‹ ŒuvresChapitre 18 sur 51 · QUE VILLON FEIT A LA REQUESTE DE SA MERE POUR PRIER NOSTRE DAME · texte numérisé non relu

QUE VILLON FEIT A LA REQUESTE DE SA MERE POUR PRIER NOSTRE DAME

Dame des cieulx, revente terrienne.

Emperiere des infernaux paluz,

Recevez moy, vcstre humble chrcstienne, 875

Que comprime soye entre vos eskuz.

Ce non obstant qu'oncques riens ne valuz.

Les biens de vous, ma dame et ma maistresse.

Sont trop plus grans que ne suis pécheresse.

Sans lesquelz biens am.e ne peut merir 880

N'avoir les cieulx, je n'en suis janvier esse.

En ceste foy je vueil vivre et mourir.

A vostre Filz dictes que je suis sienne;

De luy soyent mes pochiez aboluz:

Pardonne moy comme à V Egipcienne, 885

Ou ccmme il feist au clerc Theophilus,

Lequel par vous fut quitte et absoluz,

Combien qu'il eust au deable fait promesse.

Préservez moy, que face fa mais ce.

Vierge portant, sans rompure encourir, 890

Le sacrement qu'on célèbre à la messe.

En ceste foy fe vueil vivre et mourir.

V. 88L L jung:eresse. G. P. corr. — y. 889. L que ne face jamais ce. G. P. corr. (voy. Tcbler, Vom franz. Versbau 4e éd. p. 150.)

62 Villon.

Femme je suis povrette et ancienne.

Qui riens ne sçay; oncques lettre ne leuz.

Au moustier voy dont suis paroissienne 895

Paradis paint, où sont harpes et luz.

Et ung enfer où dampnez sont boulluz:

Lung me fait paour, Vautre joye et liessr

La joye avoir me fay, haulte Déesse,

A qui pécheurs doivent tous recourir, 900

Comblez de foy, sans jainte ne paresse.

En ceste foy je vueil vivre et mourir.

^ ous portastes, digne Vierge, princesse, -■- esus régnant, qui n'a ne fin ne cesse. t~- e Tout Puissant, prenant nostre foiblesse, 905 h. aissa les cieulx et nous vint secourir, O ffrit à mort sa très chiere jeunesse. > ostre Seigneur tel est, tel le confesse. En ceste foy je vueil vivre et mourir.

LXXX Item, m'amour, ma chiere rose, 910

Ne luy laisse ne cuer ne foye:

Elle ameroit mieulx autre chose.

Combien qu'elle ait assez monnoye:

Quoy? une grant bource de soye.

Plaine d'escuz, parfonde et large: 915

Mais pendu soit il — que je soye — Qui luy lairra escu ne targe.

LXXXI Car elle en a, sans moy, assez. Mais de cela il ne m'en chault; Mes plus grans dueiiz en sont passez: 920 Plus n'en ay le croppion chault.

Si m'en desmetz aux hoirs Michault, Qui fut nommé le Bon Fouterre.

Priez pour luy, faictes ung sault:

A Saint Satur gist, soubz Sancerre, 925

Le Testament. 53

LXXXII Ce non obstant, pour m'acquitter

Envers Amours, plus qu'envers elle,

Car oncques n'y peuz acquester

D'espoir une seule estincelle;

— Je ne sçay s'a tous si rebelle 930

A esté: ce m'est grant esmoy;

Mais, par sainte Marie la belle I

Je n'y voy que rire pour moy —

LXXXIII Ceste ballade luy envoyé,

Qui se termine tout par R. 935

Qui la portera? que je voye:

Ce sera Pernet de la Barre,

Pourveu, s'il rencontre en son erre

Ma damoiselle au nez tortu,

Il luy dira, sans plus enquerre: 94C

,,Orde paillarde, dont viens tu?"

VILLON A S'AJMYE

'n aulse beaulté, qui tant me couste chier,

>} ude en effed, ypocrite doulceur;

"^ mour dure, plus que fer, à rnaschier;

^ ommer que puis de ma desfaçon seur. 945

n herme félon, la mort d'ung povre cuer,

O rgueil musse, qui gens met au mourir,-

^ eulx sans pitié! ne veult droide rigueur,

Oî ans empirer, ung povre secourir ?

Mi eulx m'eust valu avoir esté ser chier 950 Ailleurs secours, c'eust esté mon onneur. Rien ne m'eust sceu hors de ce fait hachier; Trotter m'en fault en fuyte, à deshonneur. Haro, haro, le grant et le mineur!

Et qu'est ce cy ? mourray, sans coup ferir, 955 Ou pitié veult, selon ceste teneur, Sans empirer, ung povre secourir.

V. 944. L mascher — v. 950. /- sercher. hasier. — v. 956. L où

j4 Villon.

^ ng temps viendra, qui fera dessechier, ^ aunir, flestrir, vostre espanye fleur: --, e m'en risse, s'enfant peusse marchier 960

h< ors — mais nennil — ce serait donc foleur. t^ as, viel seray; vous, laide, sans couleur. O r, beuvez fort, tant que ru peut courir. <; e donnez pas à tous ceste douleur, Sans empirer, ung povre secourir. 965

ENVOI

Prince amoureux, des amans le greigneur, Vostre mal gré ne vouldroye encourir; Mais tout franc cuer doit, pour Nostre Seigneur, Sans empirer, ung povre secourir.

LXXIV Item, à maistre Ythier Marchant 970

Auquel mon branc laissa/ jadis, Donne — mais qu'il le mette en chant — Ce lay, contenant des vers dix; Et ■ — au luz — ung De profundis Pour ses anciennes amours, 975

Desquelles le nom je ne diz, Car il me hairoit à tous jours.

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