BALLADE DE LA BELLE HEAULMIERE
Aux filles de joie, „0r y pensez, belle Gantière, Qui m'escoliere soûliez estre.
Et vous. Blanche la Savetiere, 535
Or est il temps de vous congnoislre.
Prenez à dextre et à senestre; N'espargnez homme, je vous prie:
Car vielles n'ont ne cours ne estre.
Ne que monnaye qu'on descrie. 540
„Et vous, la gente Saulciciere,
Qui de dancer estes adextre,
Guillemete la Tappiciere,
Ne mesprenez vers vostre maistre;
Tost vous fauldra clorre fenestre, 545
Quant deviendrez vielle, jîestrie;
V. 517. G. P. rétablit la leçon yssaes — v. 532 L empient. G. P. corr , ■ V. 542 L ; après adextre
Plus ne servirez qu'un viel prestre.
Ne que monnaye qu'on descrie.
,,Jehanneton la Chapperonniere,
Gardez qu'amy ne vous empestre; 550
Et, Katherine la Bourciere,
N'envoyez plus les hommes paistre:
Car qui belle n'est, ne perpètre
Leur maie grâce, mais leur rie.
Laide viellesse amour n'empestre, 555
Ne que monnaye qu'on descrie
„ Filles, vueillez vous entremettre
D'escauter pourquay pleure et crie:
Pour ce que je ne me puis mettre.
Ne que monnaye qu'an descrie," 560
XLVII Geste leçon icy leur baille La belle et bonne de jadis; Bien dit ou mal, vaille que vaille, Enregistrer j'ay faict ces diz Par mon clerc Fremin l'estourdis, 565
Aussi rassis que je puis estre.
S'il me desment, je le mauldis:
Selon le clerc est deu le maistre.
XLVIII Si aperçoy le grand dangier
Ouquel l'homme amoureux se boute . . . 570
Et qui me vouldroit laidangier
De ce mot, en disant: ,,EscouteI
Se d'amer t'estrange et reboute
Le barat d'icelles nommées,
Tu fais une bien folle doubte, 575
Car ce sont femmes diffamées.
XLIX ,,S'ilz n'ayment fors que pour l'argent, On ne les ayme que pour l'eure.
Rondement ayment toute gent, Et rient lors que bourse pleure, 580
D'icelles si n'est qui ne queure; Mais, en femmes d'onneur et nom Franc homme, se Dieu me sequeure.
Se doit emploier; ailleurs, non."
L Je prens qu'aucun dye cecy, 585
Si ne me contente il en rien.
En effect, il ponclud ainsy.
Et je le cuide entendre bien.
Qu'on doit amer en lieu de bien.
Assavoir mon se ces filletes 590
Qu'en parolles toute jour tien Ne furent Hz femmes honnestes?
LI Honnestes furent vraiement.
Sans avoir reproches ne blasmes.
Si est vray qu'au commencement 595
Une chascune de ces femmes Lors prindrent, ains qu'eussent diffames. L'une ung clerc, ung lay, l'autre ung moine, Pour estaindre d'amours les flammes Plus chauldes que feu Sainct Antoine. 600
LU Or firent selon le décret
Leurs amys, et bien y appert;
Hz amoient en lieu secret.
Car autre d'eulx n'y avoit part.
Toutesfois, ceste amour se part: 605
Car celle qui n'en amoit qu'un
D'iceluy s'eslongne et despart,
Et aime mieulx amer chascun.
V. 580. L et riens lorsque bource ne pleure. G. P. corr. ^<iO L telz. G. P. ces.
Lp Testament. 53
LUI Qui les meut à ce? J'ymagine,
Sans l'onneur des dames blasmer, 610
Que c'est nature femenine,
Qui tout vivement veult amer.
Autre chose n'y sçay rimer;
Fors qu'on dit, à Rains et à Troies,
Voire à l'Isle et à Saint Omer, 615
Que six ouvriers font plus que trois.
LIV Or ont les faulx amans le bont, Et les dames prins la voilée; C'est le droit loyer qu'amours ont:
Toute foy y est vioilée, 620
Quelque doulx baiser n'acoUée.
„De chiens, d'oyseaulx, d'armes, d'amours, — Chascun le dit à la voilée — Pour ung plaisir mille douleurs."