‹ ŒuvresChapitre 9 sur 51 · V. KS-S. L. muray. G. P. muerai · texte numérisé non relu

V. KS-S. L. muray. G. P. muerai

Le Tentant ent. 39

XXIII Allé s'en est, et je demeure, Povre de sens et de savoir, Triste, failly, plus noir que meure,

Qui n'ay n'escus, rente, n'avoir; 18C

Des miens le mendre, je dis voir.

De me desavouer s'avance,

Oubliant naturel devoir.

Par faulte d'ung peu de chevance.

XXIV Si ne crains avoir despendu, 185 Par friander et par leschier;

Par trop amer n'ay riens vendu,

Qu'amis me puissent reprouchier,

Au moins qui leur couste moult chier.

Je le dis, et ne crois mesdire. 190

De ce ne me puis revenchier:

Qui n'a mesfait ne le doit dire.

XXV II est verte que j'ay amé Et ameroie voulentiers;

Mais triste cuer, ventre affamé, 195

Qui n'est rassasié au tiers, M'oste des amoureux sentiers.

Au fort, quelqu'ung s'en recompence.

Qui est remply sur les chantiers; Car la dance vient de la pance. 200

XXVI Hé Dieu! se j'eusse estudié

Ou temps de ma jeunesse folle,

Et à bonnes meurs dédié,

J'eusse maison et couche molle!

Mais quoy? je fuyoie l'escolle, 205

Comme fait le mauvais enfant . . .

En escripvant ceste paroUe,

A peu que le cuer ne me fent.

T 193 (T après G. F.

40 Villon.

XXVII Le dict du Saige trop le fiz

Favorable, bien n'en puis mais, 210

Qui dit: ,,Esjoys toy, mon filz,

En ton adolescence"; mais

Ailleurs sert bien d'ung autre mez,

Car ,, Jeunesse et adolescence

— C'est son parler, ne moins ne mais — 215

Ne sont qu'abuz et ignorance."

XXVIII Mes jours s'en sont allez errant, Comme, dit Job, d'une touaille Font les filetz, quant tisserant En son poing tient ardente paille: 220

Lors, s'il y a nul bout qui saille.

Soudainement il le ravit.

Si ne crains plus que riens m'assaille, Car à la mort tout s'assouvit,

XXIX Où sont les gracieux gallans 225

Que je suivoye ou temps jadis, Si bien chantans, si bien parlans, Si plaisans en faiz et en diz?

Les aucuns sont mors et roidiz; D'eulx n'est il plus riens maintenant. 230 Repos aient en paradis.

Et Dieu saulve le remenant!

XXX Et les aucuns sont devenus,

Dieu mercyl grans seigneurs et maistres,

Les autres mendient tous nus, 235

Et pain ne voient qu'aux fenestres;

Les autres sont entrez en cloistres

De Celestins et de Chartreux,

Botez, housez, com pescheurs d'oistres.

Voyez Testât divers d'entre eux. 240

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