

, De Monceaux parcourut la Grèce en 1668 : nous '^' avons l'extrait de son Voyage , imprimé à la suite du Moncoaux. voyage de Bruyn. Il a décrit des antiquités, surtout dans la Morée, dont il ne reste aucune trace. De Mouceaux voyageait avec Laisné par ordre de Louis XIV.

Au milieu des œuvres de la charité , nos missionnaires ne négligeaient point les travaux qui pouvaient être honorablesà leur patrie : le père Babin, jésuite, donna, eu Le p. BÂbio. 1672 , une Relation de l'état présent de la ville d'Athènés : Spon en fut l'éditeur; on n'avait rien vu jusqu'alors d'aussi complet et d'aussi détaillé sur les antiquités d'Athènes.

L'ambassadeur de France à la Porte , M. de Nointel , >^4 • passa à Athènes dans l'année 1674 : il était accx>mpagné etcaiiand» du savant orientaliste Galland. Il fit dessiner les bas-reliefs du Parthénon. Ces bas-reliefs ont péri , et l'on est trop heureux d'avoir aujourd'hui les cartons du marquis de Nointel : ils sont pourtant demeurés inédits , à l'exception de celui qui représente les frontons du temple de Minerve ^

' On peut le voir dans l'Atlas des nouvelles éaitioîw 4m Foyage éPAnaeharsit,

D2 unsoDucTiov.

Ans de j. c. GuiUet pubiiâ en 1675, sous le nom de son prétendu GuiHe^oa la frère la (iuWhiièrefV Athènes ancienne et moderne. Cet cuiueik^re. ouvrage, qui n'est qu'un roman, fit naître une grande querelle parmi les antiquaires. Spob découvrit les mensonges de Guillet : celur-ci se fâcha, et écrivit une lettre en forme de dialogue contre les voyages du médecin lyonnais. Spon ne garda plus de ménagements ; il prouva que Guillet ou la Guilletière n'avait jamais mis le pied à Athènes ; qu'il avait composé sa rapsodie sur des mémoires demandés à nos missionnaires , et produisit une liste de questions envoyées par Guillet à un capucin de Patras : enfin , il donna un catalogue de cent douze er* reurs plus ou moins grossières , échappées à l'auteur d'Athènes ancienne et moderne , dans le cours de son roman.

Guillet ou la Guilletière ne mérite donc aucune coii* fiance comme voyageur; mais son ouvrage , à l'époque où il le publia , ne manquait pas d'un certain mérite. Guillet fit usage des renseignements qu'il obtint des pères Simon et Barnabe , l'un et l'autre missionnaires k Athènes; et il cite un monument , le Phanari tou Diogenis , qui n'existait déjà plus du temps de Spon. »676, Le Voyage de Spon et de Wheler , exécuté dans les

et vvhcicr. années 1675 et 1676, parut en 1678.

Tout le monde connaît le mérite de cet ouvrage , où l'art et l'antiquité sont traités avec une critique jusqu'alors ignorée. Le style de Spon est lourd et incorrect; mais il a cette candeur et cette démarche aisée qui caractérisent les écrits de ce siècle.

winchorsey. Le comte de Winchelsey, ambassadeur de la cour de Londres, visita Athènes dans cette même année 1676, et fit transporter en Angleterre quelques fragments de sculpture.

luiiiet ou la Tandis que toutes les recherches se dirigeaient vers

* l'Attique , la Laconie était oubliée. Guillet , encouragé

par le débit de ses premiers mensonges, donna, en 1676,

Lacèdémone ancienne et moderne, Meursius avait publié

ses différents traités, de Populis Atticte, de Festis Qrœ^

IliTBODIICnOlf. 93

iorum» itc^ etc; et il fournissait ainsi une éradition toute An» d« j. c. préparée à quiconque voulait parler de la Grèce. Le se- i<7<« coud ouvrage de GuUlet est rempli de bévues énormes sur les localités de Sparte. L'auteur veut absolument que Mtsitra soit Lacédémone , et c'est lui qui a accrédité cette grande erreur. « Cependant, dit Spon, Misi- « tra n'est point sur le plan de Sparte , comme je le sais «t de M. Giraud , de Yemon , etNd'autres , etc. »

Giraud était consul de France à Athènes depuis àix- Giraud. huit ans » lorsque Spon voyageait en Grèce. Il savait le turc, le grec vulgaire et le grec littéral. Il avait commencé une description de la M orée ; mais comme il passa au service de la Grande-Bretagne , il est probable que ses manuscrits seront tomt>és entre les mains de ses derniers maîtres.

