‹ ŒuvresChapitre 17 sur 51 · V. 614. L. Reims. G. P. Rains · texte numérisé non relu

V. 614. L. Reims. G. P. Rains

Sardana, le preux chevalier,

Qui conquist le règne de Crêtes,

En voulut devenir moullier

Et filler entre pucelletes,

David le roy, sage prophètes, 645

Crainte de Dieu en oublia.

Voyant laver cuisses bien faites.

Bien est eureux qui riens n'y a!

Amon en voulst deshonnourer,

Faignant de menger tarteletes, 650

Sa seur Thamar, et desflourer.

Qui fut inceste deshonnestes;

Herodes — pas ne sont sornetes —

Saint Jehan Baptiste en decola

Pour dances, saulx et chansonnetes. 655

Bien est eureux qui riens n'y a!

De moy, povre, je vueil parler;

J'en fuz batu, comme à ru toiles.

Tout nu, fa ne le quiers celer.

Qui me feist mascher ces groselles, 660

Fors Katherine de Vausselles?

Noël le tiers est, qui fut là.

Mitaines à ces nopces telles,

Bien est eureux qui riens n'y a!

Mais que ce feune bacheler 665

Laissast ces feunes bacheletes.

Non! et le deust on vif brusler

Comme ung chevaucheur d'escouvetes.

Plus doulces luy sont que civeies.

Mais toutesfoys fol s'y fya: 670

Soient blanches, soient brunetes.

Bien est eureux qui riens n'y a!

\. 665 G. P. bacheler. L bachelier — v. 667 s. ponc/uali'on i'aprês C F.

Le Testûment. 55

LV Se celle que jadis servoie

De si bon cuer et loyaument,

Dont tant de maulx et griefz j'avoie, 675

Et souffroie tant de torment,

Se dist m'eust, au commencement,

Sa voulenté — mais nennil, las! —

J'eusse mis paine aucunement

De moy retraire de ses las. 68C

LVI Quoy que je luy voulsisse dire, Elle estoit preste d'escouter, Sans m'acorder ne contredire; Qui plus, me souffroit acouter, Joignant d'elle près m'accouter. 685

Et ainsi m'aloit amusant, Et me souffroit tout raconter, Mais ce n'estoit qu'en m'abusant.

LVII Abusé m'a et faict entendre

Tousjours d'ung que ce fust ung aultre; 69C De farine, que ce fust cendre; D'ung mortier, ung chappeau de f aultre; De viel mâchefer, que fust peaultre; D'ambesars, que ce fussent ternes;

Tousjours trompeur autruy engaultre 695

Et vent vecies pour lanternes. —

LVI II Du ciel, une paelle d'aram; Des nues, une peau de veau; Du matin, qu' estoit le serain; D'ung trongnon de chou, ung naveau; 700 D'orde cervoise, vin nouveau; D'une truie, ung molin à vent; Et d'une haie, ung escheveau:

D'ung gras abbé, ung poursuyvant.

LIX Ainsi m'ont amours abusé, 705

Et pourmené de l'uys au pesle.

Je croy qu'homme n'est si rusé, Fust fin comme argent de coupelle, Qui n'y laissast linge, drap, pelle, Mais qu'il fust ainsi manié 710

Comme moy, qui partout m'appelle:

L'amant remys et regnyé.

LX Je regny amours et despite; Je deffy à feu et à sang.

Mort par elles me précipite, 715

Et ne leur en chault pas d'ung blanc.

Ma vielle ay mys soubz le banc.

Amans je ne suyvray ja mais:

Se jadis je fuz de leur ranc, Je desclare que n'en suis mais. 720

LXI Car j'ay mys le plumail au vent:

Or le suyve qui a attente.

De ce me tais doresnavant, Car poursuivre vueil mon entente.

Et, s'aucun m'interroge ou tente 725

Comment d'amours j'ose mesdire, Ceste parolle le contente:

,,Qui meurt, a ses loix de tout dire."

LXII Je congnois approcher ma seuf;

Je crache, blanc comme coton, 730

Jacoppins gros comme ung esteuf:

Qu'est ce à dire? que Jehanneton

Plus ne me tient pour valeton.

Mais pour ung viel usé roquart.

De viel porte voix et le ton, 735

Et ne suys qu'ung jeune coquart.

V. 708 L. crepelle G. P. cory. — v. 709 L. paelle (3 manuscrits ont drappelle;.

Le Testament. 57

LXIII Dieu mercy et Tacque Thibault,

Qui tant d'eau froide m'a fait boyre,

Mis en bas lieu, non pas en hault,

Menger d'angoisse mainte poire, 740

Enferré . . . Quant j'en ay mémoire,

Je pry pour luy et reliqua.

Que Dieu luy doint ... et voire, voire,

Ce que je pense . . . et cetera.

LXIV Toutesfois, je n'y pense mal, 745

Pour luy, ne pour son lieutenant; Aussi pour son officiai.

Qui est plaisant et avenant:

Que faire n'ay du remenant.

Mais du petit maistre Robert? . . . 75C

Je les ayme, tout d'ung tenant, Ainsi que fait Dieu le Lombart.

