‹ ŒuvresChapitre 10 sur 51 · V. 209—210 d'aj^rès G. P · texte numérisé non relu

V. 209—210 d'aj^rès G. P

Le Testament. 41

XXXI Aux grans maistres Dieu doint bien faire. Vivans en paix et en requoy.

En eulx il n'y a que refaire; Si s'en fait bon taire tout quoy.

Mais aux povres qui n'ont de quoy, 245

Comme moy, Dieu doint patience; Aux autres ne fault qui ne quoy, Car assez ont pain et pitance.

XXXII Bons vins ont, souvent embrochiez,

Saulces, brouetz et gros poissons; 250

Tartes, fiaons, œfz fritz et pochiez,

Perduz et en toutes façons.

Pas ne ressemblent les maçons.

Que servir f-ault à si grant peine;

Ils ne veulent nulz eschançons: 255

De soy verser chascun se peine.

XXXIII En cest incident me suis mis.

Qui de rien ne sert à mon fait.

Je ne suis juge, ne commis

Pour pugnir n'absoudre mesfait. 260

De tout suis le plus imparfait.

Loué soit le doulx Jhesucristl Que par moy leur soit satisfait!

Ce que j'ay escript est escript.

XXXIV Laissons le moustier où il est; 265 Parlons de chose plus plaisante.

Ceste matière à tous ne plaist:

Ennuyeuse est et desplaisante.

Povreté, chagrine et dolente,

Tousjours despiteuse et rebelle, 270

Dit quelque parolle cuisante;

S'elle n'ose, si la pense elle.

V. 249 L embrochez — v. 251 pochez. G. P. corr. — v. 259 l. virgule après commis

42 Villon.

XXXV Povre je suis de ma jeunesse, De povre et de petite extrace.

Mon père n'ot oncq grant richesse, 275

Ne son ayeul, nommé Orace.

Povreté tous nous suit et trace.

Sur les tombeaulx de mes ancestres, Les âmes desquelz Dieu embrasse, On n'y voit couronnes ne cep très. 280

XXXVI De povreté me grementant, Souventesfois me dit le cuer:

„Homme, ne te doulouse tant Et ne demaine tel douleur,

Se tu n'as tant que Jaques Cuer. 285

Mieulx vault vivre soubz gros bureau Povre, qu'avoir esté seigneur Et pourrir soubz riche tombeau!"

XXXVII Qu'avoir esté seigneurl . . . Que dis? Seigneur, lasse! et ne l'est il mais? 290 Selon les davitiques diz,

Son lieu ne congnoistras jamais.

Quant du surplus, je m'en desmets,

Il n'appartient à moy, pécheur;

Aux théologiens le remets, 295

Car c'est office de prescheur.

XXXVIII Si ne suis, bien le considère, Filz d'ange, portant dyademe D'estoille ne d'autre sidère.

Mon père est mort, Dieu en ait l'ame; 3C0 Quant est du corps, il gist soubz lame. J'entens que ma mère mourra, — Et le scet bien, la povre femme — Et le filz pas ne demourra.

V. 290. L\ après mais — v. 29Z L. cognoistra. v. W. cognoistras

Le Testament. 43

XXXIX Je congnois que povres et riches, 305

Sages et folz, prestres et laiz, Nobles, villains, larges et chiches, Petiz et grans, et beaulx et laiz.

Dames à rebrassez collez.

De quelconque condicion, 310

Portans atours et bourrelez, Mort saisit sans exception.

XL Et meure Paris et Helaine,

Quiconques meurt, meurt à douleur

Telle qu'il pert vent et alaine; 315

Son fiel se crevé sur son cuer.

Puis sue, Dieu scet quel sueur 1

Et n'est qui de ses maulx l'alege:

Car enfant n'a, frère ne seur.

Qui lors voulsist estre son plege. 32C

XLI La mort le fait frémir, pallir.

Le nez courber, les vaines tendre.

Le col enfler, la chair mollir,

Joinctes et nerfs croistre et estendre.

Corps femenin, qui tant est tendre, 325

Poly, souef, si précieux,

Te fauldra il ces maulx attendre?

Oy, ou tout vif aller es cieulx.

BALLADE

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