•Il ne reste de Vemon', voyageur anglais, qu'une vcrnon, lettre imprimée dans les Philosophical Transactions» 24 avril 1676. Vemon trace rapidement le tableau de ses courses en Grèce :

« Sparte , dit-il, est un lieu désert : Misitra, qui en « est éloignée de quatre milles, est habitée. On voit à « Sparte presque toutes les murailles des tours et des « fondements de temples, avec plusieurs colonnes dé- « molies aussi bien que leurs chapiteaux. Il y reste en- « core un théâtre tout entier. Elle a eu autrefois cinq <( milles de tour, et elle est située à un demi-quart de « lieue de la rivière Eurotas ^. »

On doit observer que Guillet indique dans la préface de son dernier ouvrage plusieurs mémoires manuscrits sur Lacédémone : « Les moins défectueux , dit-il , sont « enti-e les mains de M. Saint-Ghallier, secrétaire de « l'ambassade de France en Piémont. »

Nous voici arrivés à une autre époque de l'histoire de la ville d'Athènes. Les voyageurs que nous avons

* spon écrit presque toujours remhum» Cette orthographe n*est point anglaise : c'est nne faute de Spoo.

> Je ine sers de la tradaction de Spon , n'ayant point ToriginaL

d4 %»T9iQBfiCTXQfi.

Au de j. c. cités jusqu'à préseol avaient yu dans toute leur tuiégrité quelqads-uns des plus beaux moomueuts de Périolès : PoocJLe, Ghandler, Leroi, n'en ont plus admiré i|ue les

1687. ruines. En 16B7 , tandis que Louis XIY faisait élever la Ct>lonnade du Louvre, les Vénitiens renversateot le temple de Minerve. Je parierai dans VlUnèraire de ce déplorable événement , fruit des victoires de Koningsmarck et de Morosini.

Pierre Cette même année 1 6S7 vit paraître à Venise la Notizia que. ^2 uucato d*Athene» de Pierre Paotljique : mince ouvrage , sans critique et sans recherches.

1668. Le père Goronelli, dans sa Description géograpliique de la Morée reconquise par les Vénitiens, a montré du savoir : mais il n'apprend rien de nouveau , et il ne faudrait pas suivre aveuglément ses citations et ses cartes. Les petits faits d'armes vantés par Goronelli font un Contraste assez piquant avec les lieux célèbres qui en sont le théâtre. Cependant on remarque parmi les héros de cette conquête un prince de Turenne , qui combattit près de Pylos , dit Coronelli , avec cette bravoure naturelle à tous ceux de sa maison. Coron^i confond Sparte avec Misîtra.

FaaeUi. L'Atenc Antica de Fanelli prend l'histoire d'Athènes à son origine , et la mène jusqu'à l'époque où l'auteur écrivait son ouvrage. Cet ouvrage est peu de chose , considéré sous le rapport des antiquités ; mais on y trouve des détails curieux sur le siège d'Athènes par les Vénitiens, en 1687, et un plan de cette ville dont Chandler parait avoir fait usage.

f 104. Paul Lucas jouit d'une assez grande renommée parmi

Paul Lucas. ■ . • » *. ^ • . ...

les voyageurs , et je m en étonne. Ce n est pas qu il n'amuse par ses fables : les combats qu'il soutient lui tout seul contre cinquante voleurs, les grands ossements qu'il rencontre à chaque pas , les villes de géants qu'il découvre, les trois ou quatre mille pyramides qu'il trouve sur un grand chemin , et que personne n'avait jamais vues, sont des contes divertissants; mais du reste il estropie toutes les inscriptions qu'il rapport^ :

Ill9Bf0DB0«IdH« H

m» plagidts sont eoiitfaïu^y et da désertion de Mra- a» de j. c. niem est eopiée mot à mot de ceBe de Dcshayes ; eofin 1704. y parle d'Atkfènes eomixie s'iï ne Yaimï jamw Toe : ee qu'il en dit est un des contes tes plus insignes qae ja- Bsais voyageur se soit permis de débiter.

« Ses mines , comme on le peut juger , sont la partie « la plus remar^piable. fin effet, quoique les maisons y « soient en grand nombre , et que Tair y soit admirad^le^ « il n'y a presque point d*babitants. Il y a une eommo- < dite qu'on ne trouve point aiUeurs : y demeure qui « veuty et les nmisons s'y donnent sans que Ton en paye « aucun loyer. Au reste, si cette ville célèbre est de <t toutes les anciennes celle qui a consacré le plus de « monuments à la postérité , on peut dire que la bonté « de son climat en a aussi conservé phis qu'en aucun « autre endroit du monde, au moins dé ceux que j'ai « vus. Il semble qu'ailleurs on se soit fait un pkdsir de « tout renverser, et la guerre a causé presque partout a des ravages qui, en ruinant les peuples , ont défiguré « tout ce qu'ils avaient de beau. Atbènes seule, soit « par le hasard, soit par le respect que l'on devait natu- « rellement avoir pour une ville qui avait été le âége « des sciences, et à laquelle tout le monde avait obli- «( gation; Athènes, dis-je, a été seule épargnée dans la « destruction universelle : on y rencontre partout des « marbres d'une beauté et d'une grandeur surprenantes ; « ils y ont été prodigués , et l'on y trouve à chaque « pas des colonnes de granit et de jaspe. »

Athènes- est fort peuplée; les maisons ne s'y donnent ppinï ; on n'y rencontre point à chaque pas des colonnes de granit et de jaspe; enfin , dix-sept ans avant l'année 1704, les monuments de cette ville célèbre avaient été renversés par les yén\tien<. Ce qu'il y a de plus étrange^ c'est qu'on possédait déjà les dessins de M. de Nointel et le voyage de Spon , lorsque Paul Lucaâ imprima cette . relation , digne des MWe et une Nuits.

La ReUUion du Voyage du sieur Pellegrin dans le 171t. ro}faume de Morte est de 1 7 1 8. L'auteur paraît avoir été '**"*^^

Founnont

96 mXSODUCTiOH*

AiM de j. c. un homme de petite éducatioii » et d'mie sdence eneora

'^**' moins grande ; son misérable pamphlet de cent quatre* vingt-deux pages est un recueil d'anecdotes galantes» de chansons et de mauvais vers. Les Vénitiens étaient restés maîtres de la Morée depuis Tan 1685 ; ils la perdirent en 1715. PeUegrin a tracé Thistoire de cette dernière conquête des Turcs : c'est la seule chose intéressante de sa relation.

XTM. L'abbé Fourmont alla , par ordre de Louis XV, chercher au Levant des inscriptions et des manuscrits. Je citerai dans ï Itinéraire quelques-unes des découvertes laites à Sparte par ce savant antiquaire. Son voyage est resté manuscrit, et l'on n'eu connaît que des fragments : il serait bien à désirer qu'on le publiât , car nous n'avons rien de complet sur les monuments du Péloponèse.

tiH. Pocodce visita Athènes en revenant de l'Egypte ; il a Pococke. ^^gj,|^ i^g monuments de l'Attique avec cette exactitude qui fait connaître les arts sans les faire aimer.

I740. Wood , Hawkins et Beuverie faisaient alors leur beau uawktaM et voyagc en l'honneur d'Homère.