LXV Si me souvient bien, Dieu mercis, Que je feis, à mon partement, Certains laiz, l'an cinquante six, 755

Qu'aucuns, sans mon consentement, Voulurent nommer Testament; Leur plaisir fut, et non le mien; Mais quoyl on dit communément, Qu'ung chascun n'est maistre du sien. 760

LXVI Pour les révoquer ne le di.

Et y courust toute ma terre, De pitié ne suis refroidi Envers le bastart de la Barre.

Parmy ses trois gluyons de fuerre, 765

Je luy donne mes vieilles nates; Bonnes seront pour tenir serre, Et soy soustenir sur les pâtes.

V. 737. L tacque Thibault G. P. corr. — v. 739. s. i- ; après hault et poire — v. 761. L diz. G. P. corr. — v. 765. L ferre, fuerrf d'après G. P.

58 Villon.

LXVII Et s'ainsi est qu'aucun n'eust pas

Receu les laiz que je luy mande, 770

J'ordonne qu'après mon trespas

A mes hoirs en face demande.

Mais qui sont ilz? si le demande:

Moreau, Provins, Robin Turgis.

De moy, dictes que je leur mande, 775

Ont eu jusqu'au lit où je giz.

LXVIII Somme, plus ne diray qu'ung mot. Car commencer veuil à tester:

Devant mon clerc Fremin, qui m'ot S'il ne dort, je vueil protsster 780

Que n'entens homme détester, En ceste présente ordonnance; Et ne la vueil magnifester Sinon ou royaume de France.

LXIX Je sens mon cuer qui s'affoiblist, 785

Et plus je ne puis papier.

Fremin, sié toy près de mon lict, Que l'on ne me viengne espier!

Prens ancre tost, plume et papier, Ce que nomme escrips vistement; 790

Puys fay le partout coppier.

Et vecy le commancement.

LXX Ou nom de Dieu, Père éternel.

Et du Filz que Vierge parit, Dieu au Père coeternel, 795

Ensemble le Saint Esperit, Qui sauva ce qu'Adam périt, Et du pery pare les Cieulx . . .

(Qui bien ce croit, peu ne merit.

Gens mors estre faiz petiz Dieux. 800

.774 L \ après Turgis — v. 799. L ; après merit.

Le Testament. 59

LXXI Mors estoient, et corps et âmes, En dampnée perdicion; Corps pourriz et amas en flammes, De quelconque condicion.

Toutesfois, fais excepcion 805

Des patriarches et prophètes; Car, selon ma concepcion, Oncques n'eurent grant chault aux fesses.

LXXII Qui me diroit: ,,Qui vous fait mètre

Si très avant ceste parolle, 810

Qui n'estes en théologie maistre?

A vous est presumpcion folle."

C'est de Jhesus la parabolle,

Touchant du Riche ensevely

En feu, non pas en couche molle, 815

Et du Ladre de dessus luy.

LXXII I Se du Ladre eust veu le doit ardre, Ja n'en eust requis réfrigère, N'au bout d'un de ses doiz aherdre, Pour rafreschir sa maschouere. 820

Pyons y feront mate chiere, Qui boyvent pourpoins et chemise. Puys que boiture y est si chiere, Dieu nous en gardi bourde jus mise.)

LXXIV Ou nom de Dieu, comme j'ay dit, 825

Et de sa glorieuse Mare, Sans pachié soit parfait ce dit Par moy, plus mesgre que chimiere.

Si je n'ay eu fièvre eufumere.

Ce m'a fait divine clémence: 830

Mais d'autre dueil et perte amere Je me tais, et ainsi commence:

V. 809 ss. L te pour vous . . . n'es ... a toy. G. P. rétablit la leçon primitive — v. 819. L avec Marot N'eau au bout de ses doiz aherdre. G. P. rétablit la leçon des Mss. — v. 828. L point après chimère.

60 Villon.

LXXV Premier, je donne ma povre ame A la benoiste Trinité,

Et la commande à Nostre Dame, 835

Chambre de la divinité, Priant toute la charité Des dignes neuf Ordres des cieulx, Que par eulx soit ce don porté Devant le Trosne précieux. 840

LXXVI Item, mon corps je donne et laisse A nostre grant mère la terre; Les vers n'y trouveront grant gresse, Trop luy a fait fain dure guerre.

Or luy soit délivré grant erre: 845

De terre vint, en terre tourne.

Toute chose, se par trop n'erre, Voulentiers en son lieu retourne.

LXXVI I Item, et à mon plus que père,

Maistre Guillaume de Villon 859

Qui esté m'a plus doulx que mère

A enfant levé de maillon,

— Degeté m'a de maint bouillon,

Et de cestuy pas ne s'esjoye,

Si luy requiers à genouillon 855

Qu'il m'en laisse toute la joye —

LXXVI II Je luy donne ma librairie.

Et le Rommant du Pet au Deable,

Lequel maistre Guy Tabarie

Grossa qui est homs véritable. 860

Par cayers est soubz une table.

Combien qu'il soit rudement fait,

La matière est si très notable,

Qu'elle amende tout le mesfait.

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