‹ ŒuvresChapitre 13 sur 51 · DE LA BELLE HEAULMIERE · texte numérisé non relu

DE LA BELLE HEAULMIERE

Advis m'est que foy regreter

La belle qui fut hëaulmiere,

Soy jeune fille soushaider 455

Et parler en telle manière:

„Ha! viellesse félonne et fiere,

Pourquoy m'as si tost abatue?

Qui me tient, qui, que ne me fiere.

Et qu'à ce coup je ne me tue? 460

,,Tollu m'as la haulte franchise

Que beaulté m'avoit ordonné

Sur clers, marchans et gens d'Eglise:

Car lors il n'estoit homme né

Qui tout le sien ne m'eust donné, 465

Quoy qu'il en fust des repent ailles.

Mais que luy eusse habandonné

Ce que reffusent truandailles.

,,A maint homme Vay reffusé,

Qui n'estoit à moy grant sagesse. 470

Pour V amour d'ung garson rusé.

Auquel j'en faisoie largesse.

A qui que je feisse finesse.

Par m'ame, je Vamoye bien!

Or ne me faisoit que rudesse, 475

Et ne m'amoit que pour le mien.

,,Si ne me sceut tant detrayner.

Fouler aux piez, que ne Vamasse,

Et m'eust il fait les rains trayner,

Si m'eust dit que je le baisasse, 480

Que tous mes maulx je n'oubliasse.

Le glouton, de mal entechié,

M'embrassoit . . . J'en suis bien plus grasse/

Que m'en reste il? Honte et pechié.

'. 459. L ? après fiere. G. P. virgule — v. 478 L au piedz. G. P. corr.

„0r est il mort, -passé trente ans, 435

Et je remains vielle, chenue.

Quant je pense, lasse! au bon temps.

Quelle fus, quelle devenue;

Quant me regarde toute nue.

Et je me voy si très changée, 490

Povre, seiche, mesgre, menue.

Je suis presque toute enragée.

„Qu'est devenu ce front poly,

Ces cheveulx blons, sourcils voultiz,

Crant entrœil, le regart joly, 495

Dont prenoie les plus soubtilz;

Ce beau nez droit et bien faitiz;

Ces petites joinctes oreilles,

Menton fourchu, cler vis traictiz.

Et ces belles lèvres vermeilles? 500

,,Ces gentes espaulles menues,'

Ces bras longs et ces mains traictisses;

Petiz tetins, hanches charnues,

Eslevées, propres, faictisses

A tenir amoureuses lisses; 505

Ces larges rains, ce sadinet.

Assis sur grosses fermes cuisses,

Dedens son petit jardinet?

,,Le front ridé, les cheueux gris,

Les sourcilz cheuz, les yeuls estai ns, 510

Qui faisoient regars et ris.

Dont mains marchans furent attains;

Nez courbes, de beaulté loingtains;

Oreilles pendans et moussues;

Le vis paily, mort et destains; 515

Menton froncé, lèvres veaussues:

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