^lyS!^' Le premier voyage pittoresque de la Grèce est celui

uroi. ^^ Leroi. Ghandler accuse l'artiste français de manquer de vérité dans quelques dessins; moi-même je trouve dans ses dessins des ornements superflus : les coupes et les plans de Leroi n'ont pas la scrupuleuse fidélité de ceux de Stuart ; mais» à tout prendre, son ouvrage est un monument honorable pour la France. Leroi avait vu Laoédémone, qu'il distingue fort bien deMisitra, et dont il reconnut le théâtre et le dromos,

,^5^ Je ne sais si les Ruins ofAthens , de Robert Sayer,

^7^* ne sont point une traduction anglaise et ime nouvelle gravure des planches de Leroi; j'avoue également mon

P»i> ignorance sur le travail de Pars, dont Ghandler fait souvent l'éloge.

1^1. , L'an 1761, Stuart enrichit sa patrie de l'ouvrage si

stuart. 0QQim gQQg le titre de Antiquities ofAthens : c'est un

grand travail, utile surtout aux artistes, et exécute

avec cette rigueur de mesures dont on se pique aujour-

INTMODUGÏIOH* 97

d'hui; mais Teffet général des tableaux n*est pas boa ; am de i. a la vérité qoi se trouve dans les détails manque dans '^ '' ^ensemble : le crayon et le burin britanniques n'ont point assez de netteté pour rendre les lignes si pures des monuments de Périclès; il y a toujours quelque chose de vague et de mon dans les compositions anglaises. Quand la scène est placée sous le ciel de Londres , ce style vaporeux a son agrément ; mais il gâte les paysages éclatants de la Grèce.

Le Voyage de Chandler, qui suivit de près les An- 1764. tiquités de Stuart , pourrait dispenser de tous les autres. <^*^^^^^* Le docteur anglais a déployé dans son travail une rare fidélité > une érudition facile et pourtant profonde, une critique saine, un jugement exquis. Je ne lui ferai qu'un reproche , c'est de parler souvent de Wheler, et de n'écrire le nom de Spon qu'avec une répugnance marquée. Spon vaut bien la peine qu'on parle de lui , quand on cite le compagnon de ses travaux. Chandler, comme savant et voyageur, aurait dû oublier qu'il était Anglais. Il a donné en 1805 un dernier ouvrage sur Athènes , que je n'ai pu me procurer.

Riedesel parcourut le Péloponèse et l'Attique dans ^.^jP^*. l'année 1773 : il a rempli son petit ouvrage de beaucoup de grandes réflexions sur les mœurs , les lois , la religion des Grecs et des Turcs : le baron allemand voyageait dans la Morée trois ans après l'expédition des Russes. Une foule de monuments avaient péri à Sparte , à Argos f à Mégalopolis, par une suite de cette invasion, comme les antiquités d'Athènes ont dû leur dernière destruction à l'expédition dès Vénitiens.

Le premier volume du magnifique ouvrage de M. de ^'J'''* Ghoiseul parut au commencement de l'année 1778. Je cbabert' citerai souvent cet ouvrage, avec les éloges qu'il mérite, dans le cours de mon Itinéraire, J'observe ici seulement que M. de Ghoiseul n'a point encore donné les monuments de l'Attique et du Péloponèse. L'auteur était à Athènes en 1784 : ce fut , je crois, la même année que M. de Chabert détermina la latitude et la longitude du temple de Minerve.

9S ii^tRODtKmeïi*

Ans de j. c. Les recherches de MM. Foucherot et Fativél cotnmen' FoucLrotetcent versTannéenso, et se prolongent daùs les années Fauvei. suivantes. Les Mémoires du dernier voyageur font connaître des lieux et des antiquités jusqu'alors ignorés. M. Fauvel a été mon hôte à Athènes , et je parlerai ailleurs de ses travaux.

viiioison. Notre grand helléniste d'Ânsse deVilloison parcourut la Grèce à peu près à cette époque : nous n'avons point joui du fruit de ses études.

. J'^^r M. Lechevalier passa quelques moments à Athènes dans ranneel785.

sc''^/* ^® voyage de M. Scrofanî porte le cachet du siècle , c'est-à-dire qu'il est philosophique , politique, économique, etc. II est nul pour l'étude de l'antiquité; mais les observations de l'auteur sur le solde laMorée, sur sapopu< lation, sur son commercé, sont excellentes et nouvelles.

Au temps du voyage de M. Scrofani , deux Anglais montèrent à la cime la plus élevée du Taygète. r.. '7?2« , En 1797, MM. Dixo et Nicolo Slephanopoli furent enstephano- voyes a la république de Maina par le gouvernement ^^ ' français. Ces voyageurs font un grand éloge de cette république, sur laquelle on a tant discouru. J'ai le malheur de regarder les Maniottes comme un assemblage de brigands , Sclavons d'origine , qui ne sont pas plus les descendants des anciens Spartiates que les Druses ne sont les descendants du comte de Dreux : je ne puis donc partager l'enthousiasme de ceux qui voient dans ces pirates du Taygète les vertueux héritiers de la liberté lacédémonienne.

Le meilleur guide pour la Morée serait certainement i79«. M. Pouqueville, s'il avait pu voir tous les lieux qu'il a ' décrits. Malheureusement il était prisonnier à Tripolizza . Alors l'ambassadeur d'Angleterre à Constantiuople , Lord Eigi]i;lord Ëlgin , faisait faire en Grèce les travaux et les ra- Hawktos! vages que j'aurai occasion de louer et de déplorer. Peu de temps après lui ses compatriotes Swinton etHawkins visitèrent Athènes , Sparte et Olympie.

Bartbo'idi. Les Fragments pour servir à la connaissance de /a

Grèce actuelle terminaient la liste de tous oes Voya- Ans de j. c. ges , avant la puJiUcatioB des Lettres $ur la Morée , par casteiun. M. Gastellan.

Résumons maintenant en peu de mots Thistoiro des monuments d'Athènes. Le Parthénon , le temple de la Victoire , une grande partie du temple de Jupiter Ol3rmpicn , un autre monument appelé par Guillet la Lanterne de Diogène, furent vus dans toute leur beauté par Zygomalas> Gabasilas et Deshayes.

pe Monceaux , le n^ar.^uis de Nointel , Galland, le père Babin, Spon et Wheler , admirèrent encore le Parthénon dans son entier; mais la lanterne de Diogène avait disparu, et le temple de la Victoire avait sauté en l'air par l'explosion d*un magasin de poudre ' ; il n*en restait plus que le fronton. <

Pococke, Leroi , Stuart , Chandler , t.'ouvèrent le Parthénon à moitié détruit par les bombes des Vénitiens , et le fronton du temple de la Victoire abattu. Depuis ce temps les ruines ont toujours été croissant. Je dirai comment lord Elgin les a augmentées.

L'Europe savante se console avec les dessins du marquis de Nointel , les Voyages pittoresques do Leroi et de Stuart. M. Fauvcl a moulé deux cariatides du Pàndroséum et quelques bas-reliefs du temple de Minerve ; une métope du même temple est entre les mains de M. de Choiscul; lord Elgin en a enlevé plusieurs autres, qui ont péri dans un naufrage à Gérigo ; MM. Swinton et Hawkins possèdent un trophée de bronze trouvé à 01ym> pie; la statue mutilée de Gérès-Êleusine est aussi en Angleterre ; enfin , nous avons , en terre cuite , le monument choragique de Lysicrates. G*est une chose triste à remarquer , que les peuples civilisés de l'Europe OQt fait plus de mal aux noonuments d'Athènes , dans Tégpace de cent cinquante ans , que tous les Barbares ensemble dans une longue suite de siècles : il est dur de . penser qu'Alaric et Mahomet II avaient respecté le Parthénon, et qu'il a été renversé par Morosiai et lord Elgin.

^ Cet accident arriva en 1656.

100 HfTBOBVCTlOH.

I Ans de J. C